Marie Charrel : Double peine pour les femmes, âgisme + sexisme
Beau succès de la rencontre avec Marie Charrel, auteure de l’essai Qui a peur des vieilles ? à l’occasion de la Journée internationale pour les Droits des Femmes, le 8 mars à la Médiathèque de Mainvilliers qui n’avait jamais accueilli autant d’audit/eur/rice·s.
Ce livre est le résultat d’une enquête auprès de femmes ”ordinaires” et de quelques chercheuses comme Michelle Perrot. Relevons quelques uns des sujets évoqués par l’invitée à la demande d’Isabelle Blochet, la médiathécaire.
► La reconnaissance sociale des femmes
‘’Il y a un décalage monumental entre la vraie vie et leur visibilité sociale. Où sont les femmes de 45, 50, 60 ans ? Elles sont partout ! Il y a des pans essentiels de la société qui tiennent grâce à elles, tout le milieu associatif, s’occuper des enfants, des parents plus âgés… Au cinéma, les actrices ont un pic d’employabilité entre 27 et 32 ans alors que celui des comédiens hommes dure beaucoup plus longtemps. Cela a évidemment un impact sur la façon dont les spectateurs se pensent.’’
La ménopause entraîne une dévalorisation de la femme : ‘’Puisque, selon le patriarcat, la première fonction de la femme c’est de faire des enfants, forcément quand elle n’en fait plus, elle a moins de valeur.’’
‘’Le capitalisme, ce n’est pas que vendre des produits [pour rester jeune], c’est plus profond que ça.‘’ Convoquant Adam Smith, initiateur de la théorie de la vertueuse main invisible du marché, l’essayiste souligne que lui et ses successeurs ‘’ont oublié le travail domestique. Ils ont choisi de ne pas compter ce travail comme activité productive.’’ L’invitée démonte aussi la loi de l’offre et de la demande selon laquelle les salaires devraient augmenter dans les métiers en tension. ‘’Pourquoi ça ne marche pas pour les infirmières, les métiers du care en général ? Parce que c’est des métiers, considérés comme féminins qui relèvent d’une fonction considérée comme naturelle de la femme.’’
► Vieillissement et jeunisme.
Marie Charrel soulève un paradoxe qu’elle qualifie de délirant : ‘’Nous sommes des sociétés qui vieillissent qui vénèrent des corps [jeunes] qui n’existent pas, et c’est autant la publicité, les films, les réseaux sociaux qui propagent ces représentations.’’
‘’La question de la santé est peut-être la plus importante, la plus grande inégalité. Quand on a la chance de vieillir en bonne santé, c’est plus facile de se sentir libre. […] L’homme souffre autant que la femme de l’âgisme mais la femme a une double peine, âgisme + sexisme.’’
‘’Dans certains endroits de l’espace public, à certaines heures, les femmes âgées ne se sentent plus les bienvenues ou sont invisibilisées.’’
► Femmes en entreprise
« Il y a un jeunisme très fort pour les femmes comme pour les hommes en entreprise où à 45 ans, on est senior. On a un vrai problème d’emploi, en France, à cet égard. Et c’est plus difficile pour les femmes car souvent elles ont des enfants, il y a les parents. C’est plus difficile d’être mobile géographiquement pour retrouver un emploi.’’
► Me Too
À la question de savoir s’il y a amélioration depuis Me Too, l’essayiste répond : ‘’ Je ne sais pas… Il y a Me Too mais il y a un gros retour de bâton. Les droits ne sont jamais acquis. La preuve par A+B+C+D ce qui se passe aux États-Unis. On peut être inquiets aussi en Europe et en France parce que cette force là [le trumpisme masculiniste] touche beaucoup de monde.’’
► Sororité
‘’Elle reste trop horizontale, pas assez intergénérationnelle.’’ L’exemple est pris à propos des retraites : ‘’Pourquoi les féministes ne s’intéressent pas à cette question ? Peut-être parce que les militantes sont très jeunes et peut-être que beaucoup, parmi les historiques, pensaient que naturellement, avec l’amélioration des conditions de travail concrètes, à la retraite ça suivrait.’’




