Brigitte Espuche à Chartres : “L’agence européenne Frontex viole les droits humains”

Chartres 21-10-2024 CinéParadis AERéSP Brigitte Espuche Migreurop

Brigitte Espuche dans la salle de projection

Pour par­ler de l’Europe-forteresse et de l’agence Frontex qui en est le bras armé, le col­lec­tif AERéSP 28 (en par­te­na­riat avec Amnesty), avait invi­té pour la pro­jec­tion  du film Green Border aux Enfants du Paradis de Chartres (41e Lundi des Sans-Papiers), l’une des coor­di­na­trices du réseau Migreurop, Brigitte Espuche.

Un réseau international

Avant la pro­jec­tion, celle-ci a rapi­de­ment pré­sen­té ce réseau : ‘’ Migreurop est un réseau de 51 asso­cia­tions et 40 membres individuel·le·s, présent·e·s dans 17 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen Orient. L’une des par­ti­cu­la­ri­tés du réseau est de réunir une grande diver­si­té d’associations de ter­rain et de chercheur·euse·s et acti­vistes qui mettent leurs connais­sances et com­pé­tences au ser­vice de Migreurop, afin de docu­men­ter, décryp­ter et dénon­cer les consé­quences des poli­tiques migra­toires européennes.’’

Après la pro­jec­tion, Brigitte Espuche a fait un expo­sé en par­tant des situa­tions  ren­con­trées dans le film. Mais elle a d’abord repla­cé les migra­tions vers l’Europe dans un contexte plus géné­ral. Elle a ain­si noté qu’en 2023, on a comp­ta­bi­li­sé 3760 décès et per­sonnes dis­pa­rues en Méditerranée (chiffres du HCR1).

Mise en œuvre sélec­tive de la ‘’pro­tec­tion tem­po­raire’’ européenne

Puis elle a expli­qué la direc­tive euro­péenne Protection tem­po­raire, pré­sen­tée de façon quelque peu inexacte dans la fic­tion. Celle-ci a été acti­vée en 2022 en faveur des res­sor­tis­sants ukrai­niens et est valable jusqu’en mars 2025. Elle a été crée en 2001 pour les cas de ‘’dépla­ce­ment en masse de popu­la­tions qui fuient une situa­tion qui porte atteinte à leur sécu­ri­té’’, ça peut être la guerre, une catas­trophe natu­relle ou les vio­la­tions sys­té­ma­tiques ou géné­ra­li­sées des droits de l’homme. L’intervenante ajoute :’’On l’a atten­due en 2011 lors de la guerre en Syrie, en 2021 lors du retrait amé­ri­cain en Afghanistan […] Demandons-nous pour­quoi elle n’a été acti­vée qu’en mars 2022.’’

Des refou­le­ments à la fron­tière illégaux

Dans le film, on parle aus­si beau­coup de refou­le­ments à la fron­tière entre la Pologne et la Biélorussie : ‘’Push back !’’ Or, rai­sonne la coor­di­na­trice de Migreurop : ‘’La Pologne est membre de l’Union euro­péenne (UE), elle est par­tie des conven­tions inter­na­tio­nales qui l’obligent et les refou­le­ments sont abso­lu­ment illé­gaux… […] on ne peut ren­voyer une per­sonne au-delà de la fron­tière sans qu’elle ait pu faire exa­mi­ner son dos­sier, éven­tuel­le­ment sa demande d’asile […] la ten­dance ces der­nières années c’est la bana­li­sa­tion des refou­le­ments, la plu­part des pays euro­péens la pra­tiquent, y com­pris la France […] Malgré la hié­rar­chie des normes2 il y a des pays qui ont léga­li­sé les refou­le­ments, par exemple l’Espagne en 2015, la Pologne et la Lituanie en 2021.’’

La vio­lence comme stra­té­gie de dissuasion

Brigitte Espuche a noté que dans ce film on per­çoit la nor­ma­li­sa­tion de la vio­lence, la bru­ta­li­té, la cruau­té même, l’acharnement, le har­cè­le­ment envers les per­sonnes en migra­tion. Elle a affir­mé : ‘’On érige la vio­lence comme une stra­té­gie de dis­sua­sion […] Est-ce que ça fonc­tionne bien ? Oui et non […] ça détourne les routes migra­toires mais ça ne stoppe pas les migra­tions, ça rend les routes, plus longues, plus périlleuses, plus coû­teuses, plus dan­ge­reuses, coû­teuses en deniers mais en vies humaines aussi.’’

Chartres 21-10-2024 CinéParadis AERéSP Brigitte Espuche Migreurop

Table de docu­men­ta­tion Amnesty à l’en­trée de la salle

L’agence euro­péenne Frontex viole les droits humains

Dans Green Border, on parle aus­si de Varsovie et de l’agence Frontex où est son siège. ‘’C’est l’agence de sur­veillance des fron­tières exté­rieures de l’Union euro­péenne, elle est née en 2004, elle aide, ouvrez les guille­mets, « les états membres à lut­ter contre l’immigration irré­gu­lière » […] Le pre­mier but de Frontex, c’est de bar­rer la route, à la demande des états, en déployant des opé­ra­tions conjointes. Le deuxième but, c’est de ren­voyer les per­sonnes qui n’ont pas de droit au séjour valide grâce à des vols conjoints d’expulsion. […] Elle col­la­bore avec des pays tiers, c’est le bras de l’externalisation.  La coor­di­na­trice a infor­mé que : ’’Dès sa créa­tion, la socié­té civile, les acti­vistes vont docu­men­ter sa mon­tée en puis­sance, ses dérives, et l’accroissement de sa dan­ge­ro­si­té, les vio­la­tions des droits dont elle est com­plice ou cou­pable […] Malgré des rap­ports acca­blants, Frontex s’est vu ren­for­cer à chaque révi­sion de man­dat […] l’impunité dont elle jouit n’a jamais été aus­si forte.’’ Brigitte Espuche s’est excla­mée : ‘’Il faut en finir avec Frontex !’’ et a conclu par cette inquié­tante inter­ro­ga­tion : ‘’Est-ce que cette agence n’incarnerait pas une Europe qui assume désor­mais de bafouer les droits, non plus en contour­nant le droit euro­péen, mais en le modi­fiant pro­fon­dé­ment pour, à terme, léga­li­ser l’illégal ?’’

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  1. Haut com­mis­sa­riat aux réfu­giés de l’ONU.
  2. Le droit natio­nal doit être conforme au droit euro­péen et celui-ci au droit international.