A154 : Dans la boue contre les dinosaures !

Fin 2024, Vinci, can­di­dat à la conces­sion auto­rou­tière, avait vio­lé la loi en se  per­met­tant de péné­trer et de faire des carot­tages sur les terres de Maximilien Vangeon qui sont situées sur l’emprise du pro­jet A154 au Gorget, com­mune de Saint-Prest, sans auto­ri­sa­tion de la Préfecture.

Carottage sau­vage

’On  veut vrai­ment frap­per un grand coup au niveau de la presse, donc plus nom­breux on sera en luttes ce jour-là, plus ça fera du bruit sur France 3 et dans  la presse papier et inter­net. Je rap­pelle que les conces­sion­naires ont remis leurs offres en décembre et que le cur­seur est mon­té d’un cran… Ce  sera aus­si l’oc­ca­sion de ren­con­trer nos cama­rades des autres luttes  par­tout en Centre-Val de Loire, à bas le béton, les méga bas­sines, les pla­te­formes  logis­tiques, le golf des bordes, etc.’’

C’est en ces termes, et par un cour­riel du 2 jan­vier, que Caroline, la porte parole du Collectif NON A 154-A120, à pro­pos de la rédac­tion du tract, lan­çait l’organisation de la mani­fes­ta­tion pré­vue le lun­di 27 jan­vier en espé­rant que le maxi­mum de gens puissent poser une RTT ce jour là !

Malgré la boue

15 heures ! Nous sommes par­ve­nus dans le ter­rain où se sont regrou­pés une cen­taine de courageux/ses, beau­coup de retraité·e·s et de militant·e·s acqui·se·s à la cause. On craint le pire, la pluie annon­cée s’estompera fina­le­ment mais l’évolution sur le ter­rain boueux sera exé­crable, voire dan­ge­reuse. Chacune, cha­cun garde le sou­rire. Au loin, sur la hau­teur, a été construit un mira­dor, pre­mier ouvrage d’une ZAD annon­cée si le pro­jet était main­te­nu. La porte parole com­mente et pré­sente les intervenants.

Deux dépu­tés LFI sont venus

La visi­bi­li­té natio­nale est don­née à la mani­fes­ta­tion par la pré­sence de deux dépu­tés LFI, Sylvain Carrière de l’Hérault et Bérenger Cernon de l’Essonne, et de la presse (F3 et Reporterre). Ce qui rap­pelle que le pro­jet de l’A 154 fait par­tie d’un maillage pour faci­li­ter le libre échange des pro­duits du Nord au Sud de la France jusqu’à la fron­tière espa­gnole. Les dépu­tés sou­tiennent la coa­li­tion de la Déroute des routes qui réunit 50 à 60 col­lec­tifs oppo­sés aux pro­jets auto­rou­tiers et qui a pro­duit un rap­port d’une quin­zaine de pages qui va ser­vir de base au mora­toire envoyé aux dépu­tés et aux sénateurs.

Faiblesse du fret ferroviaire

Carrière exprime en par­ti­cu­lier leur lutte contre les deux contour­ne­ments de Montpellier. Le mora­toire men­tion­né n’a jamais été débat­tu au Parlement mais il est remis régu­liè­re­ment à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale.

Cernon, che­mi­not pen­dant dix-sept ans qui a l’habitude des luttes, notam­ment dans le domaine du fret fer­ro­viaire, signale que la part de ce mode de trans­port est infé­rieur à 10% en France alors que la moyenne euro­péenne est de 18%, et qu’elle atteint 30% en Autriche.

Des études d’impact obsolètes

Grégoire Bailleux, Maire de Gasville-Oisème, la com­mune la plus impac­tée sur le contour­ne­ment Est de Chartres, qui se mobi­lise depuis plus de 10 ans contre le pro­jet, met en doute la vali­di­té des études d’impact menées en 2014–2015, vu les effets du chan­ge­ment cli­ma­tique consta­tés dans la com­mune : inon­da­tions, séche­resse, des effon­dre­ments de falaises. À ce sujet, il a envoyé un cour­rier au Préfet et à Vinci.

Jean-François Bridet, en sa qua­li­té de Vice-Président du Conseil Régional de Centre Val de Loire, sou­ligne, révol­té, que ‘’tous les élus du ter­ri­toire sont favo­rables au pro­jet.’’ Suite à la publi­ca­tion du rap­port jugé catas­tro­phique de l’Observatoire Régional de la Biodiversité, il incite à pour­suivre la lutte du côté de ceux qui défendent les com­muns et les vivants de demain dans l’égalité, la fra­ter­ni­té et la liberté.

Luttes locales Centre

François et Katherine des Luttes Locales Centre, LLC, se sont dépla­cés d’Orléans. Le pre­mier a pré­sen­té la genèse de la Déroute des Routes et de la  coopé­ra­tion des LLC à l’échelle régio­nale. D’une défaite contre un pro­jet de dévia­tion et contour­ne­ment pour poids lourds sur l’Est d’Orléans à Jargeau, sont nées ces 2 coa­li­tions. La lutte contre ce pro­jet rou­tier fut menée de manière exem­plaire dès 1990 et dénon­cée par la contes­ta­tion de l’ensemble des syn­di­cats agri­coles. Il nous explique et détaille fort bien com­ment les poli­tiques par­viennent à leur fin en ‘’sau­cis­son­nant’’ le pro­jet d’abord refu­sé en une quin­zaine d’autres plus petits, et à le concré­ti­ser étape par étape, 35 ans plus tard, le tout est réa­li­sé, inau­gu­ra­tion du pont pré­vue en mai 2025.

