Les photos au fil du Convoi de l’eau
Le Convoi de l’Eau qui doit rallier Orléans et l’Agence régionale de l’Eau Loire-Bretagne (le 25 août) puis Paris (le 26) est parti le 18 de Sainte-Soline.
Nous relayons sur ce fil les différentes étapes grâce aux photos diffusées par les organisateurs que nous remercions.
Dans ce fil, on trouvera les plus récentes photos vers le haut de la colonne, les plus anciennes vers le bas.
Plus d’informations sur les motifs et les modalités de ce convoi dans nos précédents articles :
Publié le 27-08-2023 à 09 h. 28
La manifestation à Paris, le 26 août
Publié le 27-08-2023 à 09 h. 24
La délégation a quitté l’Agence de l’Eau au matin du 26 août sur un engagement à continuer la lutte contre les mégabassines
Après une nuit à l’intérieur de l’agence de l’eau, la délégation du mouvement anti-bassines vient de sortir du bâtiment devant lequel a été déployé une banderole géante ” bâche par bâche, grille par grille, nous démonterons toutes les bassines !”, slogan repris en chœur par la foule. Une grille de l’agence a été démontée pour dénoncer la pose de grille en vue un nouveau chantier de méga-basines à Priaires dans les Deux-Sèvres
Nous avons entendu de la bouche de la préfète, et c’est une première avancée obtenue par nos batailles, que les 10 bassines en projet dans les Deux-Sèvres qui n’étaient pas encore financées pourraient être remises en cause. Néanmoins, nous avons aussi acté, que le gouvernement refusait d’offrir les base d’un dialogue réel puisqu’il ne suspend pour l’instant pas la construction des 5 bassines déjà financées. Provocation ultime, nous avons donc appris pendant le rendez-vous qu’un nouveau chantier de méga-bassines venait de démarrer.
❌ Puisque ce gouvernement refuse de mettre en œuvre un moratoire, nous devrons le faire nous-même par de prochaines actions massives pour arrêter directement les chantiers.
❌ Puisque nous avons malheureusement dû constater l’agence de l’eau est incapable de la protéger, nous repartons agir sur le terrain.
Le convoi de l’eau est ensuite reparti d’Orléans, après deux jours d’occupation complète du boulevard. Une délégation importante de cyclistes sera au rendez-vous donné à 12h sur le Champs-de-Mars à Paris après qu’une centaine d’entre elleux aient roulé une partie de la nuit pour y arriver.
Publié le 27-08-2023 à 08 h. 55
Campement devant l’Agence de l’Eau et ”négociations” avec la Préfète Brocas
(25–26 août)
Lire notre reportage sur place
Publié le 24-08-2023 à 23 h. 08
La septième étape (24 août)
Blois — Orléans
Camp surprise devant l’Agence de l’Eau à Orléans !
Nous appelons à être rejoint.es dès ce soir, jeudi 24/08, par les soutiens locaux sur ce campement établi sur l’avenue Bouffon juste devant l’agence.
Grand rassemblement ce vendredi à 12h sur les bords de la Loire au niveau du Pont Royal pour les rejoindre en manif à vélo.
Ce jeudi 24 août à 17h, le Convoi de l’eau a décidé de dévier de son parcours pour aller rencontrer les salarié.es de l’agence de l’eau Loire Bretagne, située dans le quartier de la Source à Orléans, avant le rassemblement de demain. Nous avons alors décidé d’installer un grand campement surprise devant l’agence avec tentes, tracteurs, cantines, et vélos pour marquer notre détermination à obtenir ici un moratoire immédiat sur les méga-bassines alors que de nouveaux chantiers menacent de démarrer dans les Deux-Sèvres.
Nous avons parcouru des centaines de kilomètres depuis Sainte-Soline à 800 cyclistes et 20 tracteurs pour arriver jusque là. Partout sur son passage, le convoi a été accueilli et applaudi par des habitant.es, des élu.es des Deux-Sèvres, de la Vienne, de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et du Cher, plus qu’inquièt.es pour la préservation des ressources en eau de leurs territoires. Depuis plusieurs jours, des contacts ont été pris en vue d’un rendez-vous avec la nouvelle préfète et le conseil d’administration de l’agence de l’eau. M.Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne, a accepté de nous y recevoir demain à 11h. La préfète a d’ores et déjà rendu public dans la presse locale qu’elle serait prête à nous y accueillir demain à 15h.
