Pétition pour une loi intégrale contre les violences sexuelles
Les rassemblements du lundi 8 juin (y compris à Chartres), suite à la mort de Lyhanna, pour le vote d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, ont marqué une montée en puissance de la mobilisation.
Pour intensifier la pression sur le gouvernement et les parlementaires, il est nécessaire de signer massivement la pétition lancée par la Coalition féministe et enfantiste. Dans l’encadré, les principales mesures souhaitées dans la loi, en cliquant ici le texte intégral de la proposition de loi.
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Voici l’analyse que fait la Coalition de la situation :
« Depuis le mouvement #MeToo, l’ampleur des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants est devenue impossible à ignorer. Pourtant, les réponses judiciaires, politiques et institutionnelles restent très insuffisantes. Alors que les plaintes pour viol sur personne majeure ont été multipliées par 3 entre 2016 et 2024, les condamnations demeurent rares — 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite et seuls 1% des violeurs sont condamnés — et les moyens consacrés à la prévention, à la protection et à l’accompagnement des victimes restent largement insuffisants.
Face à ce constat, 150 associations et organisations, dont la Fondation des Femmes, se sont réunies dès 2024 au sein de la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale, et ont élaboré ensemble 130 mesures visant à apporter une réponse globale et cohérente au problème massif des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.
Les mesures portées par la Coalition ont en partie été reprises dans une proposition de loi déposée le 25 novembre 2025 à l’Assemblée nationale par une coalition transpartisane de 110 parlementaires. Mais alors qu’elle est soutenue par 81 % des Françaises et des Français, cette proposition attend depuis plus de six mois d’être examinée.
La mort de la petite Lyhanna, en mettant une nouvelle fois en lumière les défaillances de nos institutions (enquêtes insuffisantes, manque de protection, défaut d’écoute de la parole des victimes, classements sans suite), a rappelé l’urgence de doter enfin notre pays d’une loi intégrale contre les violences sexuelles.
Grâce à la vague de mobilisation depuis plusieurs jours, la Présidente de l’Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a elle aussi demandé lundi matin la mise à l’agenda de notre loi intégrale, et saisi le Conseil d’Etat à son sujet. Et suite à notre rassemblement massif dans toute la France lundi soir, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a à son tour indiqué dans une lettre adressée à ses ministres son souhait de voir “la proposition de loi ‘visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles’ présentée au Conseil d’État dans les prochains jours, avant d’être mise à l’ordre du jour du Parlement ».
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Le résumé des propositions pour une loi-cadre intégrale
01. Une véritable politique publique continue et coordonnée
Plutôt que des mesures parcellaires et éclatées, la lutte contre les violences sexuelles nécessite une politique publique globale et ambitieuse pilotée au plus haut niveau, impliquant de manière coordonnée l’ensemble des ministères concernés (égalité, justice, intérieur, solidarités, travail, éducation, santé,…) autour de protocoles d’intervention et d’indicateurs précis.
02. Un investissement annuel de 2,6 milliards d’euros contre les violences sexistes et sexuelles, dont 344 millions contre les violences sexuelles
L’État ne dépense que 12,7 millions d’euros par an pour lutter contre les violences sexuelles soit 0,003% du budget de l’État, laissant les associations travailler dans des conditions déplorables, sans la capacité d’accueillir les victimes qui le demandent. Ce sous-financement a pour conséquence de semer d’embûches le parcours des victimes vers la justice et la reconstruction. 344 millions d’Euros au minimum sont nécessaires pour une réelle prise en charge et l’accompagnement des victimes, améliorer les enquêtes et renforcer la chaîne judiciaire.
03. Éducation et prévention
Pour faire reculer la culture du viol, nous insistons sur l’importance de rendre effectives, à l’école, les 3 séances d’éducation à la vie affective et sexuelle, et la tenue de séances consacrées à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes par plus de financements et de moyens de contrôle. Il faut former tou.te.s les professionnel.les concerné.e.s (enseignant.e.s, policier.e.s, médecins, éducateur.ices, etc.) et mener des campagnes de sensibilisation à grande échelle pour prévenir les violences dès le plus jeune âge.
