Orléans : 30.000 en chemin vers l’unité contre l’extrême droite

De mémoire d’Orléanais·e·s ce fut la plus impor­tante mani­fes­ta­tion contre l’extrême droite jamais orga­ni­sée dans leur ville : 30.000 per­sonnes qui se ras­semblent dès 10 h. devant le Théâtre. De quoi don­ner du cou­rage alors que le congrès du Rassemblement National (RN) se tient sur l’autre rive de la Loire.

Les entraves mises par le Préfet Moutouh

Le cor­tège met long­temps à s’élancer. Certes, il faut d’abord que les lea­ders des orga­ni­sa­tions du car­ré de tête (celles qui ont signé l’appel lan­cé par Loiret anti­fas­ciste et les forces pro­gres­sistes du Loiret) répondent à la presse écrite et audio-visuelle très nom­breuse sur place. Mais la rai­son prin­ci­pale du retard est qu’il faut attendre les manifestant·e·s qui ont dû se garer loin. En effet, le centre-ville est bou­clé par de nom­breux contin­gents de poli­ciers, gen­darmes ou CRS) et le lieu du ras­sem­ble­ment (Esplanade du Souvenir Français, fina­le­ment non res­pec­té !) déli­mi­té par de lourds blocs de béton. Celui-ci et la par­cours ont été modi­fiés la veille par le Préfet de région (Hugues Moutouh), exit le centre-ville ! Plus scan­da­leux encore : des dizaines de voya­geurs venus en cars res­te­ront blo­qués au péage de La Chapelle à la sor­tie de l’A71 refu­sant le tri que vou­lait faire le pré­fet entre sans-papiers, refu­sés, et les autres, autorisés.

Une mani­fes­ta­tion intergénérationnelle 

C’est der­rière une ban­de­role pro­cla­mant ‘’Toutes et tous uni·e·s contre le fas­cisme’’ que la foule s’engage len­te­ment pour un par­cours en boucle de plus d’une heure et demie. Ce qui frappe d’abord, c’est son carac­tère inter­gé­né­ra­tion­nel. Certes, il y a beau­coup de jeunes mais toutes les tranches d’âge sont repré­sen­tées, y com­pris les seniors. Et bien sûr, ceux qui se sont dépla­cés de l’autre bout de la France, ce sont sur­tout des miltant·e·s de longue date ou/et enga­gés au quo­ti­dien.  On remarque ain­si tout l’éventail des sen­si­bi­li­tés poli­tiques de gauche (LFI, PCF, PS, Les Écologistes, Génération·s, L’Après, NPA‑A…), syn­di­cales (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, Confédération pay­sanne…) ou asso­cia­tives (Amnesty, LDH, Planning fami­lial…). Liste loin d’être exhaustive.

Pancartes : libre cours à l’inventivité et l’humour

Autre carac­té­ris­tique : une pro­li­fé­ra­tion de pan­cartes confec­tion­nées à la main sur du car­ton de for­tune, plus inven­tives, et sou­vent humo­ris­tiques, les unes que les autres. Citons-en quelques unes : J’avais peur de venir, c’est pour ça que je suis là !, J’ai vieilli et j’emmerde tou­jours le FN, Votez pas facho, la France va plon­ger sous-Marine, Vacciné en 45, Rappel tous les 5 ans !, D’accord avec toutes les autres pan­cartes ! Les slo­gans, en com­pa­rai­son, sont moins inven­tifs et sou­vent déjà enten­dus. Notons quand même Et tout le monde déteste le RN et sur­tout Orléans en feu et les fachos au milieu !

L’attentat raciste de Trappes

Après la manif, le ren­dez-vous est au Campo Santo pour la res­tau­ra­tion et le vil­lage anti­fas­ciste où les orga­ni­sa­tions ont leurs stands. Surtout, c’est le mee­ting avec les prises de paroles (trop longues pour ne pas finir pas las­ser une par­tie des présent·e·s  alors que la pluie s’invite). Impossible de consa­crer, même une seule ligne, à cha­cune, dans le cadre  de cet article. Alors, rete­nons les mots d’ Ali Rabeh (Génération·s), maire de Trappes où vient d’avoir lieu l’atten­tat raciste ayant fait un mort et plu­sieurs blessé·e·s : ‘’Les dis­cours de haine tuent, font des vic­times et, hier à Trappes, un homme a été la vic­time des dis­cours de l’extrême droite, de la stig­ma­ti­sa­tion de la popu­la­tion de ma ville […] Combien de diri­geants poli­tiques de pre­mier plan, de can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle se per­mettent des dis­cours stig­ma­ti­sant une par­tie consi­dé­rable du peuple français !’’

L’unité pour contrer l’extrême droite

La secré­taire géné­rale de la CGT, Sophie Binet, sou­ligne ‘’Soyons uni·e·s, ne tom­bons pas dans le piège des divi­sions et des pro­vo­ca­tions, ne nous lais­sons pas entraî­ner sur le ter­rain de la vio­lence que nous tend le gou­ver­ne­ment, le patro­nat et l’extrême droite […] Le RN pré­tend défendre les tra­vailleurs et les tra­vailleuses […] L’idylle cachée de Jordan Bardella, ce n’est pas avec la Princesse des Deux-Siciles, c’est avec le grand patro­nat ! […] Face au  RN fai­sons front, fai­sons bar­rage, orga­ni­sons la riposte !’’ Et la syn­di­ca­liste d’insister en citant le poète résis­tant Aragon ‘’Quand le blé est sous la grêle fou qui fait le déli­cat’’ et elle mar­tèle ‘’Face à l’extrême droite, nous n’avons pas le luxe de la divi­sion […] et je me féli­cite qu’aujourd’hui […] l’ensemble des par­tis de gauche soient pré­sents ici et rassemblés !’’

La plu­part des autres inter­ven­tions ont aus­si lan­cé cet appel à l’unité. Le seul bémol fut  la per­tur­ba­tion de la prise de parole du repré­sen­tant du par­ti socia­liste, le pré­sident des Jeunes socia­listes,  Rémi Boussemart. Pourtant ‘’le blé est sous la grêle’’…