La Noire de…” occasion d’un rappel de la longue histoire coloniale française

À l’initiative du col­lec­tif AERéSP et du groupe de Chartres d’Amnesty International la ver­sion res­tau­rée du film La Noire de… a été pro­je­tée devant une cin­quan­taine de spec­ta­teurs et spec­ta­trices qui, pour beau­coup, le décou­vraient. Ce pre­mier film de fic­tion afri­cain relate le vie, au début des années 1960, d’une jeune femme séné­ga­laise employée par des Français à Dakar comme baby-sit­ter, puis embar­quée pour deve­nir gou­ver­nante en France.

Ousmane Sembène, le ‘’pre­mier’’ cinéaste de fic­tion africain

Ce pre­mier long métrage, prix Jean-Vigo, a été tour­né en noir et blanc en 1966 par Ousmane Sembène. L’action se déroule donc à Dakar et en France, sur la Côte d’Azur. Le réa­li­sa­teur (1923–2007) est recon­nu comme un puis­sant cinéaste s’inspirant des tra­di­tions nar­ra­tives afri­caines et s’adressant au public africain.

Berlin Conference to divide Africa between the European powers, 1885

Le par­tage de l’Afrique à la confé­rence de Berlin, 1885

La dis­cus­sion d’après film a don­né l’occasion à Pierrick Giraudon, pro­fes­seur d’Histoire en région char­traine, de bros­ser à grands traits l’histoire colo­niale française.

Mais, il note d’abord des sym­bo­liques. Par exemple, le rêve d’intégration à la socié­té fran­çaise repré­sen­té par le choix du vête­ment blanc que l’on peut rap­pro­cher de la rec­ti­tude et de la blan­cheur des immeubles. La dés­illu­sion qui suit s’accompagne au contraire de tenues tra­di­tion­nelles plus fon­cées et à motifs.

Le par­tage de l’Afrique entre les puis­sances européennes

L’accent est mis sur la pré­sen­ta­tion de la longue his­toire de l’accaparement des terres les plus riches. Au 19e siècle com­mence une vague de colo­ni­sa­tion très vio­lente où la classe bour­geoise, un des deux piliers de la colo­ni­sa­tion, acca­pare les pro­duits rares et, en contre­par­tie, déverse ses sur­plus sur l’Afrique. En 1885, c’est le par­tage de l’Afrique orga­ni­sé par Bismarck (confé­rence de Berlin), décou­page géo­gra­phique qui amène la France à acqué­rir des pays d’est en ouest.

Résistances à la colonisation

Il est impor­tant de com­prendre que le mou­ve­ment de colo­ni­sa­tion a ren­con­tré des rébel­lions. Les deux volets ont tou­jours été liés. On pour­rait dire que la colo­ni­sa­tion s’accompagne de mou­ve­ments de décolonisation.

Dans le milieu intel­lec­tuel euro­péen aus­si des résis­tances se sont déve­lop­pées depuis les années 1930 avec la notion d’’’Histoire à parts égales’’. Ce nou­veau cou­rant de pen­sée met en pra­tique la recherche des sources afin de mettre en paral­lèle des sources diverses pour échap­per à ‘’l’histoire métro­po­li­taine’’.

Vers l’effondrement final du (néo-) colonialisme ?

Patrouille française à Orléansville en 1957

Patrouille fran­çaise à Orléansville (Algérie) en 1957

La déco­lo­ni­sa­tion avec envoi de troupes pour s’y oppo­ser, de 1945 à 1970, est la plus longue guerre fran­çaise du XXème siècle. Et l’actualité que connaît notre pays (rejet des troupes fran­çaises de plu­sieurs pays afri­cains) nous montre que l’effondrement est en voie d’achèvement.

Difficultés à se confron­ter à la réa­li­té de la colonisation

L’intervenant fait remar­quer que la France (comme le Japon) n’a pas de musée sur la colo­ni­sa­tion et trop peu de cher­cheurs en France encore à l’heure actuelle sur ce thème. De plus, de nom­breux dos­siers ne sont pas encore déclas­si­fiés. La véri­té his­to­rique passe par l’écoute des témoins et de leurs des­cen­dants, ques­tion urgente à prendre au sérieux.

Pierrick Giraudon ter­mine par un paral­lèle entre les époques en citant les théo­ries encore déve­lop­pées dans la période que nous vivons : l’ ‘’ensau­va­ge­ment’’, le défaut d’ ‘’accli­ma­ta­tion’’, la notion de ‘’quo­tas’’…

Des ques­tions ont per­mis de faire connaître des témoi­gnages et des analyses

Le masque, objet cultuel que les Européens du film ne com­prennent pas, ont évo­qué à cer­tains spec­ta­teurs les objets du Quai Branly qui ont été jugés empi­lés plus que pré­sen­tés. Avis cri­tique aus­si concer­nant les emprunts à l’art nègre des artistes comme Picasso et les Surréalistes.

D’autres remarques ont abor­dé la ques­tion de l’exploitation des matières pre­mières des pays ‘’post-colo­niaux’’, tou­jours sous-tari­fées, contre l’argent four­ni par les pays et les entre­prises actuelles accom­pa­gné d’exigences en matière de privatisations.

La soi­rée s’est ter­mi­née par un verre de l’amitié offert par les deux associations.