A154 : ‘’Ce projet devrait perdre le soutien de l’État !’’ écrivent des élus au ministre Clément Beaune
Contrairement à ce qu’affirment les élus pro-autoroute payante, tous les Euréliens ne sont pas favorables au projet. Une dizaine d’élus ont adressé une lettre au ministre des Transports, Clément Beaune.
À l’attention de Monsieur Clément Beaune, Ministre délégué chargé de Transports
Chartres, le 11 octobre 2023.
Monsieur le Ministre,
Lors de votre intervention médiatique sur France Inter le 26 septembre au matin, vous avez annoncé être prêt à réexaminer la pertinence de nombre de projets autoroutiers, dans un souci de cohérence avec l’incontournable plan de transition écologique mis en œuvre par votre gouvernement.
Nous nous réjouissons que le bon sens reprenne ainsi ses droits : stopper le développement d’activités, de systèmes et d’infrastructures destructeurs de biotopes, extracteurs de ressources naturelles et émetteurs de CO² et autres polluants est une priorité absolue pour optimiser les coûteuses et complexes opérations d’atténuation et d’adaptation portées par l’économie et la société.
Le projet d’autoroute A154-A120 envisagé sur notre département d’Eure-et-Loir relève de tous les critères justifiant de son abandon :
- Artificialisation de 660 hectares de terres agricoles (dont une grande part des dernières prairies de polyculture-élevage du bassin chartrain) à l’heure ou les dérèglements climatique et géopolitique menacent la souveraineté alimentaire nationale et à contre-courant des orientations de la loi Climat et Résilience
- Suppression de 90 hectares de bois et forêts, soit la disparition de centaines de milliers d’arbres matures, indispensables alliés de notre lutte climatique et la préservation de la biodiversité. Les replantations, si elles survivent aux sécheresses à venir, ne rendront ces services écosystémiques que dans cinquante années au mieux !
- L’enclavement de nombreuses TPE/PME qui seront privées d’un axe routier structurant de proximité suite à l’annexion de la RN 154 par le projet.
- Perte de sécurité et de tranquillité dans les bourgs et villages qui seront traversés par les itinéraires de substitution empruntés par le transit local de report.
- Fort impact social pour les travailleurs et travailleuses dont le péage du trajet Chartres-Dreux pèsera pour près d’un mois de SMIC par an
- Risque de dégradation de la ressource en eau potable des agglomérations chartraine et drouaise, déjà à la limite de la situation de crise lors des périodes de sécheresse
- Impact paysager dans les vallées de l’Eure et de la Blaise et contradictoire avec la directive paysagère des cônes de vues sur la cathédrale de Chartres, patrimoine mondial de l’UNESCO.
La Déclaration d’Utilité Publique sur laquelle s’appuie la procédure d’appel d’offres en cours date de juillet 2018 et se fonde sur une étude d’impact publiée en 2015 exploitant des données souvent antérieures à 2010 ! Depuis cette date, les prévisions les plus pessimistes émises par le GIEC ont toutes été dépassées : il est urgent d’en reconsidérer les conclusions à la lumière de cet emballement du dérèglement climatique associé à l’effondrement accéléré de la biodiversité !
Les promoteurs du projet autoroutier se réclament de l’unanimité des élus locaux et de la population eurélienne. Cette dernière comprend pourtant beaucoup de mécontents représentés par de nombreuses associations locales réunies en collectif depuis 2022. Du côté des élus, les signataires du présent courrier démontrent qu’une autre voix démocratique s’exprime. De nombreux maires des communes impactées par le projet partagent le même sentiment de rejet mais refusent d’apposer leur nom « au bas d’un parchemin », de peur des mesures de rétorsion susceptibles d’être prises par les exécutifs du département ou des intercommunalités qui soutiennent en effet le projet.
Enfin, ce projet n’allègera en rien les difficultés de desserte locale et de contournement de l’agglomération chartraine ou d’encombrement de Saint-Rémy-sur-Avre auxquels répond le projet d’aménagement alternatif MOB28 porté par des citoyens et quatre fois moins consommateur d’espace et d’argent.
Nous espérons qu’à la faveur de votre réexamen ce projet d’un autre siècle perdra le soutien de l’État, ce qui laissera toute la place sur notre territoire au déploiement des réponses d’avenir conformes à la planification écologique qui doit désormais faire consensus : développement des infrastructures ferroviaires et des mobilités douces et actives, relocalisation de l’économie et des emplois, transition agro-écologique, préservation et redéploiement de la biodiversité.
Dans l’attente de vous lire, veuillez, monsieur le Ministre, recevoir nos salutations républicaines.
Brigitte Cottereau, Quentin Guillemain, Olivier Maupu, Jacqueline Marre et Boris Provost, conseillers municipaux de Chartres
Jean-François Bridet, vice-président de la région Centre Val de Loire en charge de la biodiversité
Estelle Cochard, conseillère régionale du Centre Val de Loire, déléguée à l’alimentation
Lionel Geollot, conseiller régional du Centre Val de Loire, président de la commission mobilités et transport
Stéphane Huet, maire du Boullay-Mivoye
Jean-Louis Philippe, maire de Briconville
Grégoire Bailleux, adjoint au maire de Gasville-Oisème.

