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Fermeture du Centre d’Information
et d’Orientation de Chartres ?

L’orientation sco­laire, un métier qui veut faire entendre sa spé­ci­fi­ci­té

Rencontre à Chartres avec des psy­cho­logues de l’éducation natio­nale en lutte contre la dis­pa­ri­tion de leur lieu d’exercice.

Assises en ter­rasse à quelques pas du CIO (centre d’information et d’orientation), de Chartres où elles tra­vaillent, Marie-Claude, Alexandra et Isabelle sont en colère et inquiètes, à quelques jours de l’ouverture du débat sur la loi « pour la liber­té de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel », à l’Assemblée natio­nale. Toutes les trois sont psy-en (psy­cho­logues de l’éducation natio­nale). Comme la qua­si-tota­li­té de la pro­fes­sion, elles ont par­ti­ci­pé à la jour­née de pro­tes­ta­tion du 5 juin contre la fer­me­ture des CIO, annon­cée en début d’année.

Face à cette mobi­li­sa­tion, le gou­ver­ne­ment semble ter­gi­ver­ser : le pro­jet de loi, qui doit être voté aujourd’hui, enté­rine le trans­fert de l’orientation aux régions, mais pas for­cé­ment la fer­me­ture des CIO. Sauf que, à Chartres, la fer­me­ture reste une pers­pec­tive proche. Le conseil dépar­te­men­tal, pro­prié­taire des locaux actuels – en plein centre-ville –, les a ven­dus. Mais le démé­na­ge­ment envi­sa­gé a été tout à coup repor­té sine die : « Comme ils veulent nous fer­mer, on n’a plus besoin de démé­na­ger ! », com­mente Marie-Claude, acerbe.

Le CIO, un lieu de tra­vail col­lec­tif

La pers­pec­tive serait une ins­tal­la­tion au sein du lycée Jehan-de-Beauce : 180 m2 au lieu de 280 m2, et sur­tout loin du centre. Mais – et c’est là où la situa­tion locale rejoint le pro­jet glo­bal, les psy-en étant désor­mais appe­lés à exer­cer uni­que­ment dans les éta­blis­se­ments – « le CIO est un lieu neutre, où on voit les jeunes et leur famille dans un autre contexte », mar­tèle Isabelle. « Notre ancien direc­teur disait que c’est un lieu où il suf­fit de cogner à la porte, et on s’occupe de vous », ren­ché­rit Marie-Claude. « Une grand-mère qui s’inquiète pour son petit-fils, on la reçoit, on l’aide. Elle n’ira jamais dans un éta­blis­se­ment – en admet­tant qu’on la laisse entrer ! »

Élèves désco­la­ri­sés et/ou vic­times de pho­bie sco­laire qu’on rac­croche à force de média­tion avec le lycée, pro­jets à recons­truire, négo­cia­tions pour faire res­pec­ter le choix d’un élève brillant qui désire ardem­ment faire un BTS du bâti­ment et ne veut sur­tout pas d’un bac S, élèves « dys » (dys­lexiques, dys­or­tho­gra­phiques…) dont on fait recon­naître le sta­tut par la Maison dépar­te­men­tale du han­di­cap, pri­mo-arri­vants non fran­co­phones… Alexandra, Isabelle et Marie-Claude sont inta­ris­sables sur leur métier et tout ce qui ne pour­ra plus être fait si le CIO ferme.

« Le CIO, c’est aus­si le lieu du tra­vail col­lec­tif, pour­suit Marie-Claude, entre psy-en, pour se for­mer, sur­tout quand on a cinq contrac­tuels sur douze pour (nous) aider à affron­ter les dif­fi­cul­tés du métier », et pour orga­ni­ser des « séances », comme elles les appellent, en direc­tion des équipes péda­go­giques : sur le tra­vail de la mémoire, sur le décro­chage sco­laire…

« Si on passe sous tutelle du Service public régio­nal d’orientation, on nous deman­de­ra juste de faire de l’affectation », dénonce Alexandra, c’est-à-dire « orien­ter les élèves prio­ri­tai­re­ment vers les for­ma­tions, les sec­teurs où il y aura de la place. La Maison des entre­prises ou les branches pro­fes­sion­nelles inter­vien­dront direc­te­ment dans les éta­blis­se­ments, avec un dis­cours à sens unique sur le monde de l’entreprise »… Dans un éclat de rire, Isabelle se sou­vient de cette repré­sen­tante de l’industrie agroa­li­men­taire qui leur expli­quait que « tra­vailler en 5 x 8 ce n’est pas com­pli­qué. On lui a deman­dé si elle-même serait prête à le faire » ! C’est elle qui conclut, anti­ci­pant l’adoption de la loi qui ne met­tra pas un point final à leur lutte : « Nous avons choi­si ce métier, ce ser­vice public, alors que nous pour­rions toutes exer­cer en libé­ral. Et on l’adore, c’est pour ça qu’on se bat comme des chiens. »

 

Article paru le mar­di 19 juin 2018 sous la plume d’Olivier Chartrain. À retrou­ver sur le site humanité.fr

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