Claudine Cohen à Chartres : Les relations de genres ne sont pas immuables
Claudine Cohen est par sa formation universitaire en Littérature et Philosophie des Sciences, une spécialiste de la préhistoire et de l’histoire humaine. Elle aborde ce vaste sujet en historienne et en philosophe dans son dernier livre Aux origines de la domination masculine.
Mercredi 20 mai dernier, elle était l’invitée du Café historique de Chartres à la Bbrasserie Le Marigny. L’assistance était plus nombreuse qu’à l’habitude — comme l’a fait remarquer le programmateur des Cafés historiques de la région Centre-Val de Loire, François Barré — et très majoritairement féminine et particulièrement attentive à l’exposé de l’intervenante.
La conférencière précise qu’elle va interroger la notion de domination masculine à travers les 7 millions d’années humaines, hégémonie dont il est important de mettre en lumière les raisons, la permanence ou la variabilité. À notre époque, la légitimité de cette hégémonie est remise en cause, son évolution est, elle aussi, interrogée.
Au début de son exposé, Claudine Cohen aborde la ressemblance souvent signalée entre les êtres humains et certains grands singes mais les différences de stature et de comportements restent importantes et variables selon les espèces. Nous partageons avec les Chimpanzés et les Bonobos certains grands traits nous venant d’un ancêtre commun.
Pouvoir masculin et sujétion des femmes
Les travaux de Claudine Cohen et ceux d’autres chercheurs et chercheuses de notre époque l’amènent à penser que la différenciation de genres chez les êtres humains s’est affirmée au Néolithique, avec l’installation et le développement de l’agriculture. Les femmes sont alors assignées à la procréation et l’Humanité multiplie les règles de vie impératives dont le suivi de la longue maturation des nombreux enfants et les tâches liées au domicile, comme le travail des fibres. Auparavant, les sociétés du Paléolithique étaient probablement plus égalitaires et les statures de l’homme et de la femme plus comparables, le nombre des enfants limité par la nécessité des déplacements. L’autrice appuie son propos par des exemples d’erreurs d’interprétation des peintures rupestres et des vestiges humains.
Les sujétions de genre sont-elles immuables ?
Pour toutes les périodes de l’histoire humaine, la question des différenciations de genres et le rôle du pouvoir patriarcal doivent être posées avec nuance, sans oublier la place des trois religions du Livre, sujet que l’auteure approfondit dans son livre Aux origines de la domination masculine. Elle affirme que les relations de genres ne sont pas immuables et demande de ‘’se méfier des lieux communs.’’ Avant les années 2000, c’était ‘’un non-sujet’’ pour la Recherche, bien des affirmations, parfois de spécialistes renommés, sont maintenant caduques.
À la fin de l’échange avec le public, elle a dédicacé son livre, très demandé, paru chez Passés Composés. Nous le conseillons sans hésitation.
