Le ”Prince jaune” instrument de Staline

Chartres 25-11-2023 Église Madeleine Chroniques du Prince Jaune

Philippe Naumiak et Marc Taborisky pré­sentent la pièce avant de la jouer

Au départ, il y a un livre, Holodomor, Ukraine 1933 – Itinéraire d’une famille et témoi­gnages de sur­vi­vants éta­bli par Anne-Marie et Philippe Naumiak. Ce der­nier en a tiré une pièce de théâtre mise en scène et jouée avec Marc Taborisky qui a été inter­pré­tée le 25 novembre denier dans l’église de la Madeleine à Chartres dans le cadre de Festisol.

Un réfu­gié de l’Ukraine sovié­tique de pas­sage dans une France d’après-guerre à l’influence com­mu­niste importante

Chartres 25-11-2023 Église Madeleine Chroniques du Prince Jaune

Le public dans l’é­glise de la Madeleine à Chartres

La fic­tion relate la ren­contre, dans une église fran­çaise, d’un réfu­gié ukrai­nien, en 1958, donc à l’époque où l’Ukraine était une répu­blique de l’Union sovié­tique,  et d’un prêtre qu’on devine de gauche, sou­hai­tant une moder­ni­sa­tion de l’Église pour qu’elle soit plus proche de la classe ouvrière. En ces années cin­quante d’après-guerre, le par­ti com­mu­niste a une  audience impor­tante dans celle-ci ce qui ne manque pas d’étonner le réfu­gié qui, lui, a l’expérience d’un régime com­mu­niste ‘‘où les églises sont fer­mées, les chré­tiens per­sé­cu­tés, les prêtres arrê­tés’’. Et ce qu’il veut trans­mettre avant de ral­lier les États-Unis d’Amérique, c’est un jour­nal écrit par sa mère dans les années 1932–33, lors de la grande famine orches­trée par Staline pour accé­lé­rer la col­lec­ti­vi­sa­tion for­cée des riches terres agri­coles de l’Ukraine. Tragédie que les Ukrainien·ne·s dési­gnent par le terme de Holodomor. Or, en France (comme plus lar­ge­ment dans les pays occi­den­taux),  il res­te­ra long­temps igno­ré, en rai­son du camou­flage qu’a habi­le­ment réus­si le régime sta­li­nien, du pres­tige de l’URSS vain­queur du nazisme, et de l’aveuglement des com­mu­nistes français.

L’Holodomor encore lar­ge­ment méconnu

Chartres 25-11-2023 Église Madeleine Chroniques du Prince Jaune

Philippe Naumiak et Marc Taborisky saluent le public à la fin de la représentation

La pièce, dans sa deuxième par­tie,  rap­porte des témoi­gnages sur la bru­ta­li­té de la cam­pagne de ‘‘dékou­la­ki­sa­tion’’, assi­mi­lant tous les pay­sans à de gros pro­prié­taires ter­riens. Résultat : plu­sieurs mil­lions de morts, par les armes, la mal­trai­tance ou par la faim (Le Prince jaune désigne la famine). 

Chartres 25-11-2023 Église Madeleine Chroniques du Prince Jaune

Olena de l’Association des Ukrainiens de France et Philippe Naumiak répondent aux ques­tions du public

Dans l’échange avec Philippe Naumiak  qui a sui­vi la repré­sen­ta­tion,  celui-ci a pré­ci­sé que les faits rap­por­tés étaient pour une part ceux qu’a vécu sa famille. Il explique :  ’’En 1932–33, on prend toute la récolte chez les pay­sans et on inter­dit l’accès aux villes, à la Biélorussie et à la Russie.’’ En réponse à une ques­tion sur les rai­sons de la connais­sance très tar­dive de cette his­toire en France, il cite l’importante influence des com­mu­nistes à l’université dans les années 1960–70 et, dans le même temps, le fait que pour les pen­seurs anti­com­mu­nistes, l’Ukraine n’était qu’un détail des crimes du com­mu­nisme car ces milieux-là étaient très impré­gnés de la Grande et Sainte Russie ; pour l’émigration Russe blanche, l’Ukraine n’existait pas.

Un spec­ta­teur inter­vient pour recom­man­der le livre de témoi­gnages qu’il qua­li­fie de ‘’déchi­rants’’ et il ajoute ‘’je fais une com­pa­rai­son avec l’Holocauste, l’Holocauste notre culture en est impré­gnée […] mais l’Holodomor, qui n’est pas loin d’être l’équivalent de l’Holocauste en nombre de morts, notre culture, notre lit­té­ra­ture, l’histoire n’en parlent pas.’’