À l’Esperluète : Immigration, le parcours du courage
Le 27 novembre dernier dans le cadre de Festisol, à la librairie L’Esperluète à Chartres, l’association AGIR-abcd1 avait convié à une table ronde intitulée Immigration, le parcours du courage, présentée par Blanche-Marie Gaillard et animée par Gabriel Seban.
Demande d’asile : un parcours de plus en plus difficile
Sanae El Khebaz, responsable de l’hébergement d’urgence pour les demandeurs d’asile (HUDA) au Foyer d’Accueil chartrain (FAC) présente l’évolution de la législation française sur le droit d’asile : ’’Auparavant la demande d’asile pouvait durer 3–4 ans.’’ Maintenant, elle doit être ‘’traitée très très rapidement.’’ Les personnes signaient en préfecture les Conditions matérielles d’accueil (CMA) pour recevoir le dossier à remplir sous 21 jours. Désormais, alors que des personnels de l’OFPRA2 ont été détachés dans les préfectures, le dossier doit être rempli le jour même ! Sans envisager les problèmes de langue. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des difficultés qui s’accumulent du côté de l’administration.
Le cas des mineurs étrangers isolés
Céline Le Guay, quant à elle, du collectif AERéSP3, décrit la situation des mineurs non accompagnés (MNA). Qu’ils soient français ou étrangers, en France, ils sont considérés comme ‘’en danger’’, ils relèvent de l’aide sociale à l’enfance (ASE) qui est du ressort du Conseil départemental. La militante explique : ‘’L’ASE fait une évaluation portant sur deux éléments, l’âge et l’isolement […] pendant ce temps, ils sont mis à l’abri, dans notre département dans des hôtels où ils sont très très seuls […] Si l’ASE estime qu’ils sont majeurs, ils sont remis à la rue, orientés sur le 115.’’ Elle ajoute que le collectif aide à faire des recours auprès du juge des enfants et qu’ ‘’entre 80 et 90 % des jeunes ont été reconnus mineurs’’ dans notre département. ‘’Dans l’attente, ils ou elles sont dehors, ne sont pas à l’école.’’
Fuir la guerre
Plusieurs témoignages d’exilés présents dans la région de Chartres ont donné un caractère concret au tableau général brossé par les deux intervenantes. Citons celui de Mohamed, Soudanais, arrivé en France en 2023 ‘’à cause de la guerre, il y a beaucoup d’enfants, de femmes qui sont morts à cause de leur religion.’’ Cette situation lui a permis d’obtenir des papiers au bout de six mois. Il évoque son projet d’être menuisier mais trouve la langue française ‘’pas facile.’’
Aider à l’émancipation des femmes
Autre témoignage d’une jeune femme congolaise qui a monté une association en France ‘’pour venir en aide à la diaspora, pour permettre aux jeunes femmes de devenir des femmes indépendantes, d’apprendre un métier, de savoir des choses sur leurs droits au Congo’’ et donc d’échapper à la condition de ‘’femmes au foyer.’’
Migrer est un déracinement
Tous le témoignages ont battu en brèche le constat de Gabriel Seban en introduction : ‘’On parle souvent de migrants en les dépersonnalisant.’’ Or, ‘’la décision de migrer est un déracinement ni évident, ni facile.’’ Celles et ceux qui partent ‘’ont l’espoir de retrouver une vie normale en s’intégrant au pays d’accueil par leur travail.’’
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- Association générale des intervenants retraités-Actions de bénévolat pour la coopération et le développement. En Eure-et-Loir, elle compte 70 bénévoles.
- Office français de protection des réfugiés et apatrides.
- Collectif Accueil des Réfugiés et Régularisation des Sans-Papiers.
