Rohingyas :  Soirée pédagogique avec Alexandra de Mersan

Chartres 30-03-2026 Les Fleurs du manguier Alexandra de MersanL’AERéSP 28 et Amnesty-Chartres avaient invi­té Alexandra de Mersan, anthro­po­logue, ce 30 mars, pour répondre aux ques­tions d’un public nom­breux et lar­ge­ment igno­rant de la situa­tion du peuple rohin­gya (dont une grande par­tie était ins­tal­lée en Birmanie dans l’État du Rakhaing)  bien qu’il en ait enten­du par­ler lors d’épisodes dra­ma­tiques de vio­lences et de migra­tions forcées.

C’est le film de fic­tion Les Fleurs du man­guier, pro­je­té en avant-pre­mière (sotie natio­nale le 22 avril), qui a per­mis d’introduire un sujet d’une grande com­plexi­té. L’anthropologue de l’INALCO1 a  éclair­ci plu­sieurs aspects dont nous rete­nons quelques uns.

La marque de l’histoire coloniale

La Birmanie a été colo­ni­sée par les Anglais qui y ont déve­lop­pé une culture du riz à but de com­merce inter­na­tio­nal. Cette culture deman­dant beau­coup de main d’œuvre, ils ont fait venir beau­coup d’Indiens musul­mans qui se sont ins­tal­lés dans l’État d’Arakan (futur Rakhaing), où vivaient déjà de nom­breux Rohingyas, et ceux-ci ont été asso­ciés à l’impérialisme colo­nial anglais. Cela a déve­lop­pé, dans cette période, un sen­ti­ment anti-indien très fort. D’autant plus que ces opé­ra­tions ont été finan­cées par des membres d’une caste de prê­teurs d’argent d’Inde du sud, ce qui a entraî­né une dépos­ses­sion de leur terre pour de nom­breux pay­sans birmans.

Chartres 30-03-2026 Les Fleurs du manguier Alexandra de MersanL’histoire récente de la Birmanie

Le pays a connu 50 ans de dic­ta­ture par des juntes mili­taires. Elles ont sou­vent uti­li­sé le boud­dhisme pour se don­ner une légi­ti­mi­té et faire diver­sion de leur incu­rie éco­no­mique (entraî­nant une aug­men­ta­tion de la pau­vre­té) en atti­sant un cli­mat anti­mu­sul­man. À la suite de l’attaque de postes fron­tière avec le Bangladesh, par un groupe armé se reven­di­quant des Rohingyas en 2016, l’armée bir­mane a vio­lem­ment réagi par l’incendie de dizaines de vil­lages dans l’État de Rakhaing. 800 000 Rohingyas se sont enfuis vers le Bangladesh entre 2015 et 2018.

Chartres 30-03-2026 Les Fleurs du manguier Alexandra de MersanConditions de vie pas meilleures au Bangladesh

En Birmanie, Ils sont consi­dé­rés par le pou­voir comme apa­trides et ils n’ont pas le droit de tra­vailler et les enfants n’ont pas le droit d’aller à l’école. Mais les Bangladais ne veulent pas gar­der les Rohingyas, ils ont le même pré­ju­gé à leur égard que les Birmans. Les condi­tions d’ac­cueil au Bangladesh sont très dif­fi­ciles : pro­mis­cui­té dans des camps, pré­sence de gangs. C’est pour­quoi des Rohingyas tentent le voyage vers la Malaisie, pays musulman.

Le cas Aung San Suu Kyi

Elle s’est retrou­vée au pou­voir après la vic­toire écra­sante de son par­ti la Ligue natio­nale de la Démocratie aux élec­tions de 2015 et jusqu’en 2020. Élections per­mises par ‘’l’ouverture démo­cra­tique’’ de la junte qui, cepen­dant, avait fait voter dès 2008 une consti­tu­tion qui réserve 25% des sièges du Parlement aux mili­taires et leur garan­tit le contrôle de l’armée, des affaires inté­rieures et des régions fron­ta­lières ! Ce n’est donc pas Aung San Suu Kyi qui a com­man­dé la per­sé­cu­tion des Rohingyas. Après une nou­velle vic­toire de la Ligue natio­nale de la Démocratie en 2020, les mili­taires n’ont pas recon­nu les résul­tats et ont fait un nou­veau coup d’État.

Chartres 30-03-2026 Les Fleurs du manguier Alexandra de MersanLes migrants en Thaïlande et en Malaisie

L’apatridie (sans-papiers) des Rohingyas en Birmanie rend le trai­te­ment de leur situa­tion très dif­fi­cile en Thaïlande. Mais, dans le sud du pays, il y a des popu­la­tions qui aident les Rohingyas. Pour autant, pour fran­chir la fron­tière vers la Malaisie, il y a du tra­fic humain, du racket. Dans ces deux pays, les sans-papiers sont exploi­tés notam­ment dans les usines de congé­la­tion de cre­vettes qui ali­mentent le monde.

Comme l’a dit à plu­sieurs reprises Alexandra de Mersan le sort réser­vé aux migrant·e·s du Golfe du Bengale est très sem­blable à celui de ceux et celles de Méditerranée…

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  1. Institut natio­nal des langues et civi­li­sa­tions orientales.