Aurore Koechlin à Châteaudun : Mouvement féministe et mouvement social doivent s’unir !

Châteaudun 2025-03-12 NPA-A Aurore Koechlin Féminisme et RévolutionPour sa pre­mière réunion publique en Eure-et-Loir (à Châteaudun) le 12 mars, le Comité d’Eure-et-Loir du NPA‑A récem­ment consti­tué a ras­sem­blé une tren­taine de per­sonnes. Pourquoi NPA‑A ? Parce que, depuis le congrès du NPA fin 2022, une scis­sion s’est opé­rée dans l’organisation et que, désor­mais, il y a deux par­tis, le NPA‑A donc, l’Anticapitaliste, et le NPA‑R pour Révolutionnaire. Notons que dans notre dépar­te­ment, à notre connais­sance, il n’y a pas de NPA‑R organisé.

Le NPA‑A d’Eure-et-Loir s’est consti­tué en comité

La réunion a été pré­sen­tée par Céline Amartin, dési­gnée depuis jan­vier ani­ma­trice du comi­té du 28. L’invitée, Aurore Koechlin, socio­logue et mili­tante fémi­niste, a expo­sé les idées du NPA‑A sur le thème ‘’Pas de révo­lu­tion sans fémi­nisme, pas de fémi­nisme sans révo­lu­tion’’, avant un échange avec la salle.

Renouveau du mou­ve­ment féministe

Elle a d’abord bros­sé le contexte du 8 mars 2025 : ‘’Dix ans de mobi­li­sa­tions fémi­nistes d’ampleur qui ont redé­mar­ré a l’échelle inter­na­tio­nale […] on voit un renou­veau qui s’inspire des années 1970 [contra­cep­tion, avor­te­ment] mais qui inclut de nou­velles reven­di­ca­tions […] En 2015, [à par­tir de l’]Argentine s’est mon­tée une grande mobi­li­sa­tion Ni una menos (Pas une de moins) contre les fémi­ni­cides […] puis le mou­ve­ment Mee To contre les vio­lences sexistes et sexuelles [et enfin] la construc­tion de la grève fémi­niste inter­na­tio­nale pour le 8 mars.’’

Montée de l’extrême droite contre le mino­ri­tés de genre

Châteaudun 2025-03-12 NPA-A Aurore Koechlin Féminisme et Révolution’En dix ans, on a vu éga­le­ment se déve­lop­per une extrême droite elle aus­si inter­na­tio­nale qui arrive en force, qui gou­verne dans plu­sieurs pays, qui en menace beau­coup d’autres dont le nôtre […] Cela va de pair avec un ensemble de dis­cours très très forts autour du genre et des sexua­li­tés […] Trump déve­loppe tout un tas de mesures anti-trans qui s’en prennent direc­te­ment à la ques­tion du genre en inter­di­sant cer­tains mots dans son admi­nis­tra­tion ou dans les recherches qui béné­fi­cient de finan­ce­ments publics.’’

Le tra­vail repro­duc­tif des femmes indis­pen­sable au capitalisme

Aurore Koechlin conteste les ana­lyses de cer­taines fémi­nistes selon les­quelles ‘’le capi­ta­lisme est aveugle au genre, qu’il n’a pas besoin pour exis­ter de l’oppression des femmes.’’ Pour elle, et le NPA‑A, ‘’ celle-ci est essen­tielle au fonc­tion­ne­ment capi­ta­liste parce que ce sont les femmes qui pro­duisent et repro­duisent la vie, les tra­vailleurs et les tra­vailleuses, la force de tra­vail (c’est-à-dire la force de cha­cun à tra­vailler) […] Ce tra­vail, elles ne le font pas parce qu’elles auraient un ins­tinct de soin, elles le font parce que, his­to­ri­que­ment et socia­le­ment, on les a assi­gnées à ce type de tra­vaux […] Ce tra­vail, on peut donc l’appeler tra­vail repro­duc­tif (et non domes­tique comme le théo­ri­saient les fémi­nistes des années 68) car il per­met de pen­ser une conti­nui­té de l’oppression des femmes dans dif­fé­rents espaces […] édu­ca­tion, soin, san­té où le tra­vail est extrê­me­ment fémi­ni­sé. Il y a un conti­nuum entre le tra­vail repro­duc­tif effec­tué à la mai­son et celui effec­tué dans les ser­vices publics. Il se déve­loppe aus­si au sein du mar­ché du tra­vail dans les ser­vices à la personne.’’