Depuis septembre 2021, BNM, la Confédération Paysanne et les Soulèvements de la Terre exigent la même chose : un moratoire sur les projets de méga-bassines. Contre le modèle bassines, nous luttons pour des formes d’usage et de partage qui empêchent l’accaparement de ce commun vital qu’est l’eau.
Si nous campons aujourd’hui c’est pour plusieurs raisons :
– Ce gouvernement n’a aucune culture du dialogue. Nous refusons de nous livrer à une mascarade de négociation-concertation. De la Convention climat aux rendez-vous avec l’intersyndicale sur la réforme des retraites, nous avons soupé de ces simulacres de démocratie. Nous ne sommes pas venu-e‑s pour être poliment écouté-es et éconduit-es, mais pour être entendu-es.
– La préfète Brocas, tout fraîchement affectée au département du Loiret (suite à la mise en examen de la précédente préfète Engstrom) accepte de nous recevoir. Mais « en même temps », le panneau de permis de construire est déposé à Priaires. Cela signifie un démarrage imminent d’un nouveau chantier de bassine. A Sainte Soline, les travaux de sécurisation sont annonciateurs de la plastification et de la pose de la bâche en vue du remplissage cet hiver. Nous le redisons ici : la suspension immédiate de l’ensemble des travaux de méga-bassines a minima à l’échelle du bassin Loire Bretagne est la condition sine qua non à l’ouverture d’un dialogue.
– Nous savons que nombre de celles et ceux qui travaillent au sein de l’agence de l’eau, qu’iels soient membres du Conseil d’administration ou simples salarié-es, partagent nos convictions. Nous voulons les rencontrer et tisser avec elles et eux des alliances dans la perspective d’une véritable reprise en main de l’eau par les habitant-e‑s et les paysan-n-e‑s des bassins versants.
Pour nous un « moratoire » est un véritable processus de dialogue, cela signifie aucun démarrage de nouvel ouvrage, ni sur la zone couverte par l’AELB, ni sur le territoire national, et le gel de tous les financements publics des projets, en particulier alloués par l’AELB.
– jusqu’à l’épuisement des recours administratifs engagés,
– jusqu’à l’établissement d’un nouveau diagnostic scientifique indépendant qui prenne en compte les effets du changement climatique, ainsi qu’une prise en compte des études HMUC
– la prise en compte des propositions constructives portées par les organisations paysannes et les associations environnementales pour un partage réel de l’eau et un appui à un modèle agricole qui la protège plutôt que de l’accaparer.
Maintenir la pression.
C’est pour cela que nous avons établi un campement devant l’agence de l’eau. Nous l’annonçons d’ores et déjà : si nous ne sortons pas de ce rendez-vous avec l’annonce d’une suspension des travaux de bassines, nous prolongerons le campement et resterons sur place pour marquer notre détermination. Et quand nous lèverons le camp, ce sera avec la certitude de se retrouver de nouveau pour résister à l’avancée des travaux là où ils seront et de nouveaux rendez-vous massifs.
En mars dernier à Sainte-Soline, le gouvernement a démontré qu’il était prêt à tuer plutôt qu’à négocier. Aujourd’hui, c’est le dialogue de la dernière chance. Le gouvernement est face à une alternative simple : suspendre les travaux, ouvrir le dialogue et sortir de la crise, ou faire de nouveau le choix de l’autorité des armes.
No Bassaran !
Publié le 23-08-2023 à 23 h. 08
La cinquième étape (22 août)
Belêtre — Lussault-sur-Loire
Ce mardi, le convoi de l’eau arrive en ville. Il faut être à l’heure pour rejoindre le rassemblement de soutien aux militant·es de Dernière Rénovation devant le palais de justice de Tours. Les 800 cyclistes et les dizaines de tracteurs quittent donc tôt la Coopérative paysanne de Belêtre et arrivent à Tours dès la fin de matinée. Les rocades qui défigurent les abords des villes sont pour une fois l’occasion d’une belle image : alors que la tête du convoi passe sous le pont d’une rocade, la suite s’étire jusque sur le pont et au-delà. Les défenseur.euses de l’eau sont partout, et entrent dans la ville sous le regard curieux des passant.es dont certain.es reprennent en coeur les slogans chantés à tue-tête sur les vélos. « De l’eau pour tous, tous pour l’eau ! ». Et près du palais de justice, de l’eau, il y en a. Les deux grandes fontaines de la place Jean-Jaurès ne sont pas envahies par les cyanobactéries, contrairement à la plupart des plans d’eaux croisés ces derniers jours. Alors de nombreux·es convoyeur.euses ne manquent pas l’occasion et profitent un moment des joies aquatiques.
