Challet : La lutte contre l’A154 gagne en visibilité
Se rassembler au milieu d’un champ de luzerne en bordure de la RN 154 dans un paysage plat à perte de vue est une gageure, encore plus si le vent et la pluie sont au rendez-vous ! Le défi a pourtant été relevé par les bénévoles qui ont préparé ce temps fort, la Déroute des routes, les 13 et 14 septembre à Challet. Sans doute, auraient-ils aimé que les participant·e·s soient encore plus nombreu/x/ses. C’est cependant plusieurs centaines de personnes qui ont foulé, bien souvent chaussées de bottes, le sol inégal du rassemblement pour affirmer leur opposition à la transformation de la route nationale en autoroute payante et la destruction de terres arables et de la biodiversité pour de nouveau tronçons de bitume. Comme l’a rappelé Amine Massal du collectif La voie est libre, impliqué dans le combat contre l’A69, ‘’Il faut du temps pour qu’une lutte soit connue’’. Ce week-end est un nouveau jalon dans la médiatisation.
Tout au long du week-end, les stands des associations ont pu donner des informations sur leurs activités, une cantine solidaire (venue d’Angers) à prix libre a permis à tou·te·s de se sustenter ; un marché bio a fonctionné le dimanche matin.
Des tables rondes passionnantes
Pas moins de quatre débats et une assemblée des luttes locales se sont tenus, suivis, à chaque fois, par une cinquantaine d’auditrices et auditeurs passionné·e·s qui ont pu aussi apporter leurs contributions. Caroline Duvelle, cheville ouvrière de ces journées pour le collectif Non A154-A120, a résumé très succinctement les tables rondes :
► L’alternative du ferroviaire a permis d’éclairer les options de remplacement au tout-routier avec, en premier lieu le ferroviaire qui est complètement délaissé par les politiques actuelles, sauf pour les TGV dont les tarifs excluent les usagers modestes. Il faudrait remettre en service des lignes abandonnées ; le cas de Dreux-Chartres a été soulevé. La FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports) a souligné que pour réduire l’usage de l’auto, il faut augmenter le nombre des trains. Quant au trafic marchandise, il devrait être largement transféré sur le rail pour ne laisser à la route que les derniers kilomètres.
Pour les mobilités douces, Chartres-à-vélo a fait des propositions pour multiplier les pistes cyclables en ville et en campagne, suffisamment larges et signalisées afin de les sécuriser.
►Les impacts sociaux et économiques du projet A154… ‘’Les Euréliens vont être gravement impactés, à plusieurs titres, le coût du péage… 6, 7 ou 9 € entre Chartres et Dreux […] le trafic des poids lourds sur les routes secondaires pour éviter le péage [or,] un poids lourd use le bitume pour un équivalent de 1 millions de véhicules légers […] ce sont les collectivités qui devront remplacer le bitume.’’ Autre aspect, les contrats de concession autoroutière : ‘’la subvention d’équilibre pour le concessionnaire est adaptable, au début de l’appel d’offre, on était autour de 60–70 millions d’euros, aujourd’hui, on parle de plus de 300 millions…’’
► La biodiversité en danger a été l’occasion de dévoiler la découverte faite avec l’aide des naturalistes Christian Galland et Patrick Mulet d’un habitat de chauves-souris dans des cavités d’arbres : ‘’Notre premier allié maintenant dans ce combat contre l’A154-A120 s’appelle la noctule commune. On en a repéré 157 individus sur le tracé de l’autoroute, c’est la plus grosse colonie en Centre-Val de Loire. C’est une espèce protégée à l’échelle nationale.’’ Caroline Duvelle a aussi annoncé l’implantation dans le département d’une antenne du GNSA (Groupe National de la Surveillance des Arbres, qui compte dans ses membres des ‘’écureuils’’, ceux qui ont été médiatisés sur l’A69). Le Groupe soutiendra juridiquement la lutte.
► Démocratie et juridique : Citant Amine, Caroline Duvelle explique : ‘’pour gagner ces luttes, on doit vraiment être tous ensemble, sur tous les fronts, sur le front juridique, sur le front politique, sur le front militant, sur le terrain. On doit être aussi avec des économistes, des naturalistes, des gardiens des arbres, des zadistes…’’
Un concert dans la soirée du samedi a été le bienvenu pour reposer les neurones et dégourdir les membres !
Le dimanche après-midi a été consacré à une…
► Assemblée des luttes locales Centre : Elle a été organisée par le réseau des Luttes locales en région Centre que son animateur (avec Katherine), François, présente ainsi : ‘’Ça fait quatre ans qu’on existe et qu’on essaie de soutenir, d’accompagner les luttes liées à l’aménagement du territoire, aux grands projets inutiles et imposés. C’est difficile car agir au niveau régional quand on n’a pas de moyens, c’est fatigant et pas simple.’’
L’assemblée a permis aux associations ou collectifs de la région et de l’Eure-et-Loir de présenter leurs batailles. Pour ne prendre que deux exemples, Romo-Citoyenne (Romorantin) qui lutte (notamment) contre l’engrillagement de la Sologne pour les chasses des ultra-riches et l’Association de Protection des 3 Vallées – Drouette, Voise, Eure aval qui met le projecteur sur la déviation de Nogent-le-Roi qui serait ‘’une voie idéale de substitution quand serait créée cette concession d’autoroute de la N12.’’
L’assemblée a aussi été l’occasion pour François de présenter un impressionnant travail1 (encore en cours) sur ‘’les baronnies qui sont toutes liées entre elles, qui fonctionnent dans des entre-soi et qui rendent en fin de compte les grands projets d’aménagements, les grandes visions d’aménagements possibles.’’ Les militant·e·s d’Eure-&-Loir sont invité·e·s à y contribuer.
Intimidation par les forces de gendarmerie
Reproduisons en conclusion cette annonce de Caroline Duvelle lorsqu’elle a rendu compte des agissements de la Gendarmerie :
‘’On a eu suffisamment de gendarmes toute la journée d’hier [samedi] qui sont venus nous espionner partout et prendre des photos des plaques d’immatriculation ! Ils ont même violé les propriétés privées parce qu’ils sont rentrés deux fois volontairement sur le terrain malgré ma demande qu’ils le quittent. On n’a pas peur. N’en déplaise à la Gendarmerie nationale, n’en déplaise à M. le Préfet d’Eure-&-Loir2, ce qui se passe ce week-end à Challet, c’est qu’on est entrain de visibiliser cette lutte à l’échelle nationale. Ne laissons jamais les forces de l’ordre nous impressionner !’’2
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- Nous y reviendrons plus en détail dans un prochain article.
- Ce comportement de surveillance et d’intimidation des forces de la Gendarmerie peuvent être mis en rapport avec les charges contre les manifestant·e·s le 10 septembre à Chartres.
