France 2 scrute les PFAS dans l’eau de consommation à Chartres et Châteaudun
Le 14 mars, la Maison des Associations de Gasville-Oisème accueillait une conférence-débat sur les polluants éternels, qui font l’objet de nombreux articles dans la presse s’intéressant à l’environnement et à la santé humaine. Le but de cette réunion soutenue par la mairie de la commune, en la présence du maire Grégoire Bayeux, était de fournir des informations fiables à un public alerté sur ce sujet. Cette séance exceptionnelle a été animée par un reporter de France 2, accompagné d’un caméraman et d’une preneuse de son. Viktor Frédéric, l’un des deux reporters à l’origine de ce projet de reportage1, introduit le sujet. Il explique que, pour étayer leur propos, ils ont obtenu le financement de trois prélèvements d’eau potable qui ont été réalisés sur les territoires de Châteaudun, du village de Courbehaye et de Chartres. On y a mesuré la présence de la molécule de TFA2 qui appartient à la famille des PFAS.
Qu’est-ce que les PFAS ?
Pauline Servant, toxicologue et pharmacienne de formation, apporte son concours à l’association Générations futures. C’est devant une salle comble (une centaine de personnes) que la spécialiste va fournir des explications. Les PFAS sont des composés perfluorés dont la caractéristique est de présenter au moins un atome de carbone lié à 2 ou 3 atomes de fluor. Ces substances permettent d’empêcher l’eau ou les graisses de pénétrer dans les produits. Elles sont très utilisées dans des produits industriels, dans les revêtements adhésifs, les mousses pour l’industrie, des pesticides, etc. Et on n’oublie pas que l’Eure-et-Loir fait partie des départements grands utilisateurs de ces pesticides.
La pollution des eaux, un enjeu environnemental et sanitaire !
La spécialiste cite quelques entreprises dont les rejets, en quantités astronomiques, polluent les rivières et les fleuves. Certains PFAS, comme le TFA, sont solubles dans l’eau, mobiles et résistants et ils peuvent se retrouver dans les poissons et autres organismes vivants. Mais aussi dans les sols, l’air, les sédiments, les eaux souterraines. Les eaux dites potables doivent être contrôlées et les normes actuelles devront être interrogées. Traiter les eaux potables coûterait des sommes astronomiques.
Agir sans attendre !
Les résultats des analyses réalisées pour l’émission de France 2 à venir (très bientôt) sont ensuite décryptés par Pauline Cervan. Seul le bourg de Courbehaye ne présente que des traces minimes de polluant. Les deux villes atteignent des chiffres plus élevés mais considérés sans risque grave pour la santé d’après les normes actuelles en France. Cependant ‘’cette valeur ne protège pas les enfants, les femmes, les personnes fragiles affirme la spécialiste, et les études ne sont pas suffisantes’’. Il n’y a aucun réel suivi des PFAS actuellement et ces composés émis aujourd’hui, peuvent encore être présents dans l’environnement dans un siècle, en quantités de plus en plus massives si on n’intervient pas rapidement. Elle insiste : ‘’aucune technique de prévention individuelle n’est protectrice’’, il faut des mesures collectives et elles sont urgentes.
De nombreuse questions
Des questions nombreuses et souvent bien informées sont ensuite posées : risques pour la santé ? résultats de Chartres et de Châteaudun : ‘’Les élus de la mairie de Châteaudun étaient-ils au courant ? Que comptent-ils faire ?’’ Une question concerne les impacts sur la faune aquatique, une autre les effets cocktails (peu étudiés en effet, selon la toxicologue). Une personne voudrait savoir le coût d’une analyse (une centaine d’euros), une autre ‘’qui va payer’’, etc. L’inquiétude était palpable traduisant probablement un certain manque de confiance dans nos responsables politiques.
La soirée s’est terminée par des interviews de quelques citoyen·ne·s ayant participé à l’échange.
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- Reportage bientôt visible sur France 2.
- En 2015, quelque 200 scientifiques signataires de la déclaration de Madrid alertaient déjà sur les risques liés aux PFAS et résumaient leurs effets toxiques :“Dans les études animales, il a été constaté que certains PFAS à longue chaîne provoquent une toxicité hépatique, une perturbation du métabolisme des lipides et des systèmes immunitaire et endocrinien, des troubles neurocomportementaux, une toxicité et une mortalité néonatales, ainsi que des tumeurs dans de multiples systèmes organiques.”
