“Olivier Marleix, palme de l’ignominie”
Alain Genestar, qui fut rédacteur en chef de l’Écho républicain de 1980 à 1987 puis directeur de la rédaction d’abord du Journal du Dimanche ensuite de Paris Match, n’a pas la réputation d’être engagé à l’extrême gauche ni même à gauche. L’éditorial qu’il signe dans le n° 61* du magazine de photographie Polka, qu’il a fondé en 2008, n’en est que plus remarquable et contribue à alerter sur la dérive inquiétante de la droite vers l’extrême droite.
S’interrogeant sur la capacité de la photographie à rendre compte de l’agression d’enfants par un réfugié syrien à Annecy, Alain Genestar constate l’impuissance de celle-ci à ‘’montrer […] le sentiment de peur que des personnalités politiques élues, reconnues, insufflent à la catégorie des électeurs la plus réceptive à leur discours populiste […] Faute d’images signifiantes, c’est avec des mots que nous avons décidé de dénoncer cette récupération politique indigne. Alors qu’aucun n’indice ne laissait croire à un acte terroriste, que l’islamisme radical ne pouvait être invoqué […] les xénophobes de tous poils ont sombré dans l’amalgame.’’ Et dans le palmarès de personnalités qu’il cite ‘’la palme de l’ignominie, dit-il, [revient] à Olivier Marleix, président des LR à l’Assemblée, qui twittait : L’immigration massive incontrôlée tue.’’
Nous publions la partie de l’éditorial de Polka consacrée à cette alerte. L’intégrale de l’éditorial est à retrouver sur le site de Polka.
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*En kiosque le 27 juin.
Sur les rives du lac d’Annecy…
par Alain Genestar
Éditorial de Polka, 23-06-2023
Extrait :
Et puis, jeudi 8 juin, l’attaque sur les rives du lac d’Annecy… Et immédiatement, la question: comment traduire en photo (et en si peu de temps) ce que nous avons à dire, à dénoncer avec force?
La photographie peut montrer le visage de l’agresseur, ses gestes déments contre de tout petits enfants, la douleur, le recueillement, les hommages de la République. Les longs reportages photographiques peuvent montrer les racines du mal et le contexte: les conditions de vie des immigrés, leur mal‑être, la montée du racisme dans les villes où ils sont parqués ou dans lesquelles ils errent.
Mais la photographie ne peut pas montrer l’hypocrisie ambiante, la démagogie régnante, l’insidieuse dégradation des valeurs morales de notre beau pays; ni le sentiment de peur que des personnalités politiques, élues, reconnues, insufflent à la catégorie des électeurs la plus réceptive à leur discours populiste, car elle-même en difficulté.
Faute d’images signifiantes, c’est avec des mots que nous avons donc décidé de dénoncer cette récupération politique indigne. Alors qu’aucun indice ne laissait croire à un acte terroriste, que l’islamisme radical ne pouvait être invoqué ‑l’agresseur étant un réfugié syrien, par ailleurs en situation régulière, exhibant hystériquement sa foi chrétienne‑, les xénophobes de tous poils ont sombré dans l’amalgame: Eric Zemmour parlant de “francocide”; Eric Ciotti, le président des Républicains (LR), appelant à la mobilisation “de tous ceux qui ne veulent pas que notre nation soit détruite”; Marion Maréchal décrétant que “l’heure des comptes viendra”; le Rassemblement national enchaînant avec des déclarations du même tonneau. Et la palme de l’ignominie revenant à Olivier Marleix, président des LR à l’Assemblée, qui twittait: “L’immigration massive incontrôlée tue.”
Ces personnalités ont des responsabilités importantes, à la tête de formations politiques ou occupant des fonctions électives majeures. Elles sont instruites et informées. Elles savent que le “grand remplacement”, pour ne parler que de ce cliché, est un fantasme, qu’aucun chiffre ni statistique ne corrobore. Elles savent mais font de leurs mensonges commerce électoral.
Le populisme se définit par la volonté malsaine de flatter les penchants les plus bas du peuple et de jouer avec les peurs. La tragédie sur les rives du lac d’Annecy révèle l’inquiétante montée de ce populisme français. Il déborde de l’extrême, inonde peu à peu la droite. Les digues ont craqué.
Polka est un magazine de photographie. Nous publions une photo prise dimanche 11 juin à Annecy lors du rassemblement citoyen. Là, le maire de la ville, François Astorg, a appelé calmement “à faire le choix de l’amour contre la destruction”. Des mots de valeur qui l’emportent sur tous les autres.
