270 kilo­mètres à pied, de Laval à l’Assemblée natio­nale. C’est le périple dans lequel se sont lan­cés des oppo­sants à la réforme des retraites, arri­vés mar­di à Paris pour plai­der leur désac­cord direc­te­ment devant les dépu­tés.

Marche 53 Sur la route de Malakoff

En route vers Malakoff

«C’est un moment hyper émou­vant. Maintenant, j’ai l’impression d’avoir fait ma part. » Marie-Anne, ensei­gnante à Laval, peine à cacher sa fatigue et ses émo­tions. Il est 10 h 30 sur l’avenue de Breteuil à Paris, il ne lui reste plus que quelques rues à par­cou­rir avant d’achever son périple de 270 kilo­mètres à pied qui séparent le chef-lieu mayen­nais de l’Assemblée natio­nale. Une marche sym­bo­lique de neuf jours à tra­vers six dépar­te­ments que la syn­di­ca­liste de SUD édu­ca­tion et une poi­gnée de Lavallois ont mise sur pied pour faire entendre la voix des oppo­sants à la réforme des retraites au plus près du Palais Bourbon. « La géné­ra­tion de mes grands-parents s’est bat­tue pour nos acquis sociaux. Aujourd’hui, j’ai trois enfants et je me demande ce qu’on va leur lais­ser. Ça fait deux mois qu’on crie et qu’on ne nous entend pas, alors on s’est rap­pro­chés un peu », explique-t-elle.

L’étendard d’une société dominée par la solidarité plutôt que par le profit

Partis de Laval lun­di 17 février, les « mar­cheurs », comme ils s’appellent pour « se réap­pro­prier un terme sali par la majo­ri­té », ont ras­sem­blé autour d’eux de nom­breux sou­tiens. Les ran­don­neurs ont été accueillis, logés et nour­ris à cha­cune de leurs huit étapes par des mili­tants et habi­tants ren­con­trés sur le che­min, qui ont par­fois rejoint la marche. « Nous les avons d’abord accueillis à La Ferté-Bernard, puis à Nogent-le-Rotrou. Au bout de deux ren­contres, nous nous sommes fait plein d’amis, nous avons eu du mal à les quit­ter ! À tel point que nous avons pris le train lun­di à 6 h 15 pour rejoindre la der­nière étape de Malakoff à Paris », indique Véronique, gilet jaune de Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir. Une marche riche en lien social qui, au-delà de la contes­ta­tion contre la réforme des retraites, se fait l’étendard d’une socié­té domi­née par la soli­da­ri­té plu­tôt que par le pro­fit.

Marche 53 Sur le plateau de Saclay

Sur le pla­teau de Saclay”

Des démons­tra­tions de soli­da­ri­té aux­quelles se sont joints des dépu­tés com­mu­nistes et insou­mis sur les der­niers kilo­mètres du périple à Paris. « C’est logique de venir retrou­ver celles et ceux qui se battent ; en tant que dépu­tés, on est por­tés par eux, ils nous donnent de la force dans l’Hémicycle », confie dans le cor­tège la com­mu­niste Elsa Faucillon, alors que les « mar­cheurs » scandent les chants qu’ils ont écrits. L’insoumis Adrien Quatennens abonde dans son sens. « On ne pou­vait pas ne pas être là. On est très tou­chés, très émus, plus que ce qu’on aurait pen­sé. »

Un cahier de doléances rempli par les personnes rencontrées

Un sou­tien bien­ve­nu pour les Mayennais, qui ont pris le soin d’empaqueter par­mi leur maté­riel de marche un cahier de doléances. Rempli par les per­sonnes ren­con­trées au fil du par­cours, le recueil a été remis en mains propres aux dépu­tés, à l’intérieur de l’Hémicycle. « Nous, membres des caté­go­ries sociales les plus labo­rieuses, refu­sons de deve­nir un nou­veau tiers état sup­por­tant tou­jours le poids de poli­tiques accom­mo­dantes vis-à-vis des plus riches », y écrit par exemple un cer­tain Félix. Une délé­ga­tion de « mar­cheurs » a éga­le­ment été reçue à l’Assemblée natio­nale par des dépu­tés LaREM, qui ont répon­du à l’appel lan­cé par les mili­tants à tous les groupes par­le­men­taires. « On veut leur dire que s’ils adoptent la réforme, chaque dépu­té devra prendre conscience indi­vi­duel­le­ment de la misère qu’elle va engen­drer ! » lance la Lavalloise ­Marie-Anne, qui pro­met de res­ter atten­tive aux actions des dépu­tés. Mais, quelle que soit son issue, la marche reste, pour elle, une belle « aven­ture humaine et soli­daire ». « On a tis­sé des liens d’amitié et mili­tants très forts, ça va être dif­fi­cile de se quit­ter », sou­rit-elle.

Marie Toulgoat.

[Les pho­tos sont issues de la page face­book des mar­cheurs]

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