Hommage du PCF à Manouchian et aux 23 : Leur héroïsme nous oblige

Samedi 21 février, la fédé­ra­tion d’Eure-&-Loir du Parti Communiste Français avait convié à un hom­mage à Missak et Mélinée Manouchian et aux autres résis­tants de l’Affiche Rouge. La céré­mo­nie s’est dérou­lée devant la stèle (rue Charles-Brune) inau­gu­rée l’an der­nier et visait à com­mé­mo­rer la pan­théo­ni­sa­tion des com­bat­tants étran­gers com­mu­nistes. Près d’une qua­ran­taine de per­sonnes y ont assisté.

’Je n’ai aucune haine contre le peuple allemand’’

Nathan Baudou a d’abord lu la der­nière lettre de Missak à Mélinée, quelques heures avant son exé­cu­tion. À chaque fois, l’écoute fait naître une intense émo­tion. Ce qui est bou­le­ver­sant dans cette lettre, c’est la coha­bi­ta­tion de conseils sur les choses de la vie ‘’ Après la guerre, tu pour­ras faire valoir ton droit de pen­sion’’, l’expression d’un amour à jamais bri­sé ‘’Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. On va être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un acci­dent dans ma vie, je n’y crois pas, mais pour­tant je sais que je ne te ver­rai plus jamais’’ et une vision poli­tique d’espoir ‘’Je n’ai aucune haine contre le peuple alle­mand’’, ‘’ Bonheur à ceux qui vont nous survivre !’’

’Des étran­gers et nos frères pourtant.’’

Puis, Gisèle Quérité, secré­taire dépar­te­men­tale du PCF, a pro­non­cé un dis­cours.  Elle s’est féli­ci­tée de la pan­théo­ni­sa­tion et de l’érection, à Chartres, de la stèle ‘’juste recon­nais­sance de la par­ti­ci­pa­tion des com­mu­nistes dans la Résistance.’’ Elle a sou­li­gné que les 23 de l’Affiche Rouge ‘’tous com­mu­nistes’’ étaient ‘’des étran­gers et nos frères pour­tant.’’  Puis, elle a retra­cé  à grands traits la vie de Missak depuis l’exil de l’orphelin, en 1925, suite au géno­cide per­pé­tré par les Turcs en Arménie qui a coû­té la vie à son père, jusqu’à son enga­ge­ment dans l’armée fran­çaise en 1939, en pas­sant par son sou­tien à l’Espagne répu­bli­caine. Il est plu­sieurs fois empri­son­né. ‘’C’est fin 1942, dans Paris occu­pé par les Allemands, [qu’il] prend la tête d’un groupe de jeunes juifs, tous déter­mi­nés à com­battre pour libé­rer la France. En 1943, il rejoint les FTP-MOI1, résis­tance inté­rieure fran­çaise com­mu­niste, qui conduit la gué­rilla urbaine.’’ Elle a rap­pe­lé que les 23 ont été arrê­tés par les Services spé­ciaux de la Police vichyste en novembre 1943, qu’ils ont été ‘’pen­dant des semaines inter­ro­gés, tor­tu­rés, mar­ty­ri­sés.’’ L’Affiche Rouge ‘’affi­chée sur les murs de Paris et en France témoigne de la volon­té achar­née de dis­sua­der tous ceux et celles qui ose­raient se lever pour crier Liberté !’’

’L’horreur du racisme et de l’antisémitisme’’

Gisèle Quérité a tenu a faire le lien avec le lourd contexte actuel où l’extrême droite et le néo-fas­cisme menacent : ‘’L’héroïsme de ces hommes nous oblige. Nous avons un devoir de vigi­lance. La démo­cra­tie est fra­gile […] Gardons-nous que des idées nau­séa­bondes ne deviennent la réfé­rence morale de notre République […] Le recours à la vio­lence ne sau­rait être assi­mi­lé à l’engagement héroïque des Résistants dans une France occu­pée par les Nazis où toute voie légale et démo­cra­tique de lutte avait été sup­pri­mée par le régime Vichy.’’ Elle a conclu : ‘’Ils sont tom­bés pour que nous soyons libres […] alors, soyons-en dignes […] nous avons un devoir de mémoire […] celui de trans­mettre […] une culture de la paix, l’horreur du racisme et de l’antisémitisme.’’

Les haut-par­leurs dif­fusent alors le poème d’Aragon mis en musique par Léo Ferré L’Affiche Rouge dans l’interprétation de Feu ! Chatterton.

Après l’observation d’une minute de silence, des gerbes ont été dépo­sées par Gisèle Quérité pour le PCF et Jean-François Plaze, adjoint, au nom de la Ville de Chartres, juste avant la pré­sen­ta­tion des dra­peaux du PCF et le l’ARAC2.

L’hommage s’est ache­vé par l’écoute de La Marseillaise.

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  1. Francs-Tireurs et Partisans / Main d’Oeuvre Immigrée.
  2. Association Républicaine des Anciens Combattants.