Le site inter­net du jour­nal l’Humanité a publié, le 18 décembre, une inter­view, réa­li­sée dans la mani­fes­ta­tion du 17 à Chartres, de Denis Ledoré, agent ter­ri­to­rial dans un col­lège de Dreux. Nous relayons cet article.

Le titre et les inter­titres sont de la rédac­tion d’ensemble28.forum28.net ain­si que les pho­tos (de la mani­fes­ta­tion du 17 à Chartres), sauf le por­trait de Denis Ledoré qui est de l’Humanité. Vous pou­vez retrou­ver l’ar­ticle ori­gi­nal ici et des infor­ma­tions sur le mou­ve­ment social , sur le site humanité.fr.

 

Denis Ledoré [Photo l'Humanité]Derrière les bataillons de profs ou de che­mi­nots, les agents ter­ri­to­riaux, tout aus­si visés par la réforme, sont un peu dans l’ombre de la lutte, déplore Denis, ren­con­tré hier à Chartres.

Denis Ledoré est venu de Dreux pour mani­fes­ter à Chartres (Eure-et-Loir). Adjoint tech­nique dans un col­lège de la deuxième ville du dépar­te­ment, il fait par­tie, à 56 ans, de ces fonc­tion­naires qui ont eu le droit d’être copieu­se­ment bal­lot­tés au gré des réformes. Alors que les pre­miers fumi­gènes embrument un cor­tège encore plus mas­sif que le 5 décembre, il nous raconte : « J’ai com­men­cé comme fonc­tion­naire d’État, jusqu’à la réforme qui nous a bas­cu­lés pro­gres­si­ve­ment dans la ter­ri­to­riale. C’était en 2003 – la même année que la deuxième réforme des retraites, celle de Fillon ! Il y avait eu une grosse bataille et on avait obte­nu de pas­ser par un déta­che­ment de longue durée. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une poi­gnée de gens qui sont tou­jours sous ce sta­tut. »

Chartres 17-12-2019 Manifestation Retraites 17Denis per­drait “150 euros, à la louche, si la réforme pas­sait”

Lui a fina­le­ment inté­gré les effec­tifs du conseil dépar­te­men­tal en 2009 car « c’était un peu plus attrac­tif sur le plan finan­cier ». Comme pour tous les agents de caté­go­rie C, la paie, c’est la ques­tion qui fâche. Mais Denis explique sans s’énerver, posé­ment : « J’ai com­men­cé entre 1 200 et 1 300 euros par mois. En net », pré­cise-t-il. « Aujourd’hui, j’ai 25 ans d’ancienneté, et je gagne… 1 700 euros net. Dont 300 euros de primes, qui, à l’heure actuelle, ne sont pas prises en compte pour le cal­cul de la retraite. » Mais la réforme, « même avec l’intégration des primes, ce serait une grosse claque au moment de la retraite, d’autant qu’on per­drait le cal­cul de la pen­sion sur les six der­niers mois ».

Chartres 17-12-2019 Manifestation Retraites 19Au son des pre­miers pétards, Denis hausse la voix : « De toute façon j’ai une car­rière à trous, il fau­drait que j’attende 67 ans pour avoir une retraite à taux plein. » Sauf que, « dans nos métiers, 67 ans, c’est impos­sible ». Aujourd’hui aux espaces verts, il a fait aus­si de l’entretien des locaux, au nom de la poly­va­lence. Et s’il estime sa future retraite à « envi­ron 900 euros dans le sys­tème actuel », il pense qu’il per­drait 150 euros, à la louche, si la réforme pas­sait. Malgré « l’âge pivot », mal­gré la pro­messe des 1 000 euros mini­mum… réser­vés aux car­rières com­plètes. Il rigole : « Je suis un peu comme les femmes ! »

Pour les femmes c’est la double ou même la triple peine”

Des femmes, il y en a beau­coup chez les agents des col­lèges : « Pour elles, c’est la double ou même la triple peine avec les car­rières hachées, les enfants, les temps par­tiels… » Alors, le calme Denis, qui ne lâche pas son dra­peau de la FSU pen­dant qu’il nous parle, s’agace contre « cer­tains syn­di­cats qui sont en train de négo­cier le retrait de l’âge pivot. Moi ce que je veux, c’est le retrait du pro­jet, et de vraies négo­cia­tions pour amé­lio­rer le sys­tème actuel, pour les femmes, la péni­bi­li­té, les fins de car­rière… Chez nous, à par­tir de 55 ans, il y a beau­coup de troubles mus­cu­lo-sque­let­tiques, les gens sont usés, com­pli­qués à reclas­ser… Des ces­sa­tions pro­gres­sives d’acti vité, ce serait bien. En plus, ça per­met­trait la trans­mis­sion des com­pé­tences. »Chartres 17-12-2019 Manifestation Retraites 18

Comme nombre de ceux nés avant 1975, Denis pense aus­si à ses enfants : « Ils ne sont pas en grève, mais ils sont d’accord avec moi sur la réforme. Mettre ce poids sur les géné­ra­tions futures, c’est… » Difficile à ava­ler, visi­ble­ment. « On n’est pas là pour notre gueule, en fait. » Une rai­son de plus pour ne rien lâcher.

 

Olivier Chartrain.