Nous relayons, la tri­bune, parue sur le site lefildescommuns.com des dépu­tées Elsa Faucillon et Clémentine Autain sur la mani­fes­ta­tion qui a ras­sem­blé 20 000 per­sonnes devant le tri­bu­nal de Bobigny, le 2 juin, pour récla­mer jus­tice pour Adama Traoré et les autres nom­breuses vic­times de vio­lences poli­cières. « Nous ne pou­vons plus man­quer à l’appel de cer­tains com­bats que nous avons par­fois négli­gé, par­fois sou­te­nu du bout des lèvres » disent-elles.

Près de quatre ans après la mort d’Adama Traoré, sa famille ne cède pas : elle veut la véri­té, la jus­tice. Le 2 juin, une mani­fes­ta­tion a ras­sem­blé plu­sieurs dizaines de mil­liers de per­sonnes der­rière ce com­bat. Historique.

Elsa Faucillon

Elsa Faucillon

Clémentine Autain

Clémentine Autain

Dans l’atmosphère pesante et dou­lou­reuse de la crise sani­taire et du début de décon­fi­ne­ment, les manifestant·e·s du ras­sem­ble­ment devant le TGI ce 2 juin 2020 ont vécu un enthou­siasme col­lec­tif. À l’appel d’Assa Traoré et du Comité Vérité et Justice pour Adama, 20.000 per­sonnes ont répon­du pré­sentes mal­gré l’interdiction avan­cée par la pré­fec­ture de police. Après les rebon­dis­se­ments de la jour­née et l’annonce d’une exper­tise confir­mant le rôle du pla­quage ven­tral dans la mort d’Adama, cette mani­fes­ta­tion a cou­ron­né des années de com­bat que mène la famille.

Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus raci­sée que les ren­dez-vous mili­tants qu’organise en géné­ral la gauche. Entassé entre le par­vis et le site d’un chan­tier, cha­cun pou­vait assis­ter aux chants qui pre­naient par endroit et se répon­daient. Faute de pou­voir écou­ter le dis­cours d’Assa Traoré ou le chant de Camélia Jordana, celles et ceux qui guet­taient au loin affi­chaient la séré­ni­té d’un devoir accom­pli. Électrisés par le contexte de révolte aux États-Unis et le meurtre de George Flyod, qu’ils étaient magni­fiques ces empê­cheurs de tour­ner en rond. En récla­mant sans conces­sion que jus­tice soit faite, le com­bat Adama est deve­nu le paran­gon d’une cause qui le déborde. En frac­tu­rant les ver­rous et les portes qui s’opposent à l’exercice d’un bilan cri­tique du racisme sys­té­mique de notre socié­té, ces militant·e·s infa­ti­gables sont ren­trés en écho avec une géné­ra­tion qui ne veut plus s’astreindre à res­ter pas­sif ou à deman­der poli­ment une solu­tion. « Pas de jus­tice, pas de paix. »

« Les per­sonnes noires, les per­sonnes arabes, les per­sonnes raci­sées, nous avons le droit de par­ti­ci­per à la construc­tion de ce monde, de cette France. Nous avons le droit de par­ti­ci­per à la construc­tion de notre propre vie, ils n’ont pas le droit de mort sur nos vies », a décla­ré Assa Traoré, accla­mée. Ce ras­sem­ble­ment est un aver­tis­se­ment diplo­ma­tique et une adresse à notre camp social. Nous ne pou­vons plus man­quer à l’appel de cer­tains com­bats que nous avons par­fois négli­gé, par­fois sou­te­nu du bout des lèvres. Racisme endé­mique, vio­lences poli­cières, héri­tage colo­nial, isla­mo­pho­bie sont des ques­tions fon­da­men­tales que sou­lèvent pas à pas ces mou­ve­ments pour la véri­té et la jus­tice car ce sont des réa­li­tés vécues que notre pays enfouit.

Dans la joie par­ta­gée et cette com­mu­nion col­lec­tive enta­chée seule­ment par la pro­vo­ca­tion poli­cière de l’interdiction et d’un gazage gra­tuit, nous avons pour­tant vécu un moment pré­cieux d’optimisme. L’on s’y est retrou­vé entre cama­rades sépa­rés par nos che­mins poli­tiques et l’on s’y est per­du au milieu d’inconnus, d’une relève à la rage digne et à la déter­mi­na­tion intacte. Hier, s’est écrite une étape indis­pen­sable des luttes, et la période appelle avec force à de sem­blables suc­cès.

 

Le 3 juin 2020

Elsa Faucillon (dépu­tée PCF) et Clémentine Autain (dépu­tée LFI)