Le devenir du modèle agricole au cœur de deux moments de réflexion en E&L
Le projet de loi d’urgence agricole vient d’être adopté à l’Assemblée nationale. S’il vise à répondre aux revendications des agriculteurs engagés dans une agriculture intensive (très largement majoritaires), il vient accabler davantage les tenants d’un autre modèle. Et cela, en totale contradiction avec le souhait d’une majorité de Français·e·s comme en témoignent les fortes mobilisations citoyennes contre la loi Duplomb.
Deux évènements tenus récemment dans notre département ont mis en lumière le choix crucial à opérer, dans le domaine agricole, pour contribuer à préserver la planète, la vie sous toutes ses formes et finalement la survie de l’humanité.
Au COMPA, un documentaire sur le respect des animaux d’élevage…
Le 30 avril, au Conservatoire de l’Agriculture — Le Compa, l’ADEAR1 28, en partenariat avec le Projet Alimentaire Territorial et Développement durable de Chartres Métropole, invitaient à une projection et rencontre autour du film “Droits dans leurs bottes”, écrit et réalisé par Nathalie Lay en 2025. Ce documentaire présente et donne la parole à de jeunes éleveurs et éleveuses de vaches, moutons, chèvres, poules et cochons en plein air qui s’efforcent de préserver des modes d’élevage respectueux des animaux, de l’environnement et des consommateurs. Cinq familles racontent leurs parcours et leurs quotidiens, récits ponctués par des interventions de la chercheuse Jocelyne Porcher qui conclut le film par cet appel : ‘’En tant que consommateurs, nous pouvons agir sur cette destruction de notre lien aux animaux et à la nature, nous pouvons aider ces éleveurs qui résistent à l’industrialisation partout dans le monde.’’
…et des témoignages d’éleveuses et d’éleveurs locaux
Des témoignages locaux, présentés par Priscille Descolas2, ceux de Lucie Dumez, Pierre-André Lellong et Alexandra Céalis, éleveuses et éleveur de moutons sont allés dans le même sens. Pierre-André et Alexandra, qui ne possèdent pas de terres, font pâturer leurs bêtes en hiver sur des couverts semés par les céréaliers pour régénérer le sol. Lucie, elle, a installé un atelier de viande ovine sur la ferme familiale de grandes cultures. De nombreuses autres questions liées à l’élevage et aux rapports avec les animaux ont été abordées avec d’autres éleveurs (ou anciens) présents : abattage des bêtes, complémentarité éleveurs-céréaliers, diversification des débouchés et création de lien social…
À la ferme de la Basse-Cour à Gommerville, des alternatives aux pesticides sont déjà mises en œuvres…
Un mois plus tard, le 29 mai, c’est à la ferme de la Basse-Cour, à Gommerville, chez Aurore et François-Xavier Grésillon, que le GABEL3 et la Confédération paysanne avaient convié le public pour évoquer les dangers des pesticides en agriculture et les alternatives naturelles en production bio.
Une table ronde s’est tenue dans la fraîcheur d’une salle aménagée dans une ancienne étable. Elle a permis à plusieurs intervenant·e·s, dont Laurence Ledanois et Julie Scapino de la Conf’, de démontrer la possibilité d’alternatives aux pesticides. La visite de la ferme l’a amplement confirmé : un magnifique champ de pommes de terre, planté le 10 avril a belle allure ! Un seul labour préalable, un coup de binage avec la machine. Et pour lutter contre le mildiou, seule alternative possible, le cuivre à très faible dose. Contre les corbeaux et les pigeons ravageurs de semis de soja, il a fallu parfois revenir et intervenir toutes les 20 minutes ! Si les interventions manuelles restent nécessaires, les pratiques alternatives ou traditionnelles existent bel et bien : rotation diversifiée des cultures, résistance variétale, travail mécanique du sol, labour, faux semis, herse étrille, binage et déchaumage, désherbage thermique notamment pour le basilic mais en 2021, binage guidé par caméra otique et, aujourd’hui, une machine laser ultra moderne louée, capable de reconnaître instantanément les cultures et de détruire les adventices.
…pour stopper les ravages sanitaires qu’ils provoquent
La projection du documentaire ‘’Pesticides, la plaie des champs’’, de Delphine Renault, a permis de poser les éléments du drame : 65 000 tonnes épandus chaque année en France, 1er rang mondial, danger pour les agriculteurs mais aussi pour les riverains des épandages et les consommateurs. C’est pour aider les victimes que l’association Soutien aux victimes des pesticides CSVP28, présente lors de cet après-midi, a été créée. Au-delà, elle veut promouvoir d’autres modèles agricoles, protéger l’eau, alerter et sensibiliser la population.
Le forum s’est terminé par un buffet militant composé essentiellement des produits des adhérents de la Conf’.
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- Association pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural.
- Priscille Descolas est salariée et formatrice sur les changements des pratiques agricoles à l’ADEAR 28. Le compte rendu de cette soirée doit beaucoup à ses informations, nous l’en remercions.
- Groupement des Agriculteurs biologiques d’Eure-et-Loir.
