Forêt de Dreux : La bâche de vénerie contestée
Reporterre a publié un compte rendu de la réunion publique consacrée à la bâche de vénerie installée en forêt de Dreux par Pique Hardi. Elle a vu s’expliquer chasseurs à courre et défenseur de la nature. Nous publions des extraits de cet article.
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Au matin du samedi 14 février, la salle des associations de Saint-Georges-Motel (Eure) est en ébullition. Environ 150 personnes ont répondu à l’appel de cette première réunion publique organisée par Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA), l’association Animal Protection du Vivant, basée à Rambouillet, et le tiers-lieu local Le ResSourc’Eure. Quelques jours plus tôt, le collectif AVA avait distribué des tracts dans les boîtes aux lettres des communes voisines de la forêt de Dreux avec un appel à signer une pétition en ligne qui comptabilise à ce jour près de 45 000 signatures, et un message clair : « Exigeons le retrait de la bâche ».
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La bâche de la discorde
La bâche, une toile de paillage synthétique de 3 mètres de hauteur, suspendue à l’aide de câbles, et déployée sur 1,7 kilomètre le long du sentier, les jours de chasse, a été autorisée à titre expérimental par l’Office national des forêts (ONF) pour la première fois en France, après avoir obtenu l’avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB).
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Dans la salle se trouvaient des militants antichasse, des riverains, des randonneurs et quelques dizaines de chasseurs.
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Un piège pour les cerfs
Pour les opposants, il s’agit en réalité d’un « piège » pour « réorienter les cerfs et mieux les tuer », plutôt que d’un « dispositif de sécurité » pour empêcher les cerfs d’aller vers les habitations.
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En janvier, […] Stanislas Broniszewski, fervent opposant à la chasse à courre et fondateur d’AVA […] a diffusé des images sur les réseaux sociaux d’un cerf « affolé » devant la bâche, qui démontrent selon lui le « piège » qu’elle constitue pour l’animal : « Soit ils font demi-tour directement dans la meute [de chiens] qui les poursuivait, soit ils longent désespérément la bâche dans l’espoir de trouver une issue. »
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“Ce n’est pas un filet qui capture le cerf”
Le maître d’équipage de chasse à courre, Benoît Dulac […] argue que l’animal « peut passer à droite ou à gauche » de la bâche et court sur plusieurs kilomètres lors d’une chasse. « Ce n’est pas un filet qui capture le cerf », réaffirme le chasseur. « L’objectif, c’est d’éviter un incident », poursuit-il : « Arriver dans un village avec des cerfs et 40 chiens ce n’est pas simple à gérer. »
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« Si on veut sécuriser les abords de nos communes, interrogeons-nous sur certaines activités humaines ! », rétorque François Bordes, président de la Fédération Environnement d’Eure-et-Loir. « Pourquoi ne pas tout simplement arrêter de faire paniquer les animaux pour éviter qu’ils empruntent ce trajet vers les zones habitées ? », adhère Stanislas Broniszewski, du collectif AVA, sous les applaudissements d’une partie de l’assistance.
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Absence de consultation des maires
Les maires de deux communes qui jouxtent la forêt, Saint-Georges-Motel et Montreuil, regrettent quant à eux de ne pas avoir été consultés avant la mise en place de la bâche. Même son de cloche du côté de la Fédération française de randonnée pédestre, représentée par le baliseur Gérard Sallaud : « Cette bâche crée une gêne et trouble l’harmonie pour laquelle les gens sont venus se balader, elle n’a pas lieu d’être là. »
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Dans la salle, le débat dépasse la seule question de la bâche pour porter sur la légitimité de la chasse à courre en elle-même et sur des enjeux de partage de la forêt, entre ses différents usages, voire entre les êtres vivants. « On n’a jamais entendu parler de nous, alors qu’on chasse le cerf depuis 1961 », défend Benoît Dulac qui y voit « la preuve de [leur] sérieux, rigueur et sens des responsabilités ». « On est des gens soucieux de bien faire, avec une vraie compréhension de ce qu’est le partage d’un territoire », conclut-il.
Une pratique moyennâgeuse
Ce n’est pas l’avis d’un certain nombre de participants à la réunion. « Une bâche qui défigure la forêt pour le plaisir de quelques-uns, je dis non ! », s’exclame l’un d’eux. « Ça nous gâche le paysage et ça embête les animaux ! », ajoute une habitante de Montreuil. Aux yeux de Bertille, habitante de Louye, ce dispositif relève d’une « appropriation de la forêt par un groupe peu représentatif de tous ses usagers ». Quant à Marie-Claire, promeneuse régulière dans la forêt domaniale, elle juge sévèrement les chasseurs à courre qui se comportent selon elle « comme s’ils avaient tous les droits » pour une pratique « moyenâgeuse, sadique et violente, rejetée par une majorité de la population », dit-elle, faisant référence à un sondage selon lequel 72 % des Français souhaitent son abolition.
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