Voici le communiqué publié par l’Atelier à spectacle occupé. Il appelle à une agora des luttes le 29 mai à 11 h. devant l’Atelier et, dans la foulée, à participer à la Ramdamarche de l’après-midi.
La pétition nationale Je soutiens les lieux occupés et leurs revendications est à signer ici.
Ci-dessous la réaction des sites occupés suite à la réunion du Conseil National des Professions du Spectacle (en fin de mail) :
Les annonces du gouvernement, du mardi 11 mai, à la sortie de la réunion du Conseil National des Professions du Spectacle (CNPS) tant attendues… n’ont pas apaisé notre colère… bien au contraire !!!
Pour comprendre pourquoi ces annonces ne sont pas satisfaisantes pour le mouvement national des occupations d’une centaine de lieux en France, il faut revenir un peu en arrière.
Lors de son allocution du 6 mai 2020, Mr Macron, Président de la République Française, a annoncé qu’il souhaitait soutenir le secteur culturel et particulièrement les salarié·es dont il avait entendu les grandes inquiétudes. Il faisait le constat que la pandémie et le confinement avait mis totalement à l’arrêt l’activité du secteur. Il partait donc du principe que les salarié·es intermittentes et intermittents du spectacle ne pourraient pas re-travailler avant septembre 2020. Il a défini une « Période d’Impossibilité de travailler » (PIT) du 15 mars 2020 au 1er septembre 2020. Et a donc décidé de mettre en place la fameuse « année blanche » du 1er septembre 2020 au 31 août 2021 pour les salarié·es intermittentes et intermittents du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel.
Dès ce moment-là une vague d’indignation s’est levée réclamant les mêmes droits pour les 2,5 millions de travailleuses et de travailleurs à emplois discontinus (et pas seulement pour les 122 000 d’entre eux inscrits aux annexes 8 et 10, dits « intermittents du spectacle »). Cette revendication n’est, à ce jour, toujours pas entendue ! Et puis, l’activité du secteur culturel, et particulièrement du spectacle vivant, n’a toujours pas repris (ou si peu…) à ce jour !
Nous pensons donc que nous sommes toujours dans cette « Période d’Impossibilité de travailler », et estimons que la demande d’une prolongation de « l’année blanche », tant que la reprise n’est pas effective, est donc légitime. Nous sommes quasiment dans la même situation que le 6 mai 2020 et les mots prononcés par le Président de la République devraient donc être toujours d’actualité. L’annonce d’une prolongation jusqu’au 31 décembre 2021 (4 mois supplémentaires), est donc insuffisante. Elle se fonde sur l’idée que l’activité du secteur va reprendre dès le 19 mai 2021 (date de la réouverture des lieux) et être « normale » au plus tard fin décembre 2021.
Nous, les salarié·es, artistes, techniciennes et techniciens du spectacle vivant, savons que ça ne sera malheureusement pas le cas. Les professionnel.les du secteur estiment qu’il faudra une saison et demie (18 mois) minimum, pour parvenir à un retour des activités au même niveau qu’avant la crise pour toutes et tous. Pourquoi ? Et bien c’est assez simple. Voilà presqu’un an et demi que les spectacles n’ont quasiment pas lieux et que les salariés ne peuvent pas travailler (sauf pour certains en répétition). A partir du 19 mai, des milliers de spectacles, qui n’ont pas pu être joués pendant toute cette période, vont se ruer sur les possibilités de diffusions. Ceux qui ont été reportés vont vouloir jouer, ceux qui avaient été créé juste avant la crise et ceux qui ont été créé pendant la crise vont tous avoir besoin d’être vus. Il n’y aura pas « la place » pour tout le monde ! C’est comme un
entonnoir ! Il faudra du temps pour retrouver le niveau d’activité pour toutes et tous… sans doute pas avant septembre 2022 et peut-être même au-delà !
Sans compter que bon nombre de lieux n’ouvriront pas ou ne pourront pas ouvrir le 19 mai, que certains spectacles ne pourront pas jouer avec des jauges réduites, que les festivals de cet été seront, au mieux très réduits, au pire déjà annulés,… car ça ne sera pas viable financièrement. L’annonce de la réouverture des lieux n’est donc pas synonyme de reprise pour un très grand nombre d’entre nous ! Sauf, si on « élargit l’entonnoir » en démultipliant les « lieux », le nombre de diffusions possibles (plus de représentations dans les lieux existants, plus de « lieux » de diffusions,…) et un vrai plan de relance.
