Châteaudun : Les ravages de l’agent orange de la guerre du Vietnam

Châteaudun 01-03-2025 Fête du Têt Vietnam Le Dragon devant la Médiathèque

Le Dragon devant la Médiathèque

Le Comité d’Eure-et-Loir de l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne, en par­te­na­riat avec la Ville de Châteaudun, a orga­ni­sé, du 28 février au 2 mars, divers évè­ne­ments à l’occasion de la Fête du Têt (Nouvel An viet­na­mien) : expo­si­tions pho­to, film, cho­rale, arts mar­tiaux, déam­bu­la­tion du dra­gon et conférences.

Alain Bonnet rem­place Tran To Nga

Nous avons rete­nu la confé­rence sur l’agent orange, cet her­bi­cide conte­nant de la dioxine,  et le com­bat de Tran To Nga pour faire recon­naître la res­pon­sa­bi­li­té amé­ri­caine dans l’écocide per­pé­tré au Vietnam par les États-Unis lors de la guerre qui s’est ache­vée par leur défaite en 1975.

Tran To Nga, pré­vue pour assu­rer cette confé­rence,  bles­sée à la jambe lors d’un acci­dent de moto au Vietnam, n’a pas pu être pré­sente mais a salué les participant·e·s par téléphone.

Écoutez son mes­sage [mon­tez le son de votre ordi­na­teur au maximum] :

C’est Alain Bonnet, secré­taire géné­ral du Comité natio­nal fran­çais du Village de l’amitié de Van Canh, qui a assu­ré la tâche au pied levé.

Nombreuses vic­times de la dioxine

Il faut d’abord rap­pe­ler que l’agent orange1 est un puis­sant défo­liant dont 80 mil­lions de litres ont été déver­sés sur le Vietnam par l’armée éta­su­nienne entre 1964 et 1975. Le but : anéan­tir la forêt où se réfu­giaient les com­bat­tants viet­congs et détruire les récoltes. Au total, entre 2,1 et 4,8 mil­lions de Vietnamien·ne·s ont été direc­te­ment exposé·e·s et des enfants conti­nuent de naître avec des mal­for­ma­tions 53 ans plus tard.

Châteaudun 01-03-2025 Agent orange Alain Bonnet

Alain Bonnet

Alain Bonnet pré­cise : « l’agent orange a été stop­pé en 1971, les Américains se sont aper­çus des effets du pro­duit sur leurs propres sol­dats. Beaucoup de GI qui pro­cé­daient aux épan­dages ont été tou­chés par les effets de l’agent orange. L’amiral Zumwalt dont un des fils est mort d’un can­cer a recon­nu com­plè­te­ment la res­pon­sa­bi­li­té de l’armée américaine. »

L’orateur indique qu’« il y a encore aujourd’hui des zones où le taux de dioxine est encore très très éle­vé, ce sont les endroits où il y avait les bases amé­ri­caines où ils sto­ckaient les fûts d’agent orange. » Il cite l’ex-base de Da Nang qui n’est pas encore décon­ta­mi­née (opé­ra­tion très coû­teuse) et ajoute « pour Bien Hoa, c’est une situa­tion dra­ma­tique, c’est une zone où il y a beau­coup de lacs et la popu­la­tion se bai­gnait et uti­li­sait l’eau qui était com­plè­te­ment polluée. »

Alain Bonnet remarque que « les Vietnamiens n’ont jamais tou­ché aucune indem­ni­té de leurs pré­ju­dices qui sont tel­le­ment immenses. Pourtant en 2004, l’organisation VAVA qui repré­sen­tait les vic­times de l’agent orange a enta­mé une pro­cé­dure contre les com­pa­gnies chi­miques amé­ri­caines (Monsanto, Daw Chemical…). Elle a été déboutée. »

Le long com­bat de Tran To Nga

Châteaudun 01-03-2025 Gilbert Tenèze, Alain Bonnet, Jean-marie Loury, Michel Daviet

