Rohingyas : Soirée pédagogique avec Alexandra de Mersan
L’AERéSP 28 et Amnesty-Chartres avaient invité Alexandra de Mersan, anthropologue, ce 30 mars, pour répondre aux questions d’un public nombreux et largement ignorant de la situation du peuple rohingya (dont une grande partie était installée en Birmanie dans l’État du Rakhaing) bien qu’il en ait entendu parler lors d’épisodes dramatiques de violences et de migrations forcées.
C’est le film de fiction Les Fleurs du manguier, projeté en avant-première (sotie nationale le 22 avril), qui a permis d’introduire un sujet d’une grande complexité. L’anthropologue de l’INALCO1 a éclairci plusieurs aspects dont nous retenons quelques uns.
La marque de l’histoire coloniale
La Birmanie a été colonisée par les Anglais qui y ont développé une culture du riz à but de commerce international. Cette culture demandant beaucoup de main d’œuvre, ils ont fait venir beaucoup d’Indiens musulmans qui se sont installés dans l’État d’Arakan (futur Rakhaing), où vivaient déjà de nombreux Rohingyas, et ceux-ci ont été associés à l’impérialisme colonial anglais. Cela a développé, dans cette période, un sentiment anti-indien très fort. D’autant plus que ces opérations ont été financées par des membres d’une caste de prêteurs d’argent d’Inde du sud, ce qui a entraîné une dépossession de leur terre pour de nombreux paysans birmans.
L’histoire récente de la Birmanie
Le pays a connu 50 ans de dictature par des juntes militaires. Elles ont souvent utilisé le bouddhisme pour se donner une légitimité et faire diversion de leur incurie économique (entraînant une augmentation de la pauvreté) en attisant un climat antimusulman. À la suite de l’attaque de postes frontière avec le Bangladesh, par un groupe armé se revendiquant des Rohingyas en 2016, l’armée birmane a violemment réagi par l’incendie de dizaines de villages dans l’État de Rakhaing. 800 000 Rohingyas se sont enfuis vers le Bangladesh entre 2015 et 2018.
Conditions de vie pas meilleures au Bangladesh
En Birmanie, Ils sont considérés par le pouvoir comme apatrides et ils n’ont pas le droit de travailler et les enfants n’ont pas le droit d’aller à l’école. Mais les Bangladais ne veulent pas garder les Rohingyas, ils ont le même préjugé à leur égard que les Birmans. Les conditions d’accueil au Bangladesh sont très difficiles : promiscuité dans des camps, présence de gangs. C’est pourquoi des Rohingyas tentent le voyage vers la Malaisie, pays musulman.
Le cas Aung San Suu Kyi
Elle s’est retrouvée au pouvoir après la victoire écrasante de son parti la Ligue nationale de la Démocratie aux élections de 2015 et jusqu’en 2020. Élections permises par ‘’l’ouverture démocratique’’ de la junte qui, cependant, avait fait voter dès 2008 une constitution qui réserve 25% des sièges du Parlement aux militaires et leur garantit le contrôle de l’armée, des affaires intérieures et des régions frontalières ! Ce n’est donc pas Aung San Suu Kyi qui a commandé la persécution des Rohingyas. Après une nouvelle victoire de la Ligue nationale de la Démocratie en 2020, les militaires n’ont pas reconnu les résultats et ont fait un nouveau coup d’État.
Les migrants en Thaïlande et en Malaisie
L’apatridie (sans-papiers) des Rohingyas en Birmanie rend le traitement de leur situation très difficile en Thaïlande. Mais, dans le sud du pays, il y a des populations qui aident les Rohingyas. Pour autant, pour franchir la frontière vers la Malaisie, il y a du trafic humain, du racket. Dans ces deux pays, les sans-papiers sont exploités notamment dans les usines de congélation de crevettes qui alimentent le monde.
Comme l’a dit à plusieurs reprises Alexandra de Mersan le sort réservé aux migrant·e·s du Golfe du Bengale est très semblable à celui de ceux et celles de Méditerranée…
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- Institut national des langues et civilisations orientales.
