Marie Charrel : Double peine pour les femmes, âgisme + sexisme

Mainvilliers Médiathèque 08-03-2025 Marie Charrel Qui a peur des vieillesBeau suc­cès de la ren­contre avec Marie Charrel, auteure de l’essai Qui a peur des vieilles ? à l’occasion de la Journée inter­na­tio­nale pour les Droits des Femmes, le 8 mars à la Médiathèque de Mainvilliers qui n’avait jamais accueilli autant d’audit/eur/rice·s.

Ce livre est le résul­tat d’une enquête auprès de femmes ”ordi­naires” et de quelques cher­cheuses comme Michelle Perrot. Relevons quelques uns des sujets évo­qués par l’invitée à la demande d’Isabelle Blochet,  la médiathécaire.

La recon­nais­sance sociale des femmes

’Il y a un déca­lage monu­men­tal entre la vraie vie et leur visi­bi­li­té sociale. Où sont les femmes de 45, 50, 60 ans ? Elles sont par­tout ! Il y a des pans essen­tiels de la socié­té qui tiennent grâce à elles, tout le milieu asso­cia­tif, s’occuper des enfants, des parents plus âgés… Au ciné­ma, les actrices ont un pic d’employabilité entre 27 et 32 ans alors que celui des comé­diens hommes dure beau­coup plus long­temps. Cela a évi­dem­ment un impact sur la façon dont les spec­ta­teurs se pensent.’’

La méno­pause entraîne une déva­lo­ri­sa­tion de la femme : ‘’Puisque, selon le patriar­cat, la pre­mière fonc­tion de la femme c’est de faire des enfants, for­cé­ment quand elle n’en fait plus, elle a moins de valeur.’’

Mainvilliers Médiathèque 08-03-2025 Marie Charrel Qui a peur des vieilles► Le tra­vail domestique

 ‘’Le capi­ta­lisme, ce n’est pas que vendre des pro­duits [pour res­ter jeune], c’est plus pro­fond que ça.‘’ Convoquant Adam Smith, ini­tia­teur de la théo­rie de la ver­tueuse main invi­sible du mar­ché, l’essayiste sou­ligne que lui et ses suc­ces­seurs ‘’ont oublié le tra­vail domes­tique. Ils ont choi­si de ne pas comp­ter ce tra­vail comme acti­vi­té pro­duc­tive.’’ L’invitée démonte aus­si la loi de l’offre et de la demande selon laquelle les salaires devraient aug­men­ter dans les métiers en ten­sion. ‘’Pourquoi ça ne marche pas pour les infir­mières, les métiers du care en géné­ral ? Parce que c’est des métiers, consi­dé­rés comme fémi­nins qui relèvent d’une fonc­tion consi­dé­rée comme natu­relle de la femme.’’

► Vieillissement et jeunisme.

Marie Charrel sou­lève un para­doxe qu’elle qua­li­fie de déli­rant : ‘’Nous sommes des socié­tés qui vieillissent qui vénèrent des corps [jeunes] qui n’existent pas, et c’est autant la publi­ci­té, les films, les réseaux sociaux qui pro­pagent ces repré­sen­ta­tions.’

Mainvilliers Médiathèque 08-03-2025 Marie Charrel Qui a peur des vieilles► Âgisme

’La ques­tion de la san­té est peut-être la plus impor­tante, la plus grande inéga­li­té. Quand on a la chance de vieillir en bonne san­té, c’est plus facile de se sen­tir libre. […] L’homme souffre autant que la femme de l’âgisme mais la femme a une double peine, âgisme + sexisme.’’

’Dans cer­tains endroits de l’espace public, à cer­taines heures, les femmes âgées ne se sentent plus les bien­ve­nues ou sont invisibilisées.’’

► Femmes en entreprise

« Il y a un jeu­nisme très fort pour les femmes comme pour les hommes en entre­prise où à 45 ans, on est senior. On a un vrai pro­blème d’emploi, en France, à cet égard. Et c’est plus dif­fi­cile pour les femmes car sou­vent elles ont des enfants, il y a les parents. C’est plus dif­fi­cile d’être mobile géo­gra­phi­que­ment pour retrou­ver un emploi.’’

Broché — Les Peregrines — 19 €

Le Livre de Poche — 8,90 €

► Me Too

À la ques­tion de savoir s’il y a amé­lio­ra­tion depuis Me Too, l’essayiste répond : ‘’ Je ne sais pas… Il y a Me Too mais il y a un gros retour de bâton. Les droits ne sont jamais acquis. La preuve par A+B+C+D ce qui se passe aux États-Unis. On peut être inquiets aus­si en Europe et en France parce que cette force là [le trum­pisme mas­cu­li­niste] touche beau­coup de monde.’’

► Sororité

 ‘’Elle reste trop hori­zon­tale, pas assez inter­gé­né­ra­tion­nelle.’’ L’exemple est pris à pro­pos des retraites : ‘’Pourquoi les fémi­nistes ne s’intéressent pas à cette ques­tion ? Peut-être parce que les mili­tantes sont très jeunes et peut-être que beau­coup, par­mi les his­to­riques, pen­saient que natu­rel­le­ment, avec l’amélioration des condi­tions de tra­vail concrètes, à la retraite ça sui­vrait.’’