04. Lutter contre l’industrie pornocriminelle et pédocriminelle et la culture du viol en ligne
Les contenus pornographiques banalisent les violences sexuelles et la haine misogyne et raciste avec un impact grandissant sur les modèles de sexualité des jeunes, en plus de reposer sur l’exploitation sexuelle de filles et de femmes vulnérables. Nous réclamons que les violences en ligne soient réprimées, que l’interdiction d’accès des mineurs aux contenus pornographiques soit rendue effective, de faciliter la suppression des vidéos de viol, d’inceste et de pédocriminalité en ligne.
05. Une culture de la protection des enfants
Toutes les 3 minutes un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle en France avec des conséquences dévastatrices. En s’appuyant sur le travail de la CIVIISE notamment, nous demandons l’introduction d’une infraction d’inceste, l’imprescriptibilité de ces violences, l’instauration d’entretiens individuels annuels pour mieux repérer les situations, ou encore l’abandon de toute référence au prétendu “syndrome d’aliénation parentale”.
06. Responsabiliser les employeurs sur la prévention des violences et la protection des victimes
De nombreuses violences sexuelles sont commises au travail, lieu où les rapports de domination sont exacerbés, notamment par la dépendance financière. Or la prise en charge des victimes reste très insuffisante. Nous proposons de renforcer et de rendre effectives les obligations de détection, de protection et d’accompagnement des victimes de violences sexuelles au travail, notamment par des sanctions contre les entreprises qui n’ont pas mis en place de plan de prévention ni de procédure de signalement, et par la prise en charge par l’employeur des frais des victimes de violences sexuelles au travail.
Il est fondamental de protéger également l’emploi des victimes de violences.
07. Une prise en charge et des soins accessibles pour toutes les victimes
Les victimes sont trop souvent livrées à elles-mêmes, sans accompagnement suffisant pour sortir des violences et se soigner. Nous préconisons le remboursement à 100 % par la Sécurité sociale des soins psychologiques et du traitement du psychotraumatisme et la création de centres de prise en charge d’urgence accessibles 24h/24, sur le modèle belge.
08. L’amélioration du dépôt de plainte
L’accueil des victimes dans les commissariats reste très inégal ce qui rend d’autant plus éprouvant le parcours des victimes. Nous proposons d’y remédier par le recrutement de centaines d’enquêteur.ices et la généralisation de brigades de police et gendarmerie volontaires, formées et spécialisées sur les violences sexuelles, l’accès à l’aide juridictionnelle pour les victimes de violences sexuelles dès le dépôt de plainte, une meilleure formation initiale et continue de toutes les forces de l’ordre des procédures et moyens adaptés pour répondre aux besoins spécifiques aux personnes allophones ou en situation de handicap.
09. L’amélioration de la protection et du traitement des victimes pendant la procédure judiciaire
Contrairement à aujourd’hui, nous demandons que pour chaque plainte déposée pour violence sexuelle certains actes d’enquêtes soient obligatoirement réalisés dans un délai raisonnable. La protection des victimes pendant l’enquête doit être renforcée par différents outils (TGD, ordonnance de protection ouverte à toutes les violences, places d’hébergement d’urgence) et les enquêtes sur le passé sexuel des victimes interdites. Nous demandons aussi que les victimes soient systématiquement informées des suites données à leur plainte, avec des décisions motivées et détaillées en cas de classement sans suite.
10. Se donner les moyens d’une justice réellement spécialisée
Face à une institution en manque cruel de moyens et marquée par les préjugés sexistes, nous avons besoin d’un changement profond de la manière dont les viols et violences sexuelles sont jugées en France. Les juges et tous les professionnel.les de la justice doivent être formés en initial et en continu. L’intervention des expert.e.s doit être strictement encadrée. Alors que les viols sont trop souvent déqualifiés via la correctionnalisation ou l’usage des cours criminelles, nous affirmons que les cours d’assises doivent rester le cadre de référence. Enfin, la France ne peut se passer d’une politique de suivi des agresseurs par des équipes pluridisciplinaires pendant et après leur sanction pénale effectuée afin d’éviter la récidive.