Rassemblement à Tours contre la criminalisation du mouvement social et en soutien à Dernière rénovation
Vite séché.es au soleil, ils et elles écoutent les prises de parole en mangeant les succulents sandwichs foccacia-aubergine-soja. Le rassemblement dénonce la répression tous azimuts qui s’abat sur le mouvement social, des syndicalistes aux activistes de Dernière rénovation. Cette criminalisation des luttes va jusqu’à entraver la liberté de la presse, comme l’illlustre le cas de Yoan Jäger-Sthul, photojournaliste tourangeau interpellé par la SDAT et mis en examen dans « l’affaire Lafarge ». Plusieurs prises de parole mettent en avant ce cas emblématique d’une entrave à la liberté de la presse en plus de la criminalisation de l’activité syndicale. Les soulèvements de la terre s’expriment, avec l’opération de dissolution à leur encontre aujourd’hui avortée, pour affirmer à quel point la criminalisation peut parfois se retourner contre ses instigateurs, si l’insoumission se généralise, et catalyser les énergis plutôt que de les étouffer.
La foule réunie à Tours exprime aussi un immense message de soutien à La Baudrière, squat anarcha-féministe transpédégouines de Montreuil qui vient d’être expulsé malgré la résistance acharnée des habitant·es et de leurs soutiens, barricadées et perchées sur leur toit.. La police a bien choisi son moment pour fermer de force cet espace d’organisation politique ouvert à de nombreuses luttes en région parisienne : leur festival Les Digitales démarre ce jeudi 24 août et devait se tenir dans le bâtiment occupé et elles devaient accueillir une fête pour la dernière étape parisienne du convoi de l’eau. Mais la force d’organisation et la solidarité entre les lieux est plus forte que la répression : le festival aura bien lieu, hébergé en urgence par La parole errante toute proche. La soirée d’accueil du convoi de l’eau prévue samedi 26 août dans le cadre du festival Les Digitales est donc maintenue malgré l’expulsion de la Baudrière.
Quant à Dernière Rénovation, dont 5 militant·es sont jugé·es derrière les portes du palais de justice, ils et elles expriment une évidence : l’heure est grave et il est grand temps d’agir contre le réchauffement climatique. Leur stratégie est de multiplier les actions symboliques de résistance civile pour forcer les gouvernements à prendre en compte cette évidence, par exemple en engageant enfin la rénovation thermique des bâtiments existants. C’est pour ça, pour avoir formulé cette simple demande, que cinq personnes sont jugées aujourd’hui, accusées d’avoir coloré en orange (à la peinture à l’eau) la façade de la préfécture d’Indre-et-Loire en mars dernier. Les réquisitions tomberont dans l’après-midi, après que le convoi soit reparti en donnant rendez-vous le 8 septembre à Niort pour le « procès de l’eau », qui sera l’occasion de montrer une fois de plus la force d’un mouvement qui ne fait que se renforcer à chaque tentative de l’étouffer.
Dans l’après-midi, le vice-procureur réclame donc pour chaque personne de Dernière rénovation inculpée cent jours-amende à 10 €, lui qui a pourtant parlé d’une cause « tout à fait légitime et honorable ». On plaindrait presque ces procureurs qui se sentent obligés de punir des gens après avoir avoué qu’iels avaient raison.
Le convoi, quant à lui, roule vers l’Île de la Métairie où l’attend une belle rencontre avec le peuple de la Loire.
