Sandrine Rousseau à Chartres : ”Ouvrir des champs politiques”
Le 30 mai, Sandrine Rousseau, députée Les Écologistes de Paris, était à Chartres pour présenter son essai « Tu nuis à la cause » à l’Esperluète. La librairie avait dû renoncer à la petite salle habituelle des rencontres pour dégager un espace au milieu des livres, au premier étage, afin d’accueillir une cinquantaine de personnes qui ont souvent applaudi les propos de l’autrice.
“Tu nuis à la cause”
D’emblée, Sandrine Rousseau éclaire le sens du titre ‘’Tu nuis à la cause, c’est la phrase qu’on a tous et toutes entendue quand on est des militant·e·s d’une cause comme l’antiracisme, le féminisme, l’antispécisme, contre le validisme, les LGBT phobies […] c’est une phrase qui cherche à faire taire [sous-entendu] c’est trop extrémiste, ça fait monter l’extrême droite.’’
Ne pas se laisser diviser
Prenant l’exemple du souvent entendu ‘’il y a les bonnes et les mauvaises féministes’’, elle explique : ‘’Il faudrait que nos prenions position vis-à-vis des mouvements militants actuels, prendre position c’est déjà nous diviser. On est des militant·e·s de ces causes et quelque soient nos modalités d’action nous les faisons avancer.’’
L’extrême droite à l’affût
La militante repousse aussi l’idée des méchants (eux) et les gentils (nous) : ‘’ça divise le monde en deux et il n’y a plus de possibilité de discuter […] nous avons chacun·e des choses à travailler, à déconstruire et nous les aurons jusqu’au bout de notre vie.’’ Elle préconise d’entrer en discussion avec ceux et celles ‘’qui se sentent acculés par les mouvements militants actuels […] qui se sentent accusés de choses qu’ils et elles n’ont pas commises […..] ils et elles sont agacé·e·s par ces mouvements qui les sortent d’une position de confort.’’ En effet, alerte-t-elle ‘’cet agacement est perçu par l’extrême droite comme étant une cible pour accrocher leur discours.’’
Une stratégie d’ouverture de champs politiques
Pour autant, Sandrine Rousseau assume ‘’les phrases, les mots qui peuvent vexer, mais c’est la condition d’une entrée dans un échange.’’ Pour elle, ‘’une vexation n’est pas une oppression […] une oppression est une discrimination, ça se traduit, par exemple, par un manque d’accès au logement, par des salaires plus bas…’’ et elle explicite ‘’Vexer est une forme de stratégie pour ouvrir un champ politique. Quand je dis un ‘cadavre d’animal’, j’essaie de dire : Attention ! La viande c’est la principale source d’émission de carbone aujourd’hui en France, c’est un sujet d’éthique, les animaux ont une conscience d’eux-mêmes, ils ont mille et une émotions […] c’est aussi un sujet de travail, les gens dans les abattoirs ont des conditions de travail épouvantables, c’est enfin une question de pollution et de santé, comme les algues vertes en Bretagne ou les résistances antibiotiques qui naissent dans les élevages intensifs.’’
Écoterroristes ?
‘’Comment on nous traite ! s’exclame la députée, on nous traite de féminazies, de Khmères vertes, d’écoterrotistes. Ces mots-là ne sont pas discutés dans le débat public […] alors qu’il n’y a pas un écologiste qui a tué quiconque. C’est une bataille culturelle pour nous empêcher d’ouvrir un champ politique.’’
”Nous gagnons la bataille culturelle : Me too…
Mais Sandrine Rousseau a aussi eu une parole optimiste : ‘’Nous sommes en train de gagner ! Les luttes que nous menons sont en train de diffuser, de l’emporter dans la société, de manière très massive. On a un débat politique et un débat médiatique qui se sont enfermés dans une bulle très loin de la société.’’ Elle prend deux exemples. ‘’Un mouvement comme Me too qu’on a essayé d’arrêter de mille et une manières [procès en diffamation contre les femmes qui ont parlé, plateaux télé sur la présomption d’innocence…] et pourtant, il n’y a pas une semaine sans une nouvelle affaire.’’
…le mariage pour tous”
Deuxième exemple : ‘’Souvenez-vous du mariage pour tous. Souvenez-vous des défilés qu’il y avait dans la rue, il y avait des centaines de milliers de personnes avec des chapelets, avec chants religieux […] Elles ont mis toute leur énergie […] À la fin le mariage pour tous est passé […] aujourd’hui, un Damanin dit qu’il avait fait une erreur ! […] Ils n’arriveront pas à remettre la société comme dans les années 60, c’est pas possible ! Donc on ne lâche rien car c’est précisément le moment où la bataille culturelle est en train d’être gagnée.’’
La rencontre s’est terminée par une dédicace du livre dont l’un des exemplaires a été donné aux Jeunes Agriculteurs1 qui étaient venus manifester leur opposition à l’auteure.
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- La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs 28 ont manifesté leur hostilité aux combats défendus par Sandrine Rousseau car elle ‘’s’oppose au développement de l’élevage en France, critique les pesticides’’ (communiqué). Ils ont installé un stand place des Épars et voulaient se rendre (une quinzaine de personnes) se rendre jusqu’à la librairie. La police avait installé des barrages rue Noël-Ballay. Seuls trois militants présents parmi le public ont brièvement tenté de perturber le débat en criant du fond de la salle.
