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Rocade Vinci de Strasbourg :
Violente évacuation de la ZAD

Le toc­sin a son­né à 5 heures du matin dans le vil­lage de Kolbsheim (Bas-Rhin). Zadistes et habi­tants des vil­lages envi­ron­nants se sont levés pour rejoindre les bar­ri­cades. A la lisière de la forêt, les oppo­sants au pro­jet de grand contour­ne­ment ouest (GCO) — une auto­route que veut construire la socié­té Vinci — ont alors fait face à une cen­taine de gen­darmes mobiles. Les forces de l’ordre chargent après deux som­ma­tions som­maires. Ils éteignent un tas de pneus enflam­més et tirent les pre­mières gre­nades lacry­mo­gènes. Une vil­la­geoise apeu­rée fuit en criant : « On ne veut pas de vio­lence, on est paci­fiste. »Strasbourg GCO Évacuation ZAD 2

Les forces de l’ordre pro­gressent rapi­de­ment le long de la dépar­te­men­tale 93. Au milieu de la forêt, à quelques mètres de l’entrée de la Zad, un mili­tant d’Europe Ecologie Les Verts s’avance vers les gen­darmes. Il est bien­tôt sui­vi du maire de Kolbsheim, Dany Karcher, et de l’édile éco­lo­giste de Schiltigheim, Danielle Dambach. Face au secré­taire géné­ral de la pré­fec­ture du Bas-Rhin, Yves Séguy, ils demandent que soit mis fin à l’intervention et argu­mentent. Mais Yves Séguy n’accorde aucune impor­tance aux deux recours actuels de l’association Alsace Nature. L’un d’eux porte sur l’aménagement du via­duc de Kolbsheim.

Les esprits s’échauffent. De nou­velles som­ma­tions sont pro­non­cées. Puis une nou­velle charge. Dans un nuage de lacry­mo­gène, plu­sieurs per­sonnes tombent, dont la maire de Schiltigheim. Interrogée peu après, elle évoque le tra­vail de la dépu­tée bas-rhi­noise, Martine Wonner (LREM) : « Elle pèse de tout son poids pour que le nou­veau ministre de l’Écologie accorde un mora­toire sur ce pro­jet. »

Pendant ce temps, les forces de l’ordre ont inves­ti la Zad du Moulin. La pré­fec­ture de police évoque 515 per­sonnes mobi­li­sées. La résis­tance paci­fique des oppo­sants au GCO prend fin. Une jeune femme, volon­tai­re­ment atta­chée à un arbre, voit ses chaînes sciées par les gen­darmes. Ceux-ci empêchent les jour­na­listes de prendre des pho­tos mal­gré la pré­sen­ta­tion d’une carte de presse.

Sur la route dépar­te­men­tale, les gen­darmes conti­nuent de repous­ser les citoyens hors de la forêt. Parmi eux, une habi­tante de Kolbsheim, 91 ans, avance péni­ble­ment à l’aide de son déam­bu­la­teur. Derrière elle, des gen­darmes la poussent avec des bou­cliers à rejoindre le vil­lage.

Elisabeth, 61 ans, est ter­ri­fiée par la vio­lence de l’intervention. Les larmes aux yeux, canne à la main, elle regarde la forêt de Kolbsheim : « Cette forêt, je m’y bala­dais quand j’étais jeune… » Une soixan­taine de per­sonnes se ras­semblent devant la mai­rie. A 7 h 30, les cloches son­naient tou­jours l’alerte.Strasbourg GCO Évacuation ZAD 3

UN PROJET IMPOSÉ MALGRÉ DE NOMBREUX AVISGATIFS OFFICIELS

Les pré­misses du grand contour­ne­ment ouest (GCO) de Strasbourg remontent aux années 1970. Ce pro­jet d’autoroute payante de 24 kilo­mètres a été décla­ré d’utilité publique en jan­vier 2008 pour 10 ans. La rocade a pour but de faci­li­ter le trans­port en camion du nord au sud de l’Europe, ce qui per­met­trait de déles­ter l’autoroute gra­tuite de l’A35, qui coupe Strasbourg en deux. Le pro­jet avait été annu­lé par le gou­ver­ne­ment Ayrault-Hollande juste après sa prise de fonc­tion en 2012, avant d’être relan­cé fin 2013, sous la pres­sion des pou­voirs éco­no­miques locaux, de la droite locale. Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), jusqu’alors oppo­sé, avait alors retour­né sa veste, deve­nant favo­rable, mal­gré ses enga­ge­ments élec­to­raux.

Le contrat de conces­sion de 54 ans signé début 2016 avec Arcos, filiale de Vinci, pré­voit un allon­ge­ment auto­ma­tique de l’utilité publique du pro­jet. Mais l’opposition n’a pas ces­sé. Dans la cam­pagne alsa­cienne, une oppo­si­tion conti­nue se fait entendre par des marches, mani­fes­ta­tions, construc­tion de cabanes et fes­ti­vals. Pour les oppo­sants, le GCO ne règle pas les pro­blèmes d’engorgement qui se mani­festent vers Strasbourg le matin et pour en repar­tir le soir (150.000 véhicules/jour contre 165.000 sur la par­tie la plus char­gée en 2016).

En juillet 2017, quelques occu­pants se sont ins­tal­lés dans la forêt de Kolbsheim, un point névral­gique au milieu du tra­cé, entre deux vil­lages et un châ­teau ins­crit aux monu­ments his­to­riques.

Malgré les avis néga­tifs offi­ciels rela­tifs aux com­pen­sa­tions envi­ron­ne­men­tales d’instances éta­tiques (Conseil natio­nal de pro­tec­tion de la nature, agence de la bio­di­ver­si­té, auto­ri­té envi­ron­ne­men­tale) et l’avis défa­vo­rable des deux enquêtes publiques qui en résultent à l’été 2018, le pré­fet a vali­dé le pro­jet fin août, en signant les arrê­tés auto­ri­sant les tra­vaux.

Retrouvez le repor­tage de Guillaume Krempp et d’autres pho­tos sur le site de reporterre.fr

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