Après les insultes du dépu­té UDI Meyer Habib, qui a qua­li­fié des par­le­men­taires de «petites connes» suite à leur par­ti­ci­pa­tion à une danse pour dénon­cer l’impact de la réforme des retraites sur les femmes, un col­lec­tif d’é­lues et mili­tantes affirme que «les “petites connes” n’ont pas fini de faire enra­ger les sexistes de tout poil». Elles appellent à «faire du 8 mars, jour­née inter­na­tio­nale des droits des femmes, la meilleure réponse qui soit».

[Les inter­titres sont de la rédac­tion]

 

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La cho­ré­gra­phie des Rosies du Mans lors de l’ac­cueil de la Marche jus­qu’au retrait le 18 février place de la République.

« Indigence », « ridi­cule », « pitre­ries », « har­pies » … ces der­niers jours, des hommes, inter­nautes, ani­ma­teurs d’é­mis­sion ou poli­tiques, s’en sont don­nés à cœur joie pour expri­mer en toute décom­plexion leur sexisme, jusque dans des émis­sions grand public. Le comble est atteint quand le dépu­té UDI Meyer Habib déclare en plein hémi­cycle que quelques par­le­men­taires, Clémentine Autain, Elsa Faucillon, Esther Benbassa, Manon Aubry, sont de « petites connes » parce qu’elles ont osé chan­ter et dan­ser pour dénon­cer l’impact de la réforme des retraites sur les femmes.

Insupportable pour les phal­lo­crates

Face à une réforme des retraites qui va aggra­ver les  inéga­li­tés entre femmes et hommes, refu­ser de céder au déses­poir et s’attaquer par l’humour et la paro­die au pou­voir appa­raît comme insup­por­table pour toute la phal­lo­cra­tie. La majo­ri­té ne ferait-elle mieux pas de s’émouvoir du fait que syn­di­ca­listes, uni­ver­si­taires, expertes de l’égalité femmes/hommes, alertent depuis des mois, argu­ments et chiffres à l’appui, sur le dan­ger que repré­sente la réforme des retraites pour l’autonomie éco­no­mique des femmes ?

À cause de Macron”

Depuis des mois, les femmes sont au cœur des mobi­li­sa­tions sociales. Elles ont été nom­breuses à enfi­ler un gilet jaune pour enfin être visibles et enten­dues. Elles sont de nom­breuses soi­gnantes à dénon­cer l’a­go­nie de l’hô­pi­tal public. Et depuis plu­sieurs semaines, les femmes se lèvent face au pro­jet de réforme des retraites du gou­ver­ne­ment. La cho­ré­gra­phie « à cause de Macron » a joué un rôle de cata­ly­seur, reprise dans près d’une cen­taine de villes, par des femmes de tous hori­zons, toutes géné­ra­tions, dans les cor­tèges, devant les hôpi­taux, les uni­ver­si­tés, les gares ou avec les tra­vailleuses en grève de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles.

Les grandes per­dantes

Déguisées en « Rosie la Riveteuse », avec bleu de tra­vail, fichu rouge, gants jaunes, elles dénoncent, avec cette icône inter­na­tio­nale deve­nue un sym­bole fémi­niste, les condi­tions de vie et de tra­vail des femmes, bien moins payées en moyenne que leurs homo­logues mas­cu­lins. Elles exigent le retrait d’un pro­jet de loi qui dimi­nue­ra d’autant plus leurs pen­sions, parce qu’elles cumulent bien plus que les hommes « les petits jobs en poin­tillés » et les inter­rup­tions d’activité. Dans un sys­tème à points pre­nant en compte désor­mais toute la car­rière, elles seront les « grandes per­dantes », contrai­re­ment à ce qu’a affir­mé Edouard Philippe.

Ils détestent notre joie

Des femmes par­le­men­taires ont eu le cou­rage de les rejoindre et tant mieux. Si elles sont des « petites connes », alors nous le sommes aus­si et nous en sommes fières. Les « petites connes » n’ont pas fini de faire enra­ger les sexistes de tout poil, à la télé­vi­sion comme à l’Assemblée,  à refu­ser le mépris et à exi­ger le retrait d’une réforme pro­fon­dé­ment injuste. Ils détestent notre joie car elle est com­mu­ni­ca­tive et nous donne l’énergie de lut­ter contre l’avenir morose qu’ils veulent nous impo­ser. Alors nous, « petites connes », conti­nue­rons de dan­ser par­tout où nous le vou­drons et appe­lons à faire du 8 mars, jour­née inter­na­tio­nale des droits des femmes, la meilleure réponse qui soit.

Signataires :

Verveine Angeli, secré­taire natio­nale de l’Union syn­di­cale Solidaires
Ana Azaria, pré­si­dente de Femmes Égalité
Sophie Binet, CGT
Leila Chaibi, Députée euro­péenne LFI
Lou Chesne, Attac et co-coor­di­na­trice de l’i­ni­tia­tive “à cause de Macron”
Myriam Chopin, his­to­rienne
Annick Coupé, secré­taire géné­rale d’Attac
Laurence De Cock, his­to­rienne
Christine Delphy, socio­logue, CNRS
Caroline Fiat, dépu­tée natio­nale LFI
Sigrid Gérardin, secré­taire natio­nale FSU
Raquel Garrido, avo­cate chro­ni­queuse
Murielle Guilbert, secré­taire natio­nale Union syn­di­cale Solidaires
Aurore Lalucq, dépu­tée euro­péenne Place publique
Mathilde Larrère, his­to­rienne
Claire Lejeune, co-secré­taire fédé­rale des Jeunes Écologistes
Gaëlle Martinez, délé­guée géné­rale Solidaires Fonction Publique
Caroline Mecary, avo­cate
Claire Monod, Coordinatrice Nationale de Génération.s
Mathilde Panot, dépu­tée natio­nale LFI
Anne-Sophie Pelletier, Députée euro­péenne LFI
Marie Pochon, Secrétaire Générale de Notre Affaire à Tous
Christine Poupin, porte-parole du NPA
Sandra Regol, secré­taire natio­nale adjointe d’EELV
Muriel Ressiguier, dépu­tée LFI
Aude Rossigneux, ancienne jour­na­liste

Eva Sas, Porte Parole d’EELV
Rachel Silvera, éco­no­miste, Université Paris-Nanterre
Charlotte Soulary, co-fon­da­trice du col­lec­tif Chair
Sophie Taillé-Pollian, séna­trice Génération.s
Marie Toussaint, dépu­tée euro­péenne EELV
Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac
Eliane Viennot, his­to­rienne
Youlie Yamamoto, Attac et co-coor­di­na­trice de l’i­ni­tia­tive “à cause de Macron”