Passionnant débat à l’issue de la projection du film sur les victimes des pesticides

Un véri­table suc­cès pour la pro­jec­tion-débat orga­ni­sée par la jeune asso­cia­tion Pesticides en ques­tion aux Enfants du Paradis à Chartres le 6 mars der­nier : près d’une cen­taine de participant·e·s !

Chartres 06-03-2025 Film Victimes Pesticides Michel Daviet Michel Besnard Jean-Claude Cogrel

Michel Daviet, Michel Besnard, Jean-Claude Cogrel

Il est dif­fi­cile de rendre la richesse des débats et des infor­ma­tions trans­mises lors de cette soi­rée dans un compte ren­du for­cé­ment limi­té. Nous nous bor­ne­rons donc à mettre en lumière quelques aspects.

Michel Besnard [que nous abrè­ge­rons en MB], pré­sident de l’association nom­mée Collectif de sou­tien aux vic­times des pes­ti­cides de l’Ouest, créé en 2015 et qui ras­semble aujourd’hui 600 adhé­rents et qui refuse toute sub­ven­tion. Le but de l’association : l’interdiction des pes­ti­cides de syn­thèse en agri­cul­ture. ‘’On s’est fixé comme pre­mier objec­tif d’accompagner les pro­fes­sion­nels, qui uti­li­saient des pes­ti­cides dans leur métier, a être recon­nus en mala­die pro­fes­sion­nelle jusqu’à l’obtention d’une rente, le deuxième objec­tif ce sont les riverains.’’

Le coût de l’agriculture conven­tion­nelle : ‘’Si elle était payée à son juste prix, elle serait inabor­dable pour la popu­la­tion : si on inté­grait les coûts des mala­dies, de la dépol­lu­tion de l’eau, toutes les consé­quences envi­ron­ne­men­tales ce serait impos­sible. C’est l’agriculture bio qui est vrai­ment l’agriculture la moins chère.’’ [MB]

Chartres 06-03-2025 Film Victimes Pesticides Michel Daviet

Michel Daviet

Michel Daviet (vic­time), Il explique ‘’Je suis de la région, tech­ni­cien agri­cole dans une entre­prise de semences. Le contact que j’ai eu avec les pes­ti­cides c’est essen­tiel­le­ment les semences trai­tées, les insec­ti­cides qu’on a pu employer pour mettre dans nos essais de semences. J’ai eu un lym­phome de Burkitt en 2015. On se replie beau­coup sur soi-même. C’est très dif­fi­cile de redé­mar­rer, de ren­con­trer d’autres per­sonnes, de se faire aider par la suite.’’

Les risques pour les rive­rains des épan­dages. Selon une étude scien­ti­fique de la FNE1 conduite dans le Tarn-et-Garonne, ‘’la plus forte quan­ti­té de gens malades se trou­vait à une dis­tance infé­rieure à 100 mètres des lieux culti­vés et trai­tés.’’ [MB]

La qua­li­té de l’eau.  Pour ‘’un pes­ti­cide, mais pas qu’eux (les métaux lourds, les pro­duits phar­ma­ceu­tiques…), les molé­cules mères ont une durée de vie assez courte mais elles se décom­posent en plu­sieurs sous-molé­cules, les méta­bo­lites, un de ceux-ci le chlo­ro­tha­lo­nil conta­mine envi­ron 60% des eaux dites potables en France.’’ [MB]

L’agriculture bio pour­rait-elle nour­rir toute le monde ? ‘’Beaucoup d’études montrent qu’on peut nour­rir l’humanité sans uti­li­ser des intrants chi­miques.’’ Michel Besnard  sou­ligne que ‘’les métha­ni­seurs absorbent des pro­duits agri­coles mais ils ne sont pas faits pour nour­rir les gens ! Et quand on voit tout ce qui sert à faire de l’éthanol, ce sont des pro­duc­tions indus­trielles qui n’ont rien à voir avec l’alimentation humaine. Le but ce n’est pas d’exporter à l’autre bout du monde, ni d’importer mais de pro­duire chez nous. C’est ça la véri­table sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire.’’ [MB]

Jean-Claude Cogrel, le réa­li­sa­teur du film, prend l’exemple de la Bretagne : ‘’La pro­duc­tion qui porte la céréa­li­sa­tion, blé, maïs, alors qu’à l’origine c’était une région de poly­cul­ture-éle­vage, c’est la pro­duc­tion por­cine. On arase les haies, on arrache. On veut faire la plaine comme si on était dans la Beauce.’’

La MSA, Mutualité Sociale Agricole. ‘’Vu que le nombre de coti­sa­tions baisse et n’est plus capable d‘assurer tout ce qu’elle doit. Donc c’est abon­dé par la Sécurité Sociale’’ explique Michel Besnard.  Pour les mala­dies pro­fes­sion­nelles, les gens ont droit à une rente qui, dans le cas des pes­ti­cides, peuvent être très éle­vées. L’augmentation, depuis 2020, de l’indemnisation des vic­times des pes­ti­cides est finan­cée par une coti­sa­tion 0,9 % sur… les ventes des pes­ti­cides ! ‘’Selon notre asso­cia­tion, les rentes devraient être prises en charge par les fabri­cants et ven­deurs de pes­ti­cides.’’ [MB] ‘’La MSA devrait être un allié pour arrê­ter les pes­ti­cides, pour avoir moins à dépen­ser, avoir moins de malades. La MSA n’informe pas les agri­cul­teurs de leurs droits à la recon­nais­sance en mala­die pro­fes­sion­nelle pour deux rai­sons : une parce que ça coûte de l’argent et, deux, parce que la FNSEA, qui gère la MSA, est une fer­vente défen­seuse des pesticides.’’

Le point de vue de la FNSEA a été lar­ge­ment expo­sé par Séverin Sergent2 qu’on peut résu­mer ainsi :

►Nous sommes repré­sen­ta­tifs, nous avons été élus démocratiquement.

Chartres 06-03-2025 Film Victimes Pesticides► On a des mails de la MSA qui nous incitent à aller sur leur plate-forme, il y a des alertes sur divers sujets, il y a des affiches, des posts mais les gens ne les lisent pas.

► Mon grand-père agri­cul­teur est mort d’un can­cer mais on n’a jamais fait le lien. Lorsque Michel Besnard signale que son propre père est mort d’avoir épan­du des désher­bants, Séverin Sergent s’exclame ‘’poten­tiel­le­ment mort’’.

► La France n’est pas conta­mi­née par les pro­duits phy­to­sa­ni­taires (il ne faut pas uti­li­ser le terme ‘’pes­ti­cides’’) car 50% du pays sont cou­verts par la ville et la forêt qui elle pro­gresse de 8 % tous les trois ans.

► Nous n’avons pra­ti­que­ment plus de matières actives pour faire notre tra­vail. Pour les pommes de terre, il n’y a pas d’alternative au Prosulfocarbe. Si vous l’interdisez, le ren­de­ment est divi­sé par trois alors que c’est le pre­mier ali­ment des Français.

► Dans l’eau, on recherche que les nitrates et pas les pol­luants industriels.

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  1. France Nature Environnement.
  2. Membre des Jeunes agri­cul­teurs (branche de la FNSEA), il avait en 2020 ten­té, avant de renon­cer, de pré­sen­ter à Chartres une liste Rassemblement National avant de s’é­loi­gner de ce par­ti. Il décla­rait à L’Écho répu­bli­cain “Je ne pars pas fâché.”