Barjouville : Hommage aux morts de la rue avec le collectif Solidarité Logement 28
uCe n’est pas une publicité, comme on en voit parfois à proximité des hypermarchés, non, la banderole déployée devant le Magasin Leclerc de l’Épicentre de Barjouville, ce 17 janvier, a été faite à la main et porte ce message ‘’Pour Pierre et les 824 morts de la rue en 2025’’. Elle est déployée par le collectif ‘’Solidarité Logement 28’’, récemment créé, à l’occasion d’un hommage aux morts de la rue près de l’endroit où Pierre est décédé la nuit de la Saint-Sylvestre.
‘’Chaque vie éteinte est une blessure au cœur de notre humanité’’
Nadia, cheville ouvrière de ce collectif, est la première à prendre la parole devant la cinquantaine de personnes rassemblées : ‘’Dans la nuit du 1er janvier, un homme est mort à la porte du centre commercial Épicentre. La presse évoque le froid comme cause de décès, mais nous n’acceptons pas cette interprétation, c’est l’indifférence qui l’a tué. On dit parfois qu’ils ont choisi la rue, comme pour absoudre nos consciences. Mais ce refus de l’abri est souvent le rempart d’une dignité blessée, l’ultime liberté d’une âme que la vie a trop malmenée pour qu’elle puisse encore croire aux mains tendues […] Rendre hommage à ces morts de la rue, c’est reconnaître que chaque vie éteinte, même celle qui a décliné notre aide, reste une blessure au cœur de notre humanité […] Une société qui abandonne ses membres sur le bitume est en régression. Alors, assez de ce monde pourri, passons à l’action tous ensemble !’’
‘’Pierre, c’était une personne avec le cœur sur la main’’
Julien et Kévin, personnes à la rue, déposent alors une gerbe en hommage à Pierre et à tous les autres morts de 2025 et l’assistance observe une minute de silence en leur mémoire.
Puis, Julien témoigne de son quotidien: ‘’Je vis de la manche, on se met [avec Kevin] devant des magasins, on s’assoit et on salue tout simplement les gens, pour pas déranger […] On accepte des denrées alimentaires, vestimentaires, de l’hygiène. Pierre, c’est quelqu’un que je connaissais très très bien […] c’était une personne avec le cœur sur la main […] ce qu’il aurait aimé, aujourd’hui, c’est que boive un coup en sa mémoire et j’ai amené ma petite bière.’’ Julien tient à remercier l’association des mamans1 ‘’qui nous a mis à l’hôtel pendant au moins deux semaines et la Croix-Rouge aussi.’’
Création d’un collectif large
Une militante explique la genèse du collectif : ‘’Le drame du 1er janvier nous a terrassés […] l’association SHIC1 a trouvé la force d’insuffler une dynamique d’attention à l’autre et c’est pourquoi un collectif s’est constitué face à l’urgence qui a réuni des citoyens, des militants associatifs, politiques, syndicaux et des travailleurs dans le médical et le social. Nous avons échangé pour débuter un état des lieux et réfléchir à une action citoyenne coordonnée. Nous invitons ceux et celles qui le souhaitent à nous rejoindre.’’ Elle alerte : ‘’Le Collectif national des morts de la rue constate que ces décès sont la conséquence d’inégalités sociales et territoriales pour l’accès au logement et à la santé.’’ Selon elle, le collectif devrait ‘’interpeller les êtres humains en général, les institutions, les élus afin qu’ils mettent en place une vraie politique qui saurait empêcher ces drames.’’
‘’On a tous envie qu’il s’en sortent’’
Sa conclusion : ‘’Le destin des hommes, des femmes et des enfants est lié à des choix sociaux, à nos responsabilités collectives et au choix des politiques publiques’’ ne semble pas vraiment partagée par Patrick Blot de l’association Saint-Vincent-de-Paul qui accuse de ‘’laxisme’’ certains SDF dont Julien et Kévin qu’il ‘’connait bien.’’ Ces propos provoquent des remous parmi l’assistance. Patrick Blot se défend : ‘’Je critique pas le collectif, c’est un maillon de plus […] mais il faut les [les SDF] inciter à avoir un logement, qu’ils fassent leurs papiers, qu’ils fassent leurs démarches […] Le veulent-ils ?’’ Nadia reprend la parole pour apaiser : ’’J’entends ce que vous dites […] même si vous avez fait le papa […] moi, je vois l’objectif, c’est qu’on a tous envie qu’ils s’en sortent.’’
‘’Comment je peux vous aider ?’’
Plusieurs prises de paroles vont revenir sur ce sujet. Maryse qui, à partir de la situation d’une personne proche, affirme ‘’On n’est pas tous obligés de vivre dans une maison, comme tout le monde, avec un loyer, une assurance, un contrat d’électricité. Le plus important, à mon sens, c’est pas de dire « il faut qu’il soit un peu moins laxiste » mais plutôt « de quoi vous avez besoin ? comment je peux vous aider ? »’’
‘’On attend des réponses institutionnelles”
Léa, quant à elle, affirme sans ambages : ‘’La question du sans-abrisme, c’est pas une question de responsabilité individuelle mais c’est aussi des choix collectifs et on attends des réponses institutionnelles, une vraie politique […] qui concerne le logement […] plus de soignants…’’
‘’Manque de places pour l’hébergement d’urgence’’
Dans le même ordre d’idées, Céline Le Guay de l’AERéSP2 souligne ‘’la situation très compliquée de l’hébergement d’urgence, le manque de places, des personnes en refus, la non adéquation des hébergements proposés par rapport aux besoins des personnes.’’
Le rassemblement se termine par une invitation à chacun·e à participer à la prochaine réunion du collectif le 21 janvier à 20 h. à la Bourse du Travail (Maison des syndicats), rue des Grandes-Pierres-Couvertes à Chartres.
_________
- SHIC : Solidarité Humanitaire Islamique Chartraine.
- Collectif Accueil des Exilés et Régularisation des Sans-Papiers.
