A154 : ‘’Ce projet devrait perdre le soutien de l’État !’’ écrivent des élus au ministre Clément Beaune

Contrairement à ce qu’af­firment les élus pro-auto­route payante, tous les Euréliens ne sont pas favo­rables au pro­jet. Une dizaine d’é­lus ont adres­sé une lettre au ministre des Transports, Clément Beaune.

 

Chartres 07-10-2023 Rassemblement Non à l'A154

Grégoire Bailleux et des élus de Gasville-Oisème lors du ras­sem­ble­ment du 7 octobre à Chartres

À l’at­ten­tion de Monsieur Clément Beaune, Ministre délé­gué char­gé de Transports

Chartres, le 11 octobre 2023.

 

Monsieur le Ministre,

 

Lors de votre inter­ven­tion média­tique sur France Inter le 26 sep­tembre au matin, vous avez annon­cé être prêt à réexa­mi­ner la per­ti­nence de nombre de pro­jets auto­rou­tiers, dans un sou­ci de cohé­rence avec l’incontournable plan de tran­si­tion éco­lo­gique mis en œuvre par votre gouvernement.

Nous nous réjouis­sons que le bon sens reprenne ain­si ses droits : stop­per le déve­lop­pe­ment d’activités, de sys­tèmes et d’infrastructures des­truc­teurs de bio­topes, extrac­teurs de res­sources natu­relles et émet­teurs de CO² et autres pol­luants est une prio­ri­té abso­lue pour opti­mi­ser les coû­teuses et com­plexes opé­ra­tions d’atténuation et d’adaptation por­tées par l’économie et la société.

Le pro­jet d’autoroute A154-A120 envi­sa­gé sur notre dépar­te­ment d’Eure-et-Loir relève de tous les cri­tères jus­ti­fiant de son abandon :

  • Artificialisation de 660 hec­tares de terres agri­coles (dont une grande part des der­nières prai­ries de poly­cul­ture-éle­vage du bas­sin char­train) à l’heure ou les dérè­gle­ments cli­ma­tique et géo­po­li­tique menacent la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire natio­nale et à contre-cou­rant des orien­ta­tions de la loi Climat et Résilience
  • Suppression de 90 hec­tares de bois et forêts, soit la dis­pa­ri­tion de cen­taines de mil­liers d’arbres matures, indis­pen­sables alliés de notre lutte cli­ma­tique et la pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té. Les replan­ta­tions, si elles sur­vivent aux séche­resses à venir, ne ren­dront ces ser­vices éco­sys­té­miques que dans cin­quante années au mieux !
  • L’enclavement de nom­breuses TPE/PME qui seront pri­vées d’un axe rou­tier struc­tu­rant de proxi­mi­té suite à l’annexion de la RN 154 par le projet.
  • Perte de sécu­ri­té et de tran­quilli­té dans les bourgs et vil­lages qui seront tra­ver­sés par les iti­né­raires de sub­sti­tu­tion emprun­tés par le tran­sit local de report.
  • Fort impact social pour les tra­vailleurs et tra­vailleuses dont le péage du tra­jet Chartres-Dreux pèse­ra pour près d’un mois de SMIC par an
  • Risque de dégra­da­tion de la res­source en eau potable des agglo­mé­ra­tions char­traine et drouaise, déjà à la limite de la situa­tion de crise lors des périodes de sécheresse
  • Impact pay­sa­ger dans les val­lées de l’Eure et de la Blaise et contra­dic­toire avec la direc­tive pay­sa­gère des cônes de vues sur la cathé­drale de Chartres, patri­moine mon­dial de l’UNESCO.

La Déclaration d’Utilité Publique sur laquelle s’appuie la pro­cé­dure d’appel d’offres en cours date de juillet 2018 et se fonde sur une étude d’impact publiée en 2015 exploi­tant des don­nées sou­vent anté­rieures à 2010 ! Depuis cette date, les pré­vi­sions les plus pes­si­mistes émises par le GIEC ont toutes été dépas­sées : il est urgent d’en recon­si­dé­rer les conclu­sions à la lumière de cet embal­le­ment du dérè­gle­ment cli­ma­tique asso­cié à l’effondrement accé­lé­ré de la biodiversité !

Les pro­mo­teurs du pro­jet auto­rou­tier se réclament de l’unanimité des élus locaux et de la popu­la­tion euré­lienne. Cette der­nière com­prend pour­tant beau­coup de mécon­tents repré­sen­tés par de nom­breuses asso­cia­tions locales réunies en col­lec­tif depuis 2022. Du côté des élus, les signa­taires du pré­sent cour­rier démontrent qu’une autre voix démo­cra­tique s’exprime. De nom­breux maires des com­munes impac­tées par le pro­jet par­tagent le même sen­ti­ment de rejet mais refusent d’apposer leur nom « au bas d’un par­che­min », de peur des mesures de rétor­sion sus­cep­tibles d’être prises par les exé­cu­tifs du dépar­te­ment ou des inter­com­mu­na­li­tés qui sou­tiennent en effet le projet.

Enfin, ce pro­jet n’allègera en rien les dif­fi­cul­tés de des­serte locale et de contour­ne­ment de l’agglomération char­traine ou d’encombrement de Saint-Rémy-sur-Avre aux­quels répond le pro­jet d’aménagement alter­na­tif MOB28 por­té par des citoyens et quatre fois moins consom­ma­teur d’espace et d’argent.

Nous espé­rons qu’à la faveur de votre réexa­men ce pro­jet d’un autre siècle per­dra le sou­tien de l’État, ce qui lais­se­ra toute la place sur notre ter­ri­toire au déploie­ment des réponses d’avenir conformes à la pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique qui doit désor­mais faire consen­sus : déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures fer­ro­viaires et des mobi­li­tés douces et actives, relo­ca­li­sa­tion de l’économie et des emplois, tran­si­tion agro-éco­lo­gique, pré­ser­va­tion et redé­ploie­ment de la biodiversité.

Dans l’attente de vous lire, veuillez, mon­sieur le Ministre, rece­voir nos salu­ta­tions républicaines.

 

Brigitte Cottereau, Quentin Guillemain, Olivier Maupu, Jacqueline Marre et Boris Provost, conseillers muni­ci­paux de Chartres

Jean-François Bridet, vice-pré­sident de la région Centre Val de Loire en charge de la biodiversité

Estelle Cochard, conseillère régio­nale du Centre Val de Loire, délé­guée à l’alimentation

Lionel Geollot, conseiller régio­nal du Centre Val de Loire, pré­sident de la com­mis­sion mobi­li­tés et transport

Stéphane Huet, maire du Boullay-Mivoye

Jean-Louis Philippe, maire de Briconville

Grégoire Bailleux, adjoint au maire de Gasville-Oisème.