Tribune : L’A154 est un nouveau symbole de mépris pour notre territoire

Dans une tri­bune de Mediapart, cinq élus :

► Christine Arrighi, dépu­tée éco­lo­giste de Haute-Garonne,

► Sylvain Carrière, dépu­té LFI de l’Hérault,

► Jean-François Bridet, conseiller régio­nal et tête de liste de la gauche éco­lo­giste aux élec­tions muni­ci­pales à Chartres,

► Bérenger Cernon, dépu­té LFI de l’Essonne,

► Grégoire Bailleux, Maire de Gasville-Oisème,

fus­tigent la logique dépas­sée du pro­jet auto­rou­tier A154 et appellent à l’abandonner.

Nous relayons cette tribune.

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Chartres 07-10-2023 Rassemblement Non à l'A154

 

Un pro­jet obso­lète, impo­sé sans débat

 

Le pro­jet d’autoroute A154, cen­sé relier Dreux à Chartres puis Orléans, est un scan­dale comme notre pays ne peut plus se les payer. Porté par des élus bor­nés depuis plus de vingt-cinq ans sans éva­lua­tion sérieuse, ce pro­jet incarne l’entêtement d’une logique dépas­sée : celle du tout-voi­ture, du béton­nage mas­sif et des grands tra­vaux inutiles. Les alertes se mul­ti­plient, les alter­na­tives évi­dentes, comme le ren­for­ce­ment du fer­ro­viaire, sont igno­rées, et les voix des citoyens, des agri­cul­teurs, et même des scien­ti­fiques, sont balayées d’un revers de main, dans une logique désor­mais bien connue.

À l’heure où les col­lec­ti­vi­tés locales voient leurs bud­gets fondre en rai­son d’une poli­tique éco­no­mique inique de l’Etat, com­ment jus­ti­fier un inves­tis­se­ment d’un mil­liard d’euros pour quelques dizaines de kilomètres ? 

À titre de com­pa­rai­son, un kilo­mètre d’autoroute coûte en moyenne 6,2 mil­lions d’euros en France. Ici, le coût est qua­si dou­blé, sans garan­tie de retour sur inves­tis­se­ment. Pire, les pré­vi­sions de tra­fic, bran­dies comme argu­ment mas­sue, reposent sur des don­nées obso­lètes, jamais actua­li­sées pour 2030. Le Conseil d’orientation des infra­struc­tures lui-même a sou­li­gné le manque de trans­pa­rence et de débat autour de ce dos­sier. Pourtant, rien n’y fait : le ministre des Transports Philippe Tabarot per­siste, comme s’il s’agissait de cocher une case plu­tôt que de répondre à un besoin réel.

 

Un désastre éco­lo­gique et agricole

 

L’A154 est une aber­ra­tion éco­no­mique et une catas­trophe envi­ron­ne­men­tale. Son tra­cé s’apprête à défi­gu­rer des cen­taines d’hectares de terres agri­coles, à frag­men­ter des cor­ri­dors éco­lo­giques et à mena­cer des espèces pro­té­gées. Dans l’Eure-et-Loir, dépar­te­ment où l’agriculture est une richesse majeure, béton­ner des sols fer­tiles au nom d’un pré­ten­du « déve­lop­pe­ment éco­no­mique » est une absur­di­té sans nom. Ce pro­jet consti­tue le front du com­bat contre le recul  que cer­tains veulent impo­ser dans notre bataille sociale contre l’artificialisation des sols et pour pré­ser­ver notre sou­ve­rai­ne­té alimentaire.

Les études d’impact, déjà contes­tées, confirment ce que les habi­tants dénoncent depuis des années : l’A154 sacri­fie­ra des éco­sys­tèmes fra­giles, per­tur­be­ra la bio­di­ver­si­té et dégra­de­ra la qua­li­té de vie des Euréliens. Pourquoi ? Pour favo­ri­ser un modèle de mobi­li­té indi­vi­dua­liste, pol­luant et coû­teux, alors que des solu­tions existent : moder­ni­sa­tion des routes exis­tantes, déve­lop­pe­ment du train, trans­ports en com­mun performants.

 

Un mépris démo­cra­tique inacceptable

 

Le pire, dans cette affaire, est la méthode : une pré­ci­pi­ta­tion sus­pecte, des déci­sions prises dans l’opacité, et une volon­té claire d’imposer le pro­jet avant que les citoyens ne puissent vrai­ment s’exprimer. Le choix du conces­sion­naire, pré­vu pour fin 2025, res­semble à une manœuvre pour ver­rouiller le dos­sier avant les élec­tions muni­ci­pales et une pos­sible dis­so­lu­tion. Les mani­fes­ta­tions, comme celles des 13 et 14 sep­tembre à Challet, ont ras­sem­blé des cen­taines de per­sonnes, et les recours juri­diques se mul­ti­plient. Pourtant, le gou­ver­ne­ment fait la sourde oreille, invo­quant un « inté­rêt géné­ral » qui sert plus que jamais de pré­texte aux caprices d’un ancien monde d’élus et d’entreprises.

L’A154 s’inscrit dans une série de grands pro­jets rou­tiers inutiles et légi­ti­me­ment contes­tés – A69, A24 – qui, mal­gré les alertes répé­tées, conti­nuent d’être impo­sés. Ces chan­tiers sont les der­niers sou­bre­sauts d’une époque révo­lue Aujourd’hui, la tran­si­tion éco­lo­gique et la jus­tice sociale exigent une autre vision : celle d’une mobi­li­té sobre, par­ta­gée et res­pec­tueuse des territoires.

 

Notre exi­gence : l’arrêt immé­diat du projet

 

Face à ce déni de démo­cra­tie et à ce gas­pillage d’argent public, nous, élus locaux et par­le­men­taires, exigeons :

  1. La sus­pen­sion immé­diate du pro­jet A154, le temps d’une éva­lua­tion indé­pen­dante et transparente.
  2. L’ouverture d’un vrai débat public, asso­ciant citoyens, experts et acteurs locaux.
  3. L’étude sérieuse des alter­na­tives, notam­ment le ren­for­ce­ment du fer­ro­viaire et des trans­ports collectifs.

Nous ne lais­se­rons pas sacri­fier nos terres, notre envi­ron­ne­ment et notre ave­nir sur l’autel d’un pro­jet inutile et impo­sé. La mobi­li­sa­tion citoyenne gran­dit, les recours juri­diques se pré­parent, et la pres­sion poli­tique s’intensifie. Le gou­ver­ne­ment doit entendre ce mes­sage : l’A154 ne pas­se­ra pas.