Châteaudun : Les ravages de l’agent orange de la guerre du Vietnam
Le Comité d’Eure-et-Loir de l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne, en partenariat avec la Ville de Châteaudun, a organisé, du 28 février au 2 mars, divers évènements à l’occasion de la Fête du Têt (Nouvel An vietnamien) : expositions photo, film, chorale, arts martiaux, déambulation du dragon et conférences.
Alain Bonnet remplace Tran To Nga
Nous avons retenu la conférence sur l’agent orange, cet herbicide contenant de la dioxine, et le combat de Tran To Nga pour faire reconnaître la responsabilité américaine dans l’écocide perpétré au Vietnam par les États-Unis lors de la guerre qui s’est achevée par leur défaite en 1975.
Tran To Nga, prévue pour assurer cette conférence, blessée à la jambe lors d’un accident de moto au Vietnam, n’a pas pu être présente mais a salué les participant·e·s par téléphone.
Écoutez son message [montez le son de votre ordinateur au maximum] :
C’est Alain Bonnet, secrétaire général du Comité national français du Village de l’amitié de Van Canh, qui a assuré la tâche au pied levé.
Nombreuses victimes de la dioxine
Il faut d’abord rappeler que l’agent orange1 est un puissant défoliant dont 80 millions de litres ont été déversés sur le Vietnam par l’armée étasunienne entre 1964 et 1975. Le but : anéantir la forêt où se réfugiaient les combattants vietcongs et détruire les récoltes. Au total, entre 2,1 et 4,8 millions de Vietnamien·ne·s ont été directement exposé·e·s et des enfants continuent de naître avec des malformations 53 ans plus tard.
Alain Bonnet précise : « l’agent orange a été stoppé en 1971, les Américains se sont aperçus des effets du produit sur leurs propres soldats. Beaucoup de GI qui procédaient aux épandages ont été touchés par les effets de l’agent orange. L’amiral Zumwalt dont un des fils est mort d’un cancer a reconnu complètement la responsabilité de l’armée américaine. »
L’orateur indique qu’« il y a encore aujourd’hui des zones où le taux de dioxine est encore très très élevé, ce sont les endroits où il y avait les bases américaines où ils stockaient les fûts d’agent orange. » Il cite l’ex-base de Da Nang qui n’est pas encore décontaminée (opération très coûteuse) et ajoute « pour Bien Hoa, c’est une situation dramatique, c’est une zone où il y a beaucoup de lacs et la population se baignait et utilisait l’eau qui était complètement polluée. »
Alain Bonnet remarque que « les Vietnamiens n’ont jamais touché aucune indemnité de leurs préjudices qui sont tellement immenses. Pourtant en 2004, l’organisation VAVA qui représentait les victimes de l’agent orange a entamé une procédure contre les compagnies chimiques américaines (Monsanto, Daw Chemical…). Elle a été déboutée. »
Le long combat de Tran To Nga
Pourquoi Tran To Nga est-elle la figure d’un nouveau procès ? « La seule possibilité pour que les victimes vietnamiennes soient un jour entendues et obtiennent peut-être une indemnisation était que Tran To Nga intente un procès. C’est la seule personne qui pouvait engager un procès contre les compagnies chimiques parce qu’elle est vietnamienne ET française, elle a eu des préjudices au Vietnam, ceux qui ont causés les préjudices sont des compagnies américaines » explique Alain Bonnet. Cela en vertu d’une loi réactivée par François Hollande. Mais, « même si elle est défendue de manière gracieuse par le cabinet Bourdon, c’est un procès qui coûte énormément cher (assignations à 14 entreprises chimiques, traduction de tous les nombreux documents par traducteurs assermentés…) . » Durant la procédure, « les avocats des compagnies n’ont pas cessé de différer les audiences, d’avoir des mesures dilatoires. » La demande de Tran To Nga é été jugée comme irrecevable [y compris en appel] car ‘’les compagnies chimiques bénéficiaient d’une immunité car elles étaient obligées de remplir une obligation de souveraineté liée à un engagement militaire.’’ Au contraire, Me Bourdon estime que « les compagnies avaient toute faculté non seulement de ne pas exécuter le contrat qui était un contrat commercial mais en plus de ne pas produire des herbicides qui contenaient des produits d’une dangerosité extraordinaire. » Aujourd’hui, Tan To Nga et ses avocats se sont pourvus en cassation mais le procès à venir « ne porte que sur une affaire de droit. » C’est cependant très important car le cabinet Bourdon pense qu’il est possible de faire évoluer la jurisprudence « dans un sens d’élargissement de la responsabilité des compagnies qui produisent des produits mortifères » et Alain Bonnet conclut : « Le combat de Tran To Nga continue mais elle a besoin de soutien, notamment financier ! »
Mêmes fabricants, même combat
Lors de cette même conférence, il a été rappelé que les compagnies chimiques, au premier rang Monsanto-Bayer, continuent de fournir des produits d’épandage dangereux pour les agriculteurs, les riverains et les consommateurs. Michel Daviet a apporté son témoignage de victime et Jean-Marie Loury, animateur du collectif eurélien Pesticides en question a souligné la convergence du combat avec celui de Tran To Nga et annoncé la séance du documentaire Il ne faut pas que nos enfants continuent ce truc-là ! au CinéParadis de Chartres le 6 mars.
Maÿlis Perche a aussi présenté l’association PAX-Poussière de vie qui collecte des bouchons en plastique pour venir en aide aux enfants des rues au Vietnam.
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- On l’appelle agent orange parce que les fûts le contenant portaient une bande orange.




