Mettre au jour les malheurs et les rêves des Soudanais·es avec Hind Meddeb
L’AERéSP1 conviait, ce 10 novembre au CinéParadis de Chartres, ses fidèles soutiens, particulièrement nombreux ce soir-là (près de 90 personnes), à son 45ème Lundi des Sans-Papiers avec la projection du documentaire ‘’Soudan, souviens-toi’’.
La chute de Omar el-Bechir
Malgré une situation de longue date empoisonnée par les dictatures, les guerres civiles, les partitions, le Soudan ne fait, difficilement, la une des médias mainstream que lors de grands massacres comme le 26 octobre dernier à El-Fasher2 dans la région du Darfour. Aussi, la projection a été l’occasion de mieux connaître l’histoire récente de ce pays. Il montre les lendemains de la révolution populaire de 2019 qui a mis fin aux quarante ans de règne du dictateur Omar el-Bechir. Liberté bientôt remise en cause au sein du Conseil militaire de transition. Refusant la transition vers un gouvernement civil démocratique les Forces de soutien rapide (FSR) tentent un coup d’État en 2021 qui rencontre une forte résistance populaire. Depuis, une nouvelle guerre oppose les FSR aux forces armées ‘’officielles’’ alors que les civils sont toujours écartés du pouvoir.
La réalisatrice française (et journaliste) Hind Meddeb, présente pour dialoguer avec le public, a pu éclaircir de nombreux aspects dont nous extrayons quelques sujets.
Les Émirats Arabes Unis convoitent les richesses agricoles et minières du Soudan
‘’Ce n’est pas une guerre civile où les gens s’entretuent mais une instrumentalisation. Des groupes armés massacrent pour prendre les terres avec derrière les Émirats Arabes Unis qui pratiquent une guerre coloniale (tout le trafic de l’or passe par Dubaï pour le blanchiment), qui transforment les terres des paysans soudanais en de grandes fermes dont toute la production est exportée […] Ce que demandent les jeunes [impliqués dans la révolution] c’est de récupérer ce qu’on a pris au pays […] Le Soudan est très riche […] il n’aurait pas besoin d’aide alimentaire. Les ressources minières pourraient permettre de faire des routes, des hôpitaux, des écoles…’’
‘’Négociations’’ inégalitaires
Pour expliquer comment les révolutionnaires de 2019 ont pu se retrouver à la table de négociation et dans un gouvernement avec les militaires responsables de massacres antérieurs, Hind Meddeb compare avec la situation actuelle des Palestiniens : ‘’Vous n’avez pas le choix car vous n’êtes pas une armée […] en fait, il n’y a pas de négociations car ce n’est pas deux parties égales.’’ Elle poursuit : ‘’Les intérêts des militaires ou des FSR [inféodées aux Émirats] ne sont surtout pas de permettre à la population de profiter des ressources de leur pays.’’
Une résistance populaire multiforme
La réalisatrice explique la farouche résistance des populations ‘’avec la désobéissance civile, avec les fonctionnaires qui refusent de travailler, avec la grève générale, avec l’occupation des rues […] Le déclenchement de la guerre [en 2023] c’est pour arrêter cette résistance […] On va bombarder, détruite les infrastructures, on va forcer à l’exil tous ceux qui sont les organisateurs de cette révolution.’’
Elle souligne aussi que ‘’cette révolution c’est aussi une révolution des femmes soudanaises qui se sont levées contre un régime intégriste fondamentaliste où il était interdit pour les femmes de porter un pantalon, où elles pouvaient, si leur tenue n’était pas appropriée, recevoir 40 coups de fouet sur la place publique ou aller trois mois en prison.’’
Plusieurs exilés soudanais réfugiés dans l’agglomération chartraine ont apporté leurs témoignages et souhaité un soutien élargi à la lutte de leur peuple pour la démocratie et pour l’arrêt des exactions. Puisse cette séance en être les prémices locales.
__________
- Collectif pour l’Accueil des Exilés et la Régularisation des Sans-Papiers.
- Exécution massives de civils (500 tués ou plus) par les Forces de Soutien Rapide provoquant l’exil de 100 000 personnes.

