Maurice AudinL’Humanité, Mardi 20 Octobre 2020, Julia Hamlaoui

« Dreux a suf­fi­sam­ment subi d’affronts comme ça », lâche Gisèle Quérité, secré­taire dépar­te­men­tale du PCF, quand on l’interroge sur la céré­mo­nie qu’elle a orga­ni­sée avec ses cama­rades d’Eure-et-Loir, aux­quels se sont joints des mili­tants de Génération.s et de la France insou­mise, ce 17 octobre. La date choi­sie – anni­ver­saire de ce sinistre jour de 1961 où des Algériens mani­fes­tant pour l’indépendance trou­vèrent la mort à Paris et en ban­lieue – ne doit rien au hasard. Le lieu non plus. Armés de pan­cartes au nom de Maurice Audin (pho­to ci-contre) – ce mathé­ma­ti­cien com­mu­niste tor­tu­ré et assas­si­né par l’armée fran­çaise pen­dant la guerre d’Algérie –, les mili­tants ont sym­bo­li­que­ment rebap­ti­sé, same­di, la rue Marcel-Bigeard de la commune.

 

 

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200 paras

General Marcel Bigeard, 1996 [WikimediaCommons, Mztourist Derivative by Fringio]

Marcel Bigeard (Cliquez ici pour lire sa fiche biographique)

C’est l’ancien maire LR de Dreux Gérard Hamel (1), qui, l’année der­nière, avait choi­si de célé­brer la mémoire de ce mili­taire, tor­tion­naire en Algérie qui a lais­sé son nom, avant tout, aux « cre­vettes Bigeard », ces pri­son­niers ligo­tés et noyés dans la Méditerranée (2). À l’époque, quelque 200 paras étaient venus saluer la déci­sion de l’édile et, same­di encore, une poi­gnée d’entre eux a ten­té d’entraver l’initiative com­mu­niste à coups de Marseillaise pour empê­cher les dis­cours. Pas de quoi impres­sion­ner Gisèle Quérité : « C’est un nom salis­sant une rue et une ville tout entière », a‑t-elle rap­pe­lé, avant d’entonner à son tour l’hymne natio­nal, dont « les paras n’ont pas le mono­pole ». La res­pon­sable com­mu­niste a pris la plume, lun­di, pour invi­ter le nou­veau maire de droite, Pierre-Frédéric Billet, à adop­ter défi­ni­ti­ve­ment le nom de Maurice Audin pour cette rue.

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  1. Précisons que le conseil muni­ci­pal a approu­vé cette déno­mi­na­tion à l’u­na­ni­mi­té, y com­pris les élus socia­listes (NDLR).
  2. Voir notre fiche consa­crée à Bigeard dans notre article consa­cré à “l’Eure-et-Loir colo­nial”.