Les victoires du peuple de la Loire
Entre l’ardoise et la tuile ocre
La Loire fait le partage
Pulvérulence des rives feuillues
Les hirondelles de la lune rousse
Découpent des parts de ciel
Comme des gâteaux cassés
C’est par ce poème d’Yves Cosson que le groupe composé de militant·es de Loire Vivante, musicien·nes, paysan·nes et autres chercheur·euses, démarre sa performance politico-pédagogique. Pendant une heure, sous les arbres au bord de la plage, la musique alterne avec les récits de lutte et les poésies. Ici, les gens se sont battus, et ils ont gagné. Dans les années 1990, ils ont repoussé un projet mortifère de quatre barrages sur la Loire et impulsé un plan de sauvegarde des oiseaux migrateurs, la réappropriation du fleuve par ses riverain·es, la réduction des pollutions industrielles, et au-delà, un nouveau rapport de force durable sur les questions de l’eau. Tout ne va pas bien pour autant : l’eau de la Loire est si chaude que les saumons peinent à y survivre, l’agro-industrie déverse tant de nitrates et de pesticides que les algues prolifèrent (et les cyanobactéries, là aussi), la baignade est interdite alors qu’une baignade populaire, prudente et respectueuse de la nature a longtemps existé et pourrait renaître.
La performance se termine par une invitation à reprendre ensemble la magnifique chanson traditionnelle d’Amérique du Sud popularisée par Henri Salvador, Les voleurs d’eau
Ils détournent la rivière, là haut, là haut,
Ils se moquent de nos misères, là haut, là haut
Si la soif nous affaiblit
Et si nos sources sont taries
Tous nos troupeaux
Vont périr l’un après l’autre, là haut, là haut
Il faut sortir nos fusils, là haut, là haut,
Il faut lutter pour nos vies
Mais d’abord il nous faut parler
De l’eau, de l’eau, de l’eau
Après cette belle rencontre, un chemin était tout indiqué pour la tracto-vélo : les bords de Loire sont pourvus d’une piste autorisée uniquement aux vélos…et aux tracteurs. Voilà donc le convoi lancé le long du fleuve jusqu’à son étape du soir, à Lussault-sur-Loire, où un piano juché sur une plateforme l’attend en tracteur pour démarrer les festivités du soir dès les derniers mètres de cette belle journée de lutte.
Publié le 22-08-2023 à 22 h. 08
La quatrième étape (21 août)
Coussay-les-Bois — Belêtre
Lundi matin, le convoi s’offre quelques heures de sommeil supplémentaires en décalant le départ à 10 heures. Il faut ménager le corps pour traverser les prochaines étapes avec la même énergie débordante. Le peloton est trop occupé à goûter toutes les différentes confitures proposées au petit-dej ou à poursuivre les débats sur l’agriculture paysanne qui ont émergé suite aux projections de la veille pour s’intéresser au buzz de « La guerre du Golf » que tente de déclarer un gouvernement dont la crédibilité est définitivement enterrée.
Les 800 cyclistes s’élancent de Coussay-les-Bois en direction de la première grosse côte du parcours, avant de redescendre en chantant à travers la forêt. La pause de midi autour d’un sandwich pesto-courgettes est l’occasion de points infos dispensées au mégaphone aux plus motivé-es. Deux formations se tiennent sur le parking du plan d’eau, une sur la garde-à-vue et l’autre sur l’exercice physique avec une série de conseils sur les bonnes postures à adopter pour se prémunir des douleurs à vélo et de celles causées par la police.
Au moment de repartir, le soleil est encore haut et la canicule difficile à affronter : les dernier.es à ne pas avoir de chapeaux s’en font prêter et la roulotte-balais accueille celleux qui n’ont pas l’énergie de pédaler sous cette chaleur. Sur le trajet, des tuyaux d’arrosage d’habitant.es s’ouvrent au passage du convoi pour le rafraîchir et témoigner du large soutien populaire au convoi de l’eau.
En parallèle, hier, le lobbyiste Jean-Baptiste Moreau, ancien député et toujours membre de La République en marche, s’est fendu d’un tweet méprisant à propos du convoi :
« Les « paysans » qui les accompagnent sont indignes de porter ce nom. Ce ne sont que des idéologues qui sont incapables d’appliquer ce qu’ils théorisent n’ayant qu’un poil dans la main et des exploitations qui ne survivent que par perfusions d’aides publiques en tout genre car non viables économiquement car ne produisant à peu près rien.«
Notons tout d’abord que les paysan.nes « n’accompagnent » pas le convoi de l’eau, ils et elles en sont pleinement parties prenantes, en tracteur comme à vélo. Par ailleurs, depuis l’instauration de la PAC, les aides publiques dont on parle financent massivement l’agro-industrie plutôt que les petites et moyennes exploitations paysannes.