Châteaudun 2025-03-12 NPA-A Aurore Koechlin Féminisme et RévolutionLa socio­logue en conclut : ‘’Si on n’avait pas des femmes qui en per­ma­nence effec­tuaient ce tra­vail, il n’y aurait pas de tra­vailleuses et de tra­vailleurs dis­po­nibles pour le sys­tème capitaliste.’’

L’extrême droite pré­co­nise un retour des femmes au foyer

La socio­logue ana­lyse : « Dans le capi­ta­lisme contem­po­rain, dans sa forme néo­li­bé­rale, on va voir se déve­lop­per une forme spé­ci­fique de prise en charge de la repro­duc­tion sociale […] d’un côté, il va cas­ser les ser­vices publics, de l’autre il va mettre sur le mar­ché cette repro­duc­tion sociale pour en faire un tra­vail qui per­mette de géné­rer des pro­fits […] mais ne peuvent se payer ces ser­vices extrê­me­ment chers que les frac­tions les plus aisées de la popu­la­tion […] Il y a une crise de la repro­duc­tion sociale. L’extrême droite a une réponse à cette crise : elle va faire la pro­messe qu’elle va lais­ser ouverts les ser­vices publics pour les frac­tions blanches de la popu­la­tion et affir­mer que la repro­duc­tion sociale revient cen­tra­le­ment aux femmes dans le cadre d’un retour au foyer.’’

Châteaudun 2025-03-12 NPA-A Aurore Koechlin Féminisme et Révolution’Le mou­ve­ment fémi­niste a une pro­po­si­tion inverse : conti­nuer et appro­fon­dir la mutua­li­sa­tion de la repro­duc­tion sociale via les ser­vices publics en exi­geant un finan­ce­ment à hau­teur des besoins, voire même le déve­lop­pe­ment de nou­veaux ser­vices publics.’’

Une situa­tion polarisée

Aurore Koechlin remarque que ‘’Le renou­veau des luttes fémi­nistes et la mon­tée de l’extrême droite ont lieu en même temps […] En France, un  8 mars par­ti­cu­liè­re­ment réus­si avec 120 000 per­sonnes dans la rue. On arrive à une situa­tion qui est très pola­ri­sée : l’enquête, publiée en jan­vier 2025, du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes affirme que, notam­ment chez les jeunes, les hommes sont de plus en plus mas­cu­li­nistes et les femmes de plus en plus féministes.’’

La res­pon­sa­bi­li­té du mou­ve­ment féministe

La mili­tante conclu son expo­sé par un appel l’unité : « Il y a une res­pon­sa­bi­li­té très forte du mou­ve­ment fémi­niste pour mener la lutte contre l’extrême droite, pour mon­ter des cadres qui soient les plus uni­taires pos­sible […] faire l’unité avec les mou­ve­ments anti­ra­ciste et LGBT et il y a un enjeu tout par­ti­cu­lier à faire l’unité avec les syn­di­cats […] Depuis plu­sieurs années ceux-ci reprennent le mot d’ordre de grève pour le 8 mars mais on a consta­té qu’il y avait un tra­vail de convic­tion qui demeu­rait à faire[…] Il faut inter­ve­nir dans le mou­ve­ment social en por­tant les reven­di­ca­tions fémi­nistes et dans le mou­ve­ment fémi­niste en por­tant les reven­di­ca­tions sociales.’’