Adieu bécasses, lapins, perdreaux…

Ensuite, Katherine a lu un texte bien docu­men­té [lire ici] sur l’im­plan­ta­tion des pla­te­formes logis­tiques le long des auto­routes avec des extraits du repor­tage de Léa Guedj pour Reporterre et France inter. Lorsque Joël a ache­té sa mai­son en 2004, à Mer, c’é­tait un  coup de cœur.  Aujourd’hui,  son jar­din est entou­ré de haies afin d’é­vi­ter  la vue sur les entre­pôts logis­tiques qui poussent comme des  cham­pi­gnons.  “J’ai connu des champs de blé,  il y avait des bécasses,   des lapins,  des per­dreaux. Maintenant,  il n’y a plus!” rien»

Ce pro­jet est un dan­ger pour l’Eure-et-Loir

Amandine, agri­cul­trice bio de la Confédération Paysanne, qui lutte depuis très long­temps contre la zéro arti­fi­cia­li­sa­tion nette (ZAN) et pour pré­ser­ver les res­sources en eau. Ce pro­jet est un dan­ger pour l’Eure-et-Loir et ses terres agri­coles de qua­li­té dont on a tant besoin pour les années à venir, favo­ri­sées par un cli­mat tem­pé­ré. ‘’Pas de pho­to­vol­taïque, pas de bas­sines sans rai­sons.’’ Elle insiste aus­si sur la dif­fi­cul­té des jeunes pay­sans à s’installer face à l’augmentation du prix des terres, mise en concur­rence par les agglos de Chartres et de Dreux. Désormais, les baux deve­nus pré­caires sont renou­ve­lés chaque année.

Désarroi face aux terres menacées

Maximilien et Stéphanie Vangeon, de la Coordination Rurale, sont les jeunes pro­prié­taires de la par­celle. L’agriculteur sou­ligne deux pro­blèmes, le sac­cage des terres et la perte éco­no­mique consé­quente. On com­prend son total désar­roi face au fon­cier per­du dont il ne sait com­ment il sera rem­pla­cé ! Car la terre est son outil de tra­vail et nour­rit toute sa famille.

Large impact social du projet

Antoine Molinatti, de la CGT de Dreux, évoque les impacts sociaux du pro­jet : les frais de péages pour les navet­teurs et leurs consé­quences sur le tra­fic repor­té sur le réseau secon­daire. Il faut déve­lop­per des alter­na­tives à la voi­ture (trains, bus), défendre la réou­ver­ture de la ligne du che­min de fer Dreux-Chartres-Orléans, mieux encore depuis Rouen, reprendre le trans­port du fret démo­li dans la lignée du tout rou­tier et répondre aux besoins des popu­la­tions et non aux besoins du capital.

L’accroissement des routes détruit l’é­co­no­mie locale

S’adressant à Madame Le Maire de Charly-sur-Marne qui décla­rait aux élus de sa région : “Financez-moi un échan­geur auto­rou­tier sur 8 hec­tares et je vous ferai une zone d’activités de 105 hec­tares”, Benoît Coignard, du comi­té drouais des Soulèvements de la Terre, montre com­ment l’ac­crois­se­ment des routes détruit l’é­co­no­mie locale et tourne le dos à la tran­si­tion éco­lo­gique. [Texte inté­gral, ici]

Méfaits des crues

Monsieur Tirloy repré­sente l’association AP3V 28–78 (Association de Protection des 3 val­lées Drouette, Voise, Eure-Aval dans le 28 et le 78). Il faut pro­gres­ser sur les notions de pré­ven­tion de l’eau, dit-il, et tirer les ensei­gne­ments des crues qui ont tou­ché le dépar­te­ment. Or, qui dit infra­struc­ture (futur A154), dit aus­si pro­blème de l’eau. La créa­tion de talu­tages asso­ciée à la construc­tion d’un impor­tant via­duc refer­mant les fonds de la val­lée de l’Eure Aval à Lormaye impac­te­ra les rive­rains par les méfaits des crues.

Nous affron­tons des dinosaures !

François Bordes, Président inté­ri­maire de la FEEL remer­cie pour l’organisation de cette belle mani­fes­ta­tion et fus­tige : ‘’ Le pro­jet A154/A120 a été conçu dans la logique des trente glo­rieuses sans tenir compte de la donne actuelle et du chan­ge­ment civi­li­sa­tion­nel qu’elle induit ; c’est un pro­jet du pas­sé et les tenants de ce pro­jet sont des dino­saures ! Nous affron­tons des dino­saures !’’ [Texte inté­gral]

À l’issue de cette pre­mière par­tie, entre 17 et 19h s’est tenu un ras­sem­ble­ment convi­vial, autour d’une col­la­tion, accueilli par la Municipalité de Gasville-Oisème.

Le film ‘’Alliances ter­restres’’, autour de la lutte contre la construc­tion de l’A69 reliant Castres à Toulouse, a été pro­je­té à Saint-Prest et sui­vi d’un débat en pré­sence de la réalisatrice.