Paysannes de tous les pays, même combat !

Le 36e Lundi des Sans-Papiers de l’AERéSP, le 24 novembre au CinéParadis à Chartres, s’inscrivait dans Festisol (fes­ti­val des soli­da­ri­tés) et AlimenTERRE (fes­ti­val de films sur l’alimentation durable et soli­daire). Le docu­men­taire au pro­gramme, épi­sode de la série de France 5 À la vie, à la terre, inti­tu­lé Cameroun, la terre des femmes, per­met­tait d’aller à la ren­contre de femmes came­rou­naises qui s’engagent à la fois pour une agri­cul­ture res­pec­tueuse de la nature dans le contexte du réchauf­fe­ment cli­ma­tique et pour l’émancipation per­son­nelle et éco­no­mique des femmes.

Africaines en lutte pour l’émancipation

Cameroun-la-terre-des-femmes Photo 2Lors du débat, une mili­tante ori­gi­naire de Côte‑d’Ivoire a sou­li­gné que ces femmes d’Afrique, mais aus­si celles de nos quar­tiers, font preuve ‘’plus que de cou­rage, c’est de l’ordre de la sur­vie.’’ Une autre, ori­gi­naire du même pays, a fus­ti­gé ‘’l’Afrique d’avant’’ qui per­dure encore avec un patriar­cat vivace : ‘’Les femmes en ont marre.’’ Elle prend l’exemple de sa famille ou les femmes ont impo­sé aux hommes de ne pas vendre  leurs par­celles au décès de leur mère (‘’celui qui s’amuse à vendre, ne serait-ce qu’un petit caillou, sera ban­ni de la famille’’).

Les plan­ta­tions de pal­miers à huile détruisent les petites exploitations

Cependant, une lacune de ce docu­men­taire, c’est qu’il ne dit guère du contexte poli­tique, à part l’interview d’un sous-pré­fet qui ne voit aucun pro­blème envi­ron­ne­men­tal aux vastes défri­che­ments pour implan­ter des mono­cul­tures comme celle des pal­miers à huile. Pourtant, ce pays vit sous le régime auto­ri­taire de Paul Biya qui réprime l’opposition et les homo­sexuels et pra­tique tor­tures et viols…

L’association pour le déve­lop­pe­ment de l’emploi agri­cole et rural

En fait, l’essentiel du débat a été consa­cré, en miroir, à la situa­tion des femmes agri­cul­trices en France autour de trois invi­tées de l’ADEAR1 (asso­cia­tion pour le déve­lop­pe­ment de l’emploi agri­cole et rural) d’Eure-et-Loir : Amandine Dupuy, co-fon­da­trice et admi­nis­tra­trice, pay­sanne en grande culture bio, Alexandra Céalis, co-fon­da­trice et nou­vel­le­ment ber­gère sans terre au sein d’un grou­pe­ment d’in­té­rêt éco­no­mique et envi­ron­ne­men­tal (GIEE-Terre vivante) récem­ment créé et Priscille Descolas, sala­riée et for­ma­trice sur les chan­ge­ments des pra­tiques agricoles.

Préserver la terre

De nom­breux sujets ont été abor­dés. Nous ne pou­vons en rete­nir que quelques uns dans le cadre de ce compte rendu.

Amandine Dupuy qui a fait pas­ser la ferme fami­liale de grandes cultures en bio a expli­qué sa volon­té de réduire l’impact du machi­nisme agri­cole sur la terre avec des engins de plus en plus lourds et grands. ‘’On ne trouve plus de mois­son­neuses à moins de 8 mètres de coupe.’’

Les femmes sau­ve­ront l’agriculture

Chartres 24-11-2025 Festisol AERéSP Cameroun, la terre des femmes

Priscille Descolas, Amandine Dupuy et Alexandra Céalis

Alexandra Céalis est reve­nue sur le groupe femmes de la Confédération pay­sanne 28 pour sou­li­gner le rôle de femmes enga­gées et com­pé­tentes comme Amandine et Aude qui ‘’ont cette capa­ci­té à remettre les hommes à leur place’’ c’est-à-dire ‘’se posi­tion­ner au même niveau.’’  Mais le che­min est encore long selon Amandine Dupuy qui témoigne, par exemple, de réunions d’organismes pro­fes­sion­nels où les membres de la FNSEA et de la CR (coor­di­na­tion rurale) sont très agres­sifs avec des femmes de l’administration, leur coupent la parole : ‘’C’est insup­por­table. On demande juste à exis­ter, à être res­pec­tées. C’est épuisant.’’

Pour autant, Alexandra Céalis en est convain­cue : ‘’ce sont les femmes qui sau­ve­ront l’agriculture.’’

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  1. Les membres de la Confédération pay­sanne sont sou­vent très inves­tis dans les ADEAR.