Et pour cela il faudrait un plan massif de soutien à l’emploi (ce que nous réclamons depuis le début). Mais l’annonce de 30 millions d’euros supplémentaires est une « goutte d’eau dans l’océan ». Pour avoir une idée de ce que cela représente, sachant que nous sommes environ 75 000 salarié·es intermittentes et intermittents du spectacle vivant ; divisons 30 millions par 75 000 personnes, alors nous arrivons à une « enveloppe » de 400 € par personne. Ou si l’on compare les 500 millions de baisse de la masse salariale du secteur, entre 2019 et 2020, il est simple de
comprendre que 30 millions ne suffiront pas ! Et ne parlons pas de la baisse des allocations chômage pour 35 % d’entre nous, (les plus précaires évidements) annoncés par l’UNEDIC et les syndicats depuis des mois… avec ou sans prolongation de l’année blanche ; ni du refus d’entendre notre première et principale revendication : le retrait pur, simple et définitif de la réforme de l’assurance chômage !
Que dire du silence assourdissant sur la revendication d’un soutien aux caisses sociales du secteur (formation, congés payés, médecine du travail, …) qui, du fait de l’arrêt de l’activité, se sont vidées pendant toute cette période (pas de salaire, donc pas de cotisations sociales).
Et comment admettre et ne pas ressentir de la colère lorsque l’on nous annonce que les ministères ont entendus les intermittentes et intermittents du spectacle pour les congés maternités et maladies… mais pas les autres salarié·es intermittentes et intermittents de l’emploi, avec qui nous occupons les lieux, partout en France, depuis le 1er jour. Doit-on comprendre que, pour ce gouvernement, une femme qui demande un congé maternité en septembre 2020, selon qu’elle joue de la trompette ou fait des repas sur des festivals, n’a pas les mêmes droits ? Elles ont pourtant toutes les deux un métier qui, par nature, est discontinu, c’est-à-dire qu’elles ont toutes les deux, obligatoirement, des jours travaillés et des jours chômés toute l’année (oui, il n’y a pas des concerts tous les jours, ni des festivals toute l’année !).
Ou bien est-ce une tentative de « diviser pour mieux régner » ?!
Et ne parlons pas des annonces pour la jeunesse, qui sont cyniquement inefficaces et ne tiennent pas compte de la réalité du secteur. Rester sourdes, à ce point, aux « cris de détresse » des jeunes (précaires et étudiantes et étudiants) et aux
revendications du Communiqué national de la jeunesse du spectacle vivant du 30 mars 2021, laisse sans voix !
C’est pour toutes ces raisons que le mouvement national des occupations ne s’arrête pas et continu de revendiquer haut et fort le retrait de la réforme chômage et des nouveaux droits pour toutes et tous (salariés intermittentes et intermittents de l’emploi, du spectacle ou pas).
Et pour finir, encore une chose :
Dire, comme le fait Elisabeth Borne, Ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, que « ces nouvelles mesures permettront à chacun de participer à la reprise des activités sans s’inquiéter du lendemain», c’est bien mal connaître la réalité de notre secteur. Si nous laissons faire, c’est sans doute des milliers d’entre nous qui risquent de ne plus pouvoir exercer leur métier. Nous serons alors contraint d’en changer (la mort dans l’âme)… il faut bien vivre !
C’est donc tout un maillage culturel des territoires qui sombrera dans la «pauvreté». Car ce sont, la plupart du temps, les « petites compagnies » (souvent fragiles) qui se produisent dans les écoles, collèges et lycées, les maisons de quartiers, les maisons de retraites, les prisons, … les petites communes rurales,…, les bars, les rues, les « petits lieux »… Sans nous le spectacle vivant, la création, les rencontres et les échanges, dont nous allons, toutes et tous, avoir tant besoin dans les mois qui viennent, vont s’appauvrir.
Alors, vous, public, jeunes et moins jeunes, vivants à la campagne ou à la ville, dans les quartiers ou en centre-ville …, partout sur le territoire, vous, pour qui nous travaillons, que vous restera-t-il ?
Souvenons-nous, que le spectacle vivant, comme l’affirmait Jean Vilar à propos du théâtre, est « une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin… et est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité. »