Passionnant débat à l’issue de la projection du film sur les victimes des pesticides
Un véritable succès pour la projection-débat organisée par la jeune association Pesticides en question aux Enfants du Paradis à Chartres le 6 mars dernier : près d’une centaine de participant·e·s !
Il est difficile de rendre la richesse des débats et des informations transmises lors de cette soirée dans un compte rendu forcément limité. Nous nous bornerons donc à mettre en lumière quelques aspects.
Michel Besnard [que nous abrègerons en MB], président de l’association nommée Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, créé en 2015 et qui rassemble aujourd’hui 600 adhérents et qui refuse toute subvention. Le but de l’association : l’interdiction des pesticides de synthèse en agriculture. ‘’On s’est fixé comme premier objectif d’accompagner les professionnels, qui utilisaient des pesticides dans leur métier, a être reconnus en maladie professionnelle jusqu’à l’obtention d’une rente, le deuxième objectif ce sont les riverains.’’
Le coût de l’agriculture conventionnelle : ‘’Si elle était payée à son juste prix, elle serait inabordable pour la population : si on intégrait les coûts des maladies, de la dépollution de l’eau, toutes les conséquences environnementales ce serait impossible. C’est l’agriculture bio qui est vraiment l’agriculture la moins chère.’’ [MB]
Michel Daviet (victime), Il explique ‘’Je suis de la région, technicien agricole dans une entreprise de semences. Le contact que j’ai eu avec les pesticides c’est essentiellement les semences traitées, les insecticides qu’on a pu employer pour mettre dans nos essais de semences. J’ai eu un lymphome de Burkitt en 2015. On se replie beaucoup sur soi-même. C’est très difficile de redémarrer, de rencontrer d’autres personnes, de se faire aider par la suite.’’
Les risques pour les riverains des épandages. Selon une étude scientifique de la FNE1 conduite dans le Tarn-et-Garonne, ‘’la plus forte quantité de gens malades se trouvait à une distance inférieure à 100 mètres des lieux cultivés et traités.’’ [MB]
La qualité de l’eau. Pour ‘’un pesticide, mais pas qu’eux (les métaux lourds, les produits pharmaceutiques…), les molécules mères ont une durée de vie assez courte mais elles se décomposent en plusieurs sous-molécules, les métabolites, un de ceux-ci le chlorothalonil contamine environ 60% des eaux dites potables en France.’’ [MB]
L’agriculture bio pourrait-elle nourrir toute le monde ? ‘’Beaucoup d’études montrent qu’on peut nourrir l’humanité sans utiliser des intrants chimiques.’’ Michel Besnard souligne que ‘’les méthaniseurs absorbent des produits agricoles mais ils ne sont pas faits pour nourrir les gens ! Et quand on voit tout ce qui sert à faire de l’éthanol, ce sont des productions industrielles qui n’ont rien à voir avec l’alimentation humaine. Le but ce n’est pas d’exporter à l’autre bout du monde, ni d’importer mais de produire chez nous. C’est ça la véritable souveraineté alimentaire.’’ [MB]
Jean-Claude Cogrel, le réalisateur du film, prend l’exemple de la Bretagne : ‘’La production qui porte la céréalisation, blé, maïs, alors qu’à l’origine c’était une région de polyculture-élevage, c’est la production porcine. On arase les haies, on arrache. On veut faire la plaine comme si on était dans la Beauce.’’
La MSA, Mutualité Sociale Agricole. ‘’Vu que le nombre de cotisations baisse et n’est plus capable d‘assurer tout ce qu’elle doit. Donc c’est abondé par la Sécurité Sociale’’ explique Michel Besnard. Pour les maladies professionnelles, les gens ont droit à une rente qui, dans le cas des pesticides, peuvent être très élevées. L’augmentation, depuis 2020, de l’indemnisation des victimes des pesticides est financée par une cotisation 0,9 % sur… les ventes des pesticides ! ‘’Selon notre association, les rentes devraient être prises en charge par les fabricants et vendeurs de pesticides.’’ [MB] ‘’La MSA devrait être un allié pour arrêter les pesticides, pour avoir moins à dépenser, avoir moins de malades. La MSA n’informe pas les agriculteurs de leurs droits à la reconnaissance en maladie professionnelle pour deux raisons : une parce que ça coûte de l’argent et, deux, parce que la FNSEA, qui gère la MSA, est une fervente défenseuse des pesticides.’’
Le point de vue de la FNSEA a été largement exposé par Séverin Sergent2 qu’on peut résumer ainsi :
►Nous sommes représentatifs, nous avons été élus démocratiquement.
► On a des mails de la MSA qui nous incitent à aller sur leur plate-forme, il y a des alertes sur divers sujets, il y a des affiches, des posts mais les gens ne les lisent pas.
► Mon grand-père agriculteur est mort d’un cancer mais on n’a jamais fait le lien. Lorsque Michel Besnard signale que son propre père est mort d’avoir épandu des désherbants, Séverin Sergent s’exclame ‘’potentiellement mort’’.
► La France n’est pas contaminée par les produits phytosanitaires (il ne faut pas utiliser le terme ‘’pesticides’’) car 50% du pays sont couverts par la ville et la forêt qui elle progresse de 8 % tous les trois ans.
► Nous n’avons pratiquement plus de matières actives pour faire notre travail. Pour les pommes de terre, il n’y a pas d’alternative au Prosulfocarbe. Si vous l’interdisez, le rendement est divisé par trois alors que c’est le premier aliment des Français.
► Dans l’eau, on recherche que les nitrates et pas les polluants industriels.
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- France Nature Environnement.
- Membre des Jeunes agriculteurs (branche de la FNSEA), il avait en 2020 tenté, avant de renoncer, de présenter à Chartres une liste Rassemblement National avant de s’éloigner de ce parti. Il déclarait à L’Écho républicain “Je ne pars pas fâché.”