Le convoi fait justement étape ce lundi soir dans une ferme, qui donne à voir de quoi ces « paysans incapables » sont capables.
Comme c’est désormais la coutume, des centaines de personnes accueillent les cyclistes à l’entrée de la coopérative agricole de Belêtre [NDLR : pour plus d’information sur cette coopérative, lire l’article de Alternative et Autogestion sue nous avions relayé sur notre site en 2017]. À peine le temps de poser les vélos et d’installer les tentes, que des visites de la ferme sont proposées. A l’ombre des arbres, les cyclistes et celleux qui les ont rejoint sur cette étape écoutent les salarié.es raconter le quotidien d’une ferme biologique et paysanne en autogestion : les réunions et les plannings permettent de s’organiser pour libérer du temps à chacun.e, la machine fabriquée pour se débarrasser des doryphores, les membres de l’AMAP qui viennent cueillir le surplus de haricots verts… Cela fait bientôt dix ans que la ferme existe et elle salarie aujourd’hui 8 personnes sur 64 hectares pour produire des céréales, du pain, des plantes aromatiques et médicinales et une cinquantaine de légumes distribués en AMAP.
« Au début, on s’est regroupé.es pour ne pas s’épuiser seul.e, et c’est vrai qu’on s’épuisait un peu tou.te.s ensemble« , raconte une paysanne. « Mais petit à petit on a diminué les heures et on arrive maintenant à se payer au SMIC horaire.«
La majorité des terres sont louées à la foncière Terre de liens, plusieurs salarié.es militent à la Confédération paysanne, des machines ont été fabriquées grâce aux formations de l’Atelier Paysan, l’aménagement de mares est en réflexion avec l’association Paysans de nature… c’est tout un monde qui se donne à voir à travers l’exemple de la coopérative paysanne de Belêtre.
Alors qu’une petite équipe reprend la préparation des sandwichs du lendemain au rythme du bal trad et de tubes révolutionnaires joués par La fanfare Invisible, une des coopératrices raconte comment elle est allée informer l’ensemble de habitant.e.s du territoire de l’arrivée et des revendications du convoi de l’eau. Demain, nous quitterons à regrets ce lieu si accueillant et inspirant pour atteindre la première grosse ville de notre périple : Tours !
Publié le 21-08-2023 à 16 h. 11
La troisième étape (20 août)
Migné-Auxances — Coussay-les-Bois
Ce dimanche 20 août, nous quittons à regret le fantastique site de Migné-Auxances après les dernières baignades en sous-bois. Nous découvrons avec stupeur que dans un communiqué de la veille, la préfecture a compté 610 cyclistes au départ et 550 à l’arrivée. Nous aurions ainsi perdu 60 cyclistes en cours de route. Nous savions que la traversée de la plaine agro-industrielle avait été aride mais pas à ce point là ! Mais ce matin, nous nous sommes démultiplié et nous sommes presque 800, répartis en 4 pelotons, pour nous élancer vers la ferme usine de Coussay-les-Bois.
Le golf très vert
La pause de midi arrive rapidement. Il fait une chaleur caniculaire et le convoi compte bien profiter de la présence du lac de Saint-Cyr, à la confluence du Pallu et du Clain, pour se rafraîchir.. Mais le plan d ‘eau est envahi par les cyanobactéries. La baignade que tou·tes les cyclistes espéraient y est donc interdite. À la pause café, hors du programme officiel d’organisation du convoi, quelques dizaines de personnes prennent spontanément l’initiative d’aller se rafraîchir joyeusement sur un des points d’arrosage du golf situé juste à côté. Quelques messages revendicatifs sont laissés sur le green. Alors que les gendarmes commençaient eux-aussi à sauter par dessus les barrières pour entrer dans le golf, les militant·es soucieuses de ne pas gaspiller l’eau s’attardent pour refermer le robinet, qui leur reste dans les mains. Elles déchaînent alors l’immédiate tweeto-furie du ministre… de l’agriculture.
