La Commune de Paris : 9 — 15 avril 1871
Nous nous proposons de tenir au fil des semaines une chronique des événements de la Commune de Paris. Mais avant les 73 jours proprement dits de la Commune, les mois qui précèdent ont connu des événements qui y ont abouti (voir aussi notre article Genèse de la Commune de Paris). Voici la chronique du 9 au 15 avril 1871. Pour retrouver toutes les éphémérides et tous les articles, consultez la page Tous nos articles sur la Commune de Paris.
Commune de Paris
Éphéméride 9 — 15 avril 1871
Le 09 : Le Conseil de la Commune réaffirme l’obligation de déclaration préalable pour la presse.
Tant de corps de gardes nationaux tués lors de la « sortie torrentielle » du 3 avril [voir éphéméride précédente] n’étant pas identifiés, on décide de les photographier.
Le 10 : Décret dans lequel toutes les familles, « légitimes ou pas », ont les mêmes droits.
Gustave Courbet dans le « Le Cri du Peuple » : « J’invite les artistes à prendre eux-mêmes la direction des musées et des collections d’art qui, tout en étant la propriété de la nation, sont surtout la leur au double point de vue de la vie intellectuelle et matérielle ».
Appel de la Commune « aux travailleurs des campagnes », texte fameux de la femme de lettres et journaliste féministe André Léo, publié dans La Commune, puis dans La Sociale du 3 mai, imprimé à cent mille exemplaires par l’Imprimerie nationale, envoyé par ballons vers la province: « la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous ».
Le 11 : Début des opérations menées par les Versaillais pour récupérer les forts situés à l’ouest de la capitale.
Député de Martinique à l’assemblée versaillaise, Victor Schoelcher proteste: « L’Assemblée, bien qu’elle ait le droit de son côté, ne peut avoir la criminelle pensée, pour le faire prévaloir, d’assiéger la Commune. »
Constitution de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés par Nathalie Le Mel et Élisabeth Dimitrieff, russe, qui publie l’Appel aux citoyennes de Paris : « La lutte pour la défense de la Commune, c’est la lutte pour le droit des femmes… le travail de la femme étant le plus exploité, sa réorganisation immédiate est donc de toute urgence ». Les 311 femmes la plupart ouvrières manuelles qualifiées qui la constituent participent à plusieurs commissions de la Commune, notamment celle du Travail dirigée par Léo Fränkel et celle de l’Instruction publique dirigée par Édouard Vaillant.
Le 12 : Décret sur la démolition de la colonne Vendôme sur proposition de Félix Pyat : « La colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité. Article unique — La colonne Vendôme sera démolie ».
Suspension des poursuites judiciaires concernant les échéances.
L’archevêque de Paris, Georges Darboy, otage de la Commune, écrit à Thiers pour protester contre les exécutions sommaires de Communards prisonniers et proposer son échange contre Blanqui.
Dans Le Vengeur, le journal de Rogeard, Jules Vallès écrit : « J’ai vu trois révolutions et pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant ils défendent leur propre avenir. »
Le 13 : Dans La Montagne, le Chartrain Gustave Maroteau, poète et journaliste, un des plus brillants rédacteurs de l’époque, dit son élan, sa pitié pour les misérables. Il écrit que Thiers est « la statue fanée de la bourgeoisie d’argent ».
Le 14 : Loi versaillaise accordant aux conseillers municipaux élus des communes de moins de 20 000 habitants le droit d’élire leur maire. Dans les autres communes, il est nommé par décret : véritable provocation qui fait que le député de la Seine constitue l’Alliance Républicaine des Départements, rassemblant plusieurs milliers de provinciaux favorables à la Commune.
Création de la fédération des artistes : ce « gouvernement du monde des arts par les artistes » a pour mission « la conservation des trésors du passé, la mise en œuvre et en lumière de tous les éléments du présent, la régénération de l’avenir par l’enseignement ». En font partie Daumier, Gill, Corot, Manet, Dalou…
« C’est par les femmes surtout que jusqu’ici la démocratie a été vaincue, et la démocratie ne triomphera qu’avec elles », André Leo dans « Toutes avec tous », publié dans La Sociale, Le Cri du peuple, Le Rappel et La Commune.
Les perquisitions et les réquisitions sans mandat sont interdites.
Le 15 : Réouverture du musée du Louvre au public.