Gilbert Tenèze, Alain Bonnet, Jean-Marie Loury, Michel Daviet

Pourquoi Tran To Nga est-elle la figure d’un nou­veau pro­cès ? « La seule pos­si­bi­li­té pour que les vic­times viet­na­miennes soient un jour enten­dues et obtiennent peut-être une indem­ni­sa­tion était que Tran To Nga intente un pro­cès. C’est la seule per­sonne qui pou­vait enga­ger un pro­cès contre les com­pa­gnies chi­miques parce qu’elle est viet­na­mienne ET fran­çaise, elle a eu des pré­ju­dices au Vietnam, ceux qui ont cau­sés les pré­ju­dices sont des com­pa­gnies amé­ri­caines » explique Alain Bonnet. Cela en ver­tu d’une loi réac­ti­vée par François Hollande. Mais, « même si elle est défen­due de manière gra­cieuse par le cabi­net Bourdon, c’est un pro­cès qui coûte énor­mé­ment cher (assi­gna­tions à 14 entre­prises chi­miques, tra­duc­tion de tous les nom­breux docu­ments par tra­duc­teurs asser­men­tés…) . » Durant la pro­cé­dure, « les avo­cats des com­pa­gnies n’ont pas ces­sé de dif­fé­rer les audiences, d’avoir des mesures dila­toires. » La demande de Tran To Nga é été jugée comme irre­ce­vable [y com­pris en appel] car ‘’les com­pa­gnies chi­miques béné­fi­ciaient d’une immu­ni­té car elles étaient obli­gées de rem­plir une obli­ga­tion de sou­ve­rai­ne­té liée à un enga­ge­ment mili­taire.’’   Au contraire, Me Bourdon estime  que « les com­pa­gnies avaient toute facul­té non seule­ment de ne pas exé­cu­ter le contrat qui était un contrat com­mer­cial mais en plus de ne pas pro­duire des her­bi­cides qui conte­naient des pro­duits d’une dan­ge­ro­si­té extra­or­di­naire. » Aujourd’hui, Tan To Nga et ses avo­cats se sont pour­vus en cas­sa­tion mais le pro­cès à venir « ne porte que sur une affaire de droit. » C’est cepen­dant très impor­tant car le cabi­net Bourdon pense qu’il est pos­sible de faire évo­luer la juris­pru­dence « dans un sens d’élargissement de la res­pon­sa­bi­li­té des com­pa­gnies qui pro­duisent des pro­duits mor­ti­fères » et Alain Bonnet conclut : « Le com­bat de Tran To Nga conti­nue mais elle a besoin de sou­tien, notam­ment finan­cier ! »

Mêmes fabri­cants, même combat

Châteaudun 01-03-2025 Maÿlis Perche présente l'association PAX

Maÿlis Perche pré­sente l’as­so­cia­tion PAX

Lors de cette même confé­rence, il a été rap­pe­lé que les com­pa­gnies chi­miques, au pre­mier rang Monsanto-Bayer,  conti­nuent de four­nir des pro­duits d’épandage dan­ge­reux pour les agri­cul­teurs, les rive­rains et les consom­ma­teurs. Michel Daviet a appor­té son témoi­gnage de vic­time et Jean-Marie Loury, ani­ma­teur du col­lec­tif euré­lien Pesticides en ques­tion a sou­li­gné la conver­gence du com­bat avec celui de Tran To Nga et annon­cé la séance du docu­men­taire Il ne faut pas que nos enfants conti­nuent ce truc-là ! au CinéParadis de Chartres le 6 mars.

Maÿlis Perche a aus­si pré­sen­té l’as­so­cia­tion PAX-Poussière de vie qui col­lecte des bou­chons en plas­tique pour venir en aide aux enfants des rues au Vietnam.

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  1. On l’appelle agent orange parce que les fûts le conte­nant por­taient une bande orange.