Celui-ci aurait pourtant pu s’avérer compréhensif, puisque la présence accrue de cyanobactéries qui cause l’interdiction d’accès à un nombre toujours croissant de plans d’eau dans le pays est une conséquence du modèle agro-industriel – en cause notamment la prolifération d’azote causée par l’épandage d’engrais de synthèse dans les sols.
Les golfs sont une source considérable de gaspillage d’eau, tout ça pour un sport et des pelouses réservés aux plus riches. L’absurdité de ces infrastructures est si évidente pour la majorité de la population que depuis plusieurs étés, divers groupes de riverain.es sont d’ailleurs allé.es y faire quelques facéties pour y prôner un partage populaire de l’eau. Visiblement, certain.es sont encore assez hydraté·es pour pleurer sur quelques mètres carrés de green généreusement arrosés alors que la France est frappée par une canicule historique qui s’associe à la sécheresse s’accentue année après année, et que 120 communes sont actuellement privées d’eau.
M. Fesneau, ministre des golfs de son État, est ainsi plus prompt à réagir pour un golf que pour s’exprimer sur le tiers des eaux du pays pollué par du chlorothalonil, un fongicide interdit.
Au sortir de ce Golfgate, les gendarmes et la préfecture tentent d’infliger une punition collective au convoi en le bloquant en plein soleil au mépris des considérations sanitaires les plus élémentaires et en demandant à ce que leur soient livrées un certain nombre de personnes dont ils estiment qu’elles auraient fait un petit tour de golf. Mais on repart ensemble, Lily Allen chante « fuck you » dans les enceintes, le mauvais chantage ne prend pas et le convoi finit par repartir… ensemble.
La ferme-usine aux 1200 taurillons
L’après-midi, les côtes s’enchaînent avec Niagara dans les enceintes mobiles, pendant que les champs brûlent, jusqu’à l’arrivée sur le chantier de la ferme-usine de Coussay-les-Bois. Nous arrêtons les tracteurs et posons les vélos sur la départementale pour marcher un peu et se retrouver à un millier face à d’immenses bâtiments où se planifie l’ engraissement de 1200 taurillons par an, élevés hors sol avec des arrivages de maïs et soja en production intensive. Le business-plan de la ferme-usine, construite sur une zone humide, ne va évidemment pas sans y accoler un méthaniseur XXL, dont les déchets menacent la nappe phréatique. Le collectif local contre la ferme-usine se bat depuis 10 ans contre ce projet mené par un jeune patron de… 85 ans qui se dit qu’à son âge, il est encore possible de laisser un signe d’espoir sur la planète à ses voisin.es par un dernier grand acte de pourrissement du territoire… il peut sans doute compter sur le soutien moral de M. Fesneau qui pourra y voir un modèle à suivre pour les générations futures.
Dans la ferme-usine, ne sont pour l’instant élevés que 7 camions de gendarmes-mobiles et leurs habitant.es. Après une entrée en matière de la Fanfare Invisible qui vient de rejoindre le convoi depuis Paris, la Maire de Coussay, Elisabeth Michel, et des membres du collectif, disent leur colère de voir la ferme-usine se construire sous leur nez malgré tout. Iels partagent aussi leur joie d’avoir rencontré la coordination nationale contre les fermes-usines avec qui s’allier et porter des actions communes simultanées ou converger. Partout en France, et notamment en Bretagne, où l’élevage industriel a fait proliférer les algues vertes, poussent des chantiers de fermes-usines, poules, cochons, vaches, au fond peu importe l’espèce pour lui. Autant d’aberrations de la « production animale industrielle » contre lesquelles la Confédération Paysanne se mobilise et défend un élevage paysan qui soit source de biodiversité plutôt que de ravages. Bassines Non Merci clôt et marque le trait d’union avec le combat contre l’accaparement de l’eau. Pour l’heure, le Convoi et les habitant.es de Coussay-les-Bois reprennent en chœur : « Pas de bassines ni de fermes-usines, c’est tous·tes ensemble qu’il faut lutter et on va toutes les démonter ». Après cette rencontre sur le terrain pour mieux en appréhender la topographie et les enjeux, il faudra donc revenir !
