Avec Ivar Ekeland, réflexion et colère face à l’anéantissement des Palestiniens

C’est devant une salle du CinéParadis à Chartres bien gar­nie d’une soixan­taine de per­sonnes qu’Ivar Ekeland, pré­sident de l’Association des uni­ver­si­taires pour le res­pect du droit inter­na­tio­nal en Palestine1, a appor­té de nom­breuses infor­ma­tions sur la vie dans les ter­ri­toires occu­pés par Israël, après la pro­jec­tion du docu­men­taire Alice au pays des colons, ce 21 septembre.

Ivar Ekeland, un témoin privilégié

Ce film montre, au plus près des affron­te­ments, la lutte d’une famille pales­ti­nienne et de ses sou­tiens contre l’usurpation de sa terre par des colons inté­gristes israé­liens. Ivar Ekeland, qui s’est sou­vent ren­du en Palestine, a pu contex­tua­li­ser cer­taines séquences du film, faire part de son res­sen­ti et répondre aux ques­tions de Maryse Mondain, pré­si­dente de l’AFPS-Chartres, et de spec­ta­trices ou spectateurs.

Les colo­nies israé­liennes contrôlent les vil­lages palestiniens

Par exemple, il explique que ‘’les colo­nies [en Cisjordanie] sont au som­met des col­lines alors que les vil­lages pales­ti­niens sont en bas’’ et qu’elles ‘’sont contre les vil­lages pour les contrô­ler […] Les Palestiniens n’ont pas le droit de construire en dehors des zones déjà construites, c’est pour ça que dans les camps de réfu­giés les mai­sons sont si hautes.’’ L’intervenant explique aus­si que ‘’la terre en Israël est la pro­prié­té du Fonds National Juif […] il n’y a pas de pro­prié­té indi­vi­duelle, [il] achète les terres, construit les maisons.’’

Routes d’apartheid

Concernant la cir­cu­la­tion des per­sonnes ‘’il y a deux sys­tèmes de routes : il y a les routes ordi­naires qui sont, en pra­tique, réser­vées aux Palestiniens et un réseau de routes qui leur est inter­dit et qui relie les colo­nies […] ces routes coupent le ter­ri­toire […] pour que les pay­sans puissent quand même tra­ver­ser, il y a des tun­nels de temps en temps […] on fait comme si les Palestiniens n’existaient pas !’’ 

Effacement de la culture palestinienne

Iva Ekeland explique aus­si pour­quoi tous les sites cultu­rels de Cisjordanie sont décla­rés zone mili­taire : pour que ‘’des archéo­logues israé­liens s’occupent de ça et non pas des archéo­logues pales­ti­niens […] on construit l’Histoire  [pour] affir­mer qu’il y avait une pré­sence juive conti­nue et que les Arabes étaient juste de pas­sage, chose que l’on peut effacer.’’

Toutes les uni­ver­si­tés de Gaza détruites

Particulièrement concer­né par le sujet, l’orateur rap­pelle que, pour la Palestine, ‘’ce sont les écoles locales qui se sont fina­le­ment consti­tuées en uni­ver­si­tés’’ mais Israël leur a ‘’inter­dit d’enseigner le droit.’’ Seuls ‘’les accords d’Oslo ont per­mis de libé­rer le sys­tème édu­ca­tif pales­ti­niens [et for­mer] des uni­ver­si­taires de grande valeur.’’ Mais ‘’après le 7 octobre, les huit uni­ver­si­tés de Gaza ont été détruites […] les Israéliens ont assas­si­né sys­té­ma­ti­que­ment les pré­si­dents, les pro­fes­seurs…’’ Il attire l’attention sur le fait qu’en Israël ‘’toutes la recherche, toutes les for­ma­tions mili­taires se font à l’université et contri­buent de manière évi­dente à l’effort mili­taire, à l’occupation.’’ Ce qui entraîne des boy­cotts par des uni­ver­si­tés fran­çaises : ‘’Pas de pro­jets com­muns avec les uni­ver­si­tés israé­liennes en tant qu’institutions.’’

Le 7 octobre

Une spec­ta­trice, soli­daire des souf­frances du peuple pales­ti­nien se dit cho­quée par ‘’ce qui s’est pas­sé le 7 octobre […] il y a eu des hor­reurs abso­lues à ce moment-là, des petits enfants à qui on a cou­pé les mains…’’ Ivar Ekeland conteste : ‘’cela a été démen­ti […] il s’est pas­sé des choses qui n’étaient pro­ba­ble­ment pas belles mais les bébés tués ce n’est juste pas vrai. Ça fait par­tie de la grande désinformation.’’

L’anéantissement d’un peuple

Un par­ti­ci­pant, à pro­pos de la ques­tion solu­tion à deux états ou pas, fait remar­quer : ‘’la guerre israé­liennes contre les Palestiniens n’a pas com­men­cé le 7 octobre, ça fait 80 ans bien­tôt qu’ils sont en train de tuer les Palestiniens. On n’est pas au stade de réflé­chir à la paix ou com­ment faire la paix, on est au stade de l’effacement, de l’anéantissement d’un peuple […] à Gaza, les enfants à l’école sont assis par terre, ils n’ont rien à man­ger, ils n’ont pas de médi­ca­ment […] les torts ne sont pas par­ta­gés, il y a un agres­seur et un agres­sé, il y a un bour­reau, il y a des victimes.’’

À la sor­tie, devant l’entrée de la salle, au milieu d’affichages et de tables pro­po­sant des docu­ments d’information et des pro­duits pales­ti­niens, les échanges ont pu se pour­suivre dans une ambiance amicale.

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  1. …et ancien pré­sident de l’Université Paris-Dauphine.