Brigitte Espuche à Chartres : “L’agence européenne Frontex viole les droits humains”
Pour parler de l’Europe-forteresse et de l’agence Frontex qui en est le bras armé, le collectif AERéSP 28 (en partenariat avec Amnesty), avait invité pour la projection du film Green Border aux Enfants du Paradis de Chartres (41e Lundi des Sans-Papiers), l’une des coordinatrices du réseau Migreurop, Brigitte Espuche.
Un réseau international
Avant la projection, celle-ci a rapidement présenté ce réseau : ‘’ Migreurop est un réseau de 51 associations et 40 membres individuel·le·s, présent·e·s dans 17 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen Orient. L’une des particularités du réseau est de réunir une grande diversité d’associations de terrain et de chercheur·euse·s et activistes qui mettent leurs connaissances et compétences au service de Migreurop, afin de documenter, décrypter et dénoncer les conséquences des politiques migratoires européennes.’’
Après la projection, Brigitte Espuche a fait un exposé en partant des situations rencontrées dans le film. Mais elle a d’abord replacé les migrations vers l’Europe dans un contexte plus général. Elle a ainsi noté qu’en 2023, on a comptabilisé 3760 décès et personnes disparues en Méditerranée (chiffres du HCR1).
Mise en œuvre sélective de la ‘’protection temporaire’’ européenne
Puis elle a expliqué la directive européenne Protection temporaire, présentée de façon quelque peu inexacte dans la fiction. Celle-ci a été activée en 2022 en faveur des ressortissants ukrainiens et est valable jusqu’en mars 2025. Elle a été crée en 2001 pour les cas de ‘’déplacement en masse de populations qui fuient une situation qui porte atteinte à leur sécurité’’, ça peut être la guerre, une catastrophe naturelle ou les violations systématiques ou généralisées des droits de l’homme. L’intervenante ajoute :’’On l’a attendue en 2011 lors de la guerre en Syrie, en 2021 lors du retrait américain en Afghanistan […] Demandons-nous pourquoi elle n’a été activée qu’en mars 2022.’’
Des refoulements à la frontière illégaux
Dans le film, on parle aussi beaucoup de refoulements à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie : ‘’Push back !’’ Or, raisonne la coordinatrice de Migreurop : ‘’La Pologne est membre de l’Union européenne (UE), elle est partie des conventions internationales qui l’obligent et les refoulements sont absolument illégaux… […] on ne peut renvoyer une personne au-delà de la frontière sans qu’elle ait pu faire examiner son dossier, éventuellement sa demande d’asile […] la tendance ces dernières années c’est la banalisation des refoulements, la plupart des pays européens la pratiquent, y compris la France […] Malgré la hiérarchie des normes2 il y a des pays qui ont légalisé les refoulements, par exemple l’Espagne en 2015, la Pologne et la Lituanie en 2021.’’
La violence comme stratégie de dissuasion
Brigitte Espuche a noté que dans ce film on perçoit la normalisation de la violence, la brutalité, la cruauté même, l’acharnement, le harcèlement envers les personnes en migration. Elle a affirmé : ‘’On érige la violence comme une stratégie de dissuasion […] Est-ce que ça fonctionne bien ? Oui et non […] ça détourne les routes migratoires mais ça ne stoppe pas les migrations, ça rend les routes, plus longues, plus périlleuses, plus coûteuses, plus dangereuses, coûteuses en deniers mais en vies humaines aussi.’’
L’agence européenne Frontex viole les droits humains
Dans Green Border, on parle aussi de Varsovie et de l’agence Frontex où est son siège. ‘’C’est l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, elle est née en 2004, elle aide, ouvrez les guillemets, « les états membres à lutter contre l’immigration irrégulière » […] Le premier but de Frontex, c’est de barrer la route, à la demande des états, en déployant des opérations conjointes. Le deuxième but, c’est de renvoyer les personnes qui n’ont pas de droit au séjour valide grâce à des vols conjoints d’expulsion. […] Elle collabore avec des pays tiers, c’est le bras de l’externalisation. La coordinatrice a informé que : ’’Dès sa création, la société civile, les activistes vont documenter sa montée en puissance, ses dérives, et l’accroissement de sa dangerosité, les violations des droits dont elle est complice ou coupable […] Malgré des rapports accablants, Frontex s’est vu renforcer à chaque révision de mandat […] l’impunité dont elle jouit n’a jamais été aussi forte.’’ Brigitte Espuche s’est exclamée : ‘’Il faut en finir avec Frontex !’’ et a conclu par cette inquiétante interrogation : ‘’Est-ce que cette agence n’incarnerait pas une Europe qui assume désormais de bafouer les droits, non plus en contournant le droit européen, mais en le modifiant profondément pour, à terme, légaliser l’illégal ?’’
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- Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU.
- Le droit national doit être conforme au droit européen et celui-ci au droit international.