Cette confluence se poursuit sur une colline pleine de barnums après une nouvelle haie d’honneur à l’arrivée du Convoi. Un centaine de nos hôtes et l’équipe installation du Convoi ont encore tout donné pendant la journée pour nous offrir un campement tout confort. Cette fois ‚la soirée combine grand ciel étoilé, bal trad’, film sur l’élevage industriel et discussion sur les alternatives paysannes.
Publié le 20-08-2023 à 9 h. 57
La deuxième étape (19 août)
Jazeneuil — Migné-Auxances
De la traversée du convoi…
À plus de 700 cyclistes et 20 tracteurs, entre le réveil collectif et le départ, il faut bien compter 2 heures. Au rythme des cyclistes, le territoire prend le temps de se dévoiler. Le convoi, composé de quatre pelotons, s’étend sur 3 km. On y croise plusieurs DJ’s, des toilettes sèches, des médics, un atelier de réparation vélo ambulant, une roulotte bibliothèque, la zbeulinette, plusieurs outardes et loutres, des centaines de conversations… Parce qu’au rythme où on va on a plutôt le temps de se rencontrer ! Des habitant-es sont de nouveau au bord des routes à applaudir ou à crier le poing levé “NO BASSARAN !”.
Après des négociations festives, mais néanmoins convaincantes, avec les forces de l’ordre, nous avons pu accéder à l’aire prévu pour le pique nique !
À la traversée du désert…
Il fallait bien cette pause pour endurer psychologiquement la deuxième mi-temps et la traversée du désert agro-industriel. Pas une haie, pas une zone d’ombre, des champs de maïs qui ne servent qu’à nourrir des bêtes hors-sol, une rampe d’irrigation de plusieurs centaines de mètres, des méthaniseurs, gardés par des gendarmes en sueurs.
Et au beau milieu, un cas emblématique d’accaparement : 2100 hectares acquis l’an dernier par une pieuvre agro-capitaliste, que la SAFER, censée favoriser l’installation paysanne, n’a pas été capable de protéger.
Début juin, un forage d’eau a dû être arrêté et des palettes de bouteilles d’eau déposées dans les mairies à cause d’un fongicide interdit depuis 2020 et pourtant présent massivement dans 1/3 de l’eau potable du pays. Malgré une telle dégradation de la ressource en eau, 30 méga-bassines sont encore en projet dans le département.
Le bonheur est dans le pré !
Et chaque soir sous nos yeux ébahis, un site de festival éphèmère nous attend, monté par des dizaines de militant-es bénévoles, illustrant la force matérielle dont s’est doté le mouvement anti-bassines et son ancrage territorial étendu.
Malgré les pressions préfectorales, ce soir le bivouac est accueilli par la mairie de Migné-Auxances. Après les visions dystopiques de l’après-midi, vient le moment de déployer une table-ronde sur les manières de déjouer l’accaparement des terres.
Publié le 19-08-2023 à 16 h. 46
La première étape (18 août)
Sainte-Soline — Jazeneuil
Malgré les pressions préfectorales, le convoi de l’eau est parti le 18 août sur les chapeaux de roues, avec déjà 700 vélos et une vingtaine de tracteurs, traversant une série de bourgs et villages avec des habitant-es rassemblé-es pour l’applaudir sur le bord des routes, comme au Tour de France !
La première journée a été marquée par la construction d’un cairn en mémoire des batailles de Sainte-Soline et en hommage aux blessé-es, et par un accueil sur la commune Jazeneuil.
Quelques nouvelles photos issues du compte-rendu “officiel” :
Publié le 18-08-2023 à 22 h 38
Le départ de Sainte-Soline
Après de belles prises de paroles des différents organisateurs, le convoi en tracteurs et vélos est bien parti à 15h de Sainte-Soline dans une ambiance survoltée et caniculaire ! Un cairn en hommage aux blessé-es et aux réprimé-es de Sainte-Soline a été réalisé sur la